Non, l’Islam n’est pas la cause des attentats, le réformer est inutile7 min read

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L’Islam : une relation directe à Dieu, l’imam n’est pas pasteur

Partons d’abord d’une première erreur commise très largement aujourd’hui : l’Islam n’est pas une religion uniforme.

La religion musulmane est fondée sur une base commune : Le Coran, la Sunna (qui est une proposition de lecture du Coran respectée par certains branches rigoristes de l’Islam) et par ricochet un de nombreux textes saints consacrée par un hadith qui érige 104 livres au rang de fondements de la religion.

A partir de cette base canonique, il y a une jurisprudence établie par de grands savants contemporains et qui ne cesse de se renouveler. Comme dans toute construction juridique certains noms de savants demeurent et donnent leurs noms à des branches de l’Islam. En effet, le dogme musulman n’est pas établi stricto sensu, il est donné à chacun d’apprécier sa relation avec Dieu et de déterminer ce qui lui importe dans les textes et ce qu’il rejette (dans le respect des cinq piliers néanmoins).

A l’épreuve du temps, de grands courants de pensée ont rassemblé des musulmans, c’est là qu’intervient la notion de sunnisme et de chiisme. Dans l’Islam majoritaire (90% des musulmans) qu’est le sunnisme, on ne reconnaît pas de hiérarchie humaine fondamentalement établie. En effet, on considère la relation avec Dieu comme directe. Les imams sont en ce sens l’équivalent des pasteurs protestants alors qu’on aimerait à les considérer comme des prêtres.

S’il fallait sous-diviser le sunnisme on pourrait dégager quatre grandes écoles de pensées fondées par des théoriciens succédant au Prophète : le hanafisme, l’hanbalisme, le malikisme et le chaféisme. Ce à quoi il faudrait ajouter par région les spécificités : des croyances familiales aux croyances régionales en passant par les influences philosophiques prégnantes ça et là dans le monde maison. En tout, il y a donc une cinquantaine de branches officielles.

Dès lors que nous faisons tomber cet argument qui tend à dire que l’Islam est strictement uniforme, l’idée de représenter alors la myriade de musulmans français, que ce soit au travers d’un pape musulman ou d’un Conseil représentant l’Islam de France n’est pas possible.

Représenter les croyants avec une institution spécifique ? Juridiquement intenable

Si l’on veut un conseil, il faut qu’il soit élu par la communauté qu’il est censé représenter. Mais en venir à donner le droit de vote à une communauté pour qu’elle élise une institution parallèle à l’Etat est anticonstitutionnel et va à l’encontre des principes les plus essentiels de notre République.

Heureusement que la République existe et que les musulmans qui souhaiteraient se faire représenter par une institution dédiée sont une extrême minorité ! Quand on voit que l’on donne aujourd’hui la parole à des imams pour représenter les musulmans de France alors que la part de musulmans pratiquants est en constante réduction depuis plus de vingt ans je ne peux que m’offusquer de ce décalage avec notre réalité.

Si l’on ajoute à cela que la plupart de ceux à qui on donne la parole aujourd’hui sont incapables d’aligner trois mots de français correctement, je n’oserais même pas parler de cette allégorie de la honte que constitue l’Imam de Drancy qui a déjà du mal à se représenter lui-même, soit dit en passant.

Avoir un conseil représentatif d’une communauté qui n’existe pas, c’est ériger la bêtise en institution et insulter tous les français dans la relation qu’ils entretiennent avec leur nation, censée tous les reconnaître sans distinctions.

Les djihadistes ne sont pas musulmans, nous n’avons pas à nous désolidariser

Quand on demande à ceux qui voudraient d’un CFCM renforcé ce qu’ils attendent de cette instance religieuse, ils nous répondent que c’est pouvoir mieux se désolidariser du djihadisme… C’est très drôle ! Mais c’est aussi plutôt inquiétant.

Si l’on s’en tient aux textes fondamentaux de l’Islam (et même à prendre en compte la Sunna) les revendications de ces fous va à l’opposer de tous les préceptes les plus fondamentaux de la religion musulmane. Ces monstres sont à la culture arabo-musulmane ce que la lumière est à l’obscurité, c’est à dire un antagonisme frappant. Pour savoir cela, il faut avoir au moins lu quelques passages du Coran et comprendre ses fondements, ce qui je l’admets n’est pas à la portée du premier badaud.

Pour reprendre les demandes d’Alain Juppé de se désolidariser, rappelons tout de même qu’il avait admis dans Le Grand Journal face à Michel Onfray ne pas avoir lu le Coran et avait déclaré alors que le livre saint était « illisible ». 

Il n’y a donc pas de raisons d’avoir une hiérarchie qui serait chargée de se désolidariser des djihadistes, ceux-ci sont déjà exclus par les textes et ceux qui voudraient entendre la parole musulmane n’ont qu’à s’en référer aux textes fondamentaux.

On oublie qu’ils étaient européens et qu’ils ont tué… des musulmans

Ce qu’on oublie après chaque attentat c’est que la plupart des djihadistes étaient français ou belges, et qu’ils ont dans leurs méfaits aussi tué des musulmans. Hier, ils s’appelaient Ibn Ziaten ou Ahmed Merabet (l’un soldat, l’autre policier), aujourd’hui ils s’appellent Asta Diakite, Halima et Hodda Ben Kalifa, Mohamed Ibnolomobarak ou encore Kheireddine Sahbi.

Combien de mort faudra-il encore à l’extrême-droite pour qu’elle ouvre les yeux ? Les musulmans paient déjà un lourd tribut dans la guerre contre le djihadisme partout dans le monde, faut-il que ce soit aussi le cas en France ?

En érigeant l’Islam comme problème, on oublie que ces tueurs étaient allés à l’école de la République, qu’ils ont été scolarisé dans notre pays, ont grandi dans nos quartiers, salué nos boulangers, discuté avec nos voisins. On oublie qu’ils étaient des amateurs d’alcool et que certains de leurs proches tenaient même un bar ! Dès lors, l’idée même de vouloir réagir à la question post-attentat par une réforme de l’Islam paraît incongrue, elle fait figure de double peine. On rétorquera alors que c’est un concours de circonstances et que c’est parce que l’Islam est « incompatible avec la République » ou comme le dit Marion Maréchal Le Pen, que l’Islam doit « se plier à 16 siècles d’histoire chrétienne ». Cette bien-pensance est née avec Chevènement alors ministre de l’Intérieur et se perpétue encore aujourd’hui.

Il faut arrêter de le dire, il suffit de regarder autour de soi pour en avoir la preuve. Les personnalités politiques qui usent de cet argument ne sont jamais sortis de leurs tours d’ivoires et les citoyens français qui s’en targuent sont le plus souvent ceux qui ont été le moins confronté à l’Islam. Qu’ils viennent rencontrer les français de confession musulmane, vous verrez qu’ils sont pleinement intégrés, qu’ils sont pleinement français et qu’ils n’ont jamais hésité une seule fois à combattre le djihadisme.

Personne ne pourrait enlever l’amour de la République à toute une partie de la population. L’attachement des musulmans français aux valeurs fondamentales de ce pays est immuable. Rappelons d’ailleurs la surreprésentation des musulmans dans l’armée : on compte environ 10% de musulmans en France pour 15 à 20% de musulmans dans l’armée selon l’IFRI.

Bien sûr qu’il y a des moutons noirs, c’est un fait. Bien sûr que la religion musulmane n’est sans doute pas la religion la plus adaptée à la notion de démocratie, au sens strictement occidental du terme, puisqu’elle donne de l’importance à la loi qui joue un rôle d’influenceur du quotidien à défaut de se substituer à la loi humaine comme on pourrait le faire croire. Les règles de l’Islam, c’est par exemple l’aumône et la solidarité qui figurent parmi les cinq piliers. Et cette solidarité, on la retrouve bien entendu dans les pays qui pratiquent l’Islam de la manière la plus respectueuse de ses valeurs fondamentales : Le Liban accueille l’équivalent de 15% de sa population en terme de réfugiés syriens, la Tunisie a de son côté accepté d’accueillir les lybiens victimes de l’instabilité que nous avons créé dans la région.

C’est ça l’Islam ! Et l’Islam ça n’est pas le terrorisme. Tenez-le vous pour dit.

Etudiant parisien en droit, passionné de politique et d'actualité. Engagé en faveur des grandes causes du progrès.