Et si le changement climatique était la solution ?13 min read

Catégories Écologie

Sommets de la Terre, accords de Kyoto, Objectifs du millénaire pour le développement, Objectifs pour le Développement Durable, COP21, … Les plans se suivent depuis plusieurs décennies et pourtant le changement climatique ne cesse de se renforcer. L’année 2016 est la plus chaude jamais enregistrée , le nombre de réfugiés climatiques ne cesse d’augmenter et devrait atteindre 250 millions d’ici à 2050 selon l’ONU. Une autre étude de la WWF montre que la moitié des espèces animales sauvages ont disparues en 40 ans et cela principalement à cause de l’activité humaine.

Pourtant, il existe une corrélation entre accords internationaux « pro-écologiques » et l’augmentation du nombre de catastrophes liées à la nature et à la biodiversité. Ce constat paraît à première vue paradoxal et il nous amène à penser l’(in)efficacité d’une dynamique top-down, c’est-à-dire initiée par en haut comme tous les accords internationaux cités ci-dessus ainsi que toutes les politiques nationales initiées par nos gouvernements.

Tout le monde peut agir

Mais pourquoi ne nous mobilisons nous pas individuellement ? Pas se mobiliser pour que le gouvernement se mobilise à son tour non, pourquoi n’agissons-nous pas à notre échelle ? Sommes-nous devenus à ce point passifs que nous ne puissions imaginer agir hors de son cadre ? La question ici n’est pas de participer une fois par an à un forum ou une manifestation pour défendre une vision écologiquement responsable de ce que devrait être la vie dans nos sociétés … Non la question est bien plus concrète : à quoi sommes-nous prêts, individuellement, pour faire face aux problèmes que nous rencontrons, globalement ?

Avant toute chose il est nécessaire de préciser qui est ce « nous ». Ce « nous », de « à quoi sommes-nous prêts ? » c’est moi, étudiant parisien, c’est lui homme d’affaires new-yorkais, c’est elle, jeune cadre bordelaise, c’est elle, première chancelière d’Allemagne, c’est lui employé en banlieue lyonnaise, c’est elle, lycéenne de la Sarthe et ainsi de suite. Ce « nous » englobe tous ceux qui vivent en Occident, ce « nous » englobe ceux qui, quand ils vont boire, font entre deux et cinq pour aller dans la cuisine, ce « nous », c’est ceux qui râlent contre EDF quand le courant saute deux minutes, ceux qui passent de mauvaises journées sous prétexte d’avoir fait la queue 15 minutes à Monoprix et d’être arrivé 10min en retard dans notre bureau bien chaud. Finalement « nous » c’est nous qui avons du temps, des conditions de vie qui font que « nous » pouvons penser à tout cela.

Tandis que ce « nous » des problèmes que « nous rencontrons globalement » ce n’est rien d’autre que le plus grand des nous, l’Humanité pour faire simple. Les approximativement 7,1 milliards habitants de notre Terre donc, mais pourquoi pas aussi la faune ? Et pourquoi pas la flore ? Pourquoi pas les futurs nous qui ne sont pas ?

Voilà qui nous sommes, du moins durant ce cours instant pendant lequel vous lirez cet article. Et nous n’agissons pas, ou pas assez, ou mal.

Combien laissent la lumière de leur chambre allumée quand ils vont manger ?

Combien d’immeubles allument les chauffages en automne, quitte à ce que les habitants ouvrent leurs fenêtres ?

Combien laissent leurs ordinateurs ou leur télé allumée toute la journée ? 

Finalement, qui fait le lien entre sa lampe de chambre allumée dix minutes pendant qu’il est dans la cuisine et la montée des eaux au Bangladesh ? En vérité, et malgré ce que l’on peut penser, nous sommes tous responsables. Évidemment la surconsommation est aussi liée aux processus de fabrication, de transport des biens, mais notre comportement est tout aussi important.

Nous ne nous rendons pas compte de notre action sur l’environnement

Pourquoi avons-nous tant de mal à faire le lien entre nos actions quotidiennes et les effets globaux qui en résultent ? Parce qu’on préfère ne pas voir ? Parce que, bizarrement, cela nous coûte trop d’éteindre l’interrupteur ? Finalement nous sommes enfermés dans une vision court-termiste des choses et autocentrée sur nous. Nous tirons des balles à l’aveugle et comme nous ne voyons pas (connaissons pas) encore les victimes, nous ne mesurons pas la conséquence de nos actions.

Seulement quand le vent soufflera en sens inverse, et que la balle se retournera contre nous et nos proches, paniqués, nous jetterons nos fusils à terre. Seulement il sera trop tard, et nous tomberons, à côté de nos armes.

Pour l’instant les conséquences de la pollution, de la surconsommation, de la destruction de la biodiversité ne nous touchent pas directement, mis à part que nous ne pouvons plus aller au ski étant donné qu’il fait 15°C en décembre, mais cela est encore supportable (quoi que…). A l’heure qu’il est, nous ne voyons pas les victimes de notre mode de vie, si ce n’est à la télé, de manière plus ou moins floue, entre deux sujets sur la reprise de la croissance et la baisse du chômage.

Pourtant, l’on continue encore à s’agiter à chaque annonce de changement de ministre, en tant que bons citoyens ayant perdu espoir envers les politiques mais espérant un renouveau à chaque petit remous. Finalement, peut-être est-ce un comportement humain de n’être véritablement touché que par ce qui arrive près de chez nous, ou par des situations auxquelles nous pouvons nous identifier. Mais cette cécité, si elle nous cache les effets dramatiques d’un mode de vie plus ou moins généralisé,  n’enlève pas le fait que ses effets se rapprochent toujours plus de nous. Nous ne le voyons peut-être pas encore de manière très claire, mais une fois que l’on se retrouvera nez-à-nez à eux, il sera trop tard.

L’Etat n’est pas seul maître à bord concernant l’écologie

Pourquoi faut-il changer les choses par le bas alors que les États ont tellement de pouvoir ? D’autant plus que, en tant que citoyen d’une démocratie représentative, nous pouvons légitimement s’attendre à ce que les actions des représentants soient en accord avec les valeurs des représentés (ou du moins, de la majorité d’entre eux) ? L’État est-il encore en mesure d’être l’institution juste, éclairée, par certains théorisée ou du moins espérée ? La recherche de l’intérêt privé n’est-il pas devenu la logique prédominante ? Est-il encore rationnel de faire reposer toutes nos espérances sur les Etats ? Ne serait-il pas plus raisonnable d’agir de la base, à partir du nous ?

Nous pouvons en effet espérer que, une fois que la conscience du pouvoir de l’action individuelle sur l’état des choses aura émergé, cela influencera les habitudes des individus.
Si le fait de laisser allumer sa lampe deux minutes sans vraiment en avoir besoin apparaîtra pour tous comme du gaspillage alors cela pourra se transmettre à un niveau plus large. Pourquoi pas jusqu’aux institutions elles-mêmes. Et cette logique est applicable à de nombreux domaines. Il ne faut pas sous estimer la capacité de changer le cadre de pensée par le bas, nous ne sommes pas impuissants face aux choses du monde.

Cette importance du petit geste dans des problèmes plus larges ne se limite pas aux questions de gaspillage d’électricité ou d’eau.Quotidiennement il est possible, en faisant la démarche de réfléchir aux conséquences de nos actions, d’avoir un impact. Garder ses sacs de course en plastique, ne pas jeter des produits qu’ils soient d’entretiens, alimentaires (etc) qui ne soient pas complètement vides. Utiliser le moins possible la voiture et privilégier les transports en communs, le vélo. Ne pas jeter ses déchets n’importe où, faire l’ « effort » de trier et ainsi de suite.

Le but ici est en fait moins pécunier que « moral », dans un certain sens. Ce n’est pas parce que nous possédons tout ce dont nous avons besoin (voire plus) que nous pouvons agir de manière irréfléchie en surconsommant.
Nous pouvons aussi faire le lien avec une autre question sous-jacente, celle de l’utilisation morale de l’argent. Payer son loyer, faire ses courses, payer ses factures, pour l’instant ces postes de consommation ne peuvent pas être remis en question. Mais prendre trois cafés par jour entre ses différents cours, s’acheter des canettes tous les midis, acheter du tout neuf en général quand il est possible de trouver de l’occasion en bon état, pour le plaisir d’ « avoir du neuf », … Il faut remettre en question la « logique » de ces comportements.

Où se situe la limite entre les « petits plaisirs » et la surconsommation ?

Il faut se poser la question simplement : En avons-nous vraiment besoin quand nous prenons un café à la pause ou est-ce par habitude de consommation ? Quelle est la différence entre acheter une lampe à 10€ chez Conforama et la même à 5€ sur Leboncoin ? Si nous faisions l’effort de réfléchir à tout cela, il se pourrait que nous nous rendions compte qu’une grande partie de ce que nous consommons est superflue. Pour ceux qui ne sont pas prêts à sortir de leur rôle de consommateur, il s’agirait au moins de consommer de manière « responsable ». Car c’est à la fois ce que nous sommes et ce que nous devrions être ; responsables.

Dans la même direction on rencontre aussi inéluctablement la question de l’obsolescence programmée. C’est-à-dire que ce lien, entre échelle individuelle ou « micro-collective » (petits groupes) et échelle globale n’est pas fait par une partie des individus et par les grandes entreprises non plus. Celles-ci ne se rendent pas compte des effets de leurs politiques commerciales sur les enjeux globaux, la planète. Ou bien ils estiment que leur avantage à pratiquer une telle technique (un niveau élevé de vente lié à l’obsolescence programmée de certaines catégories de biens) est supérieure au coût de leur action (en terme de pollution et d’externalités négatives à l’échelle de la planète).

Mais cette manière de vivre a des conséquences importantes qui, pour l’instant ne nous touchent pas. Et donc nous continuons à agir de manière aveugle. Faut-il attendre que la montée des eaux touche Marseille ou qu’un brouillard de pollution recouvre Paris toute l’année pour que nous entamions une réflexion sur ce que nos actions quotidiennes ont comme responsabilité dans cette situation critique et globale qu’est le réchauffement climatique et la dégradation de la nature ?

Finalement, ce comportement de consommation est-il devenu si important dans notre identité que nous ne pouvons nous en défaire ?

Pour le savoir il faut essayer, et toujours dans cette logique, il faut commencer par agir de son côté et ne pas avoir peur de parler, d’échanger sur ses convictions. Peut-être que sur un cercle de vingt proches, deux réfléchirons à ces questions et déciderons d’agir, encore à leur échelle, puis en parleront à vingt autres personnes parmi lesquelles deux seront à nouveaux convaincues et ainsi de suite. Cela peut prendre du temps, et celui-ci est compté, mais est-ce vraiment plus long que d’attendre, encore et toujours, des politiques efficaces et radicales sur ce thème ?

Chacun de nous, peu importe d’où il vient, son éducation, ses amis, ses valeurs peut jouer un rôle sans pour autant devoir changer du tout au tout d’un jour à l’autre. On peut s’intéresser à ces problèmes et prôner une responsabilisation des comportements quotidiens sans être dans le « totalitarisme vert » et la morale écologique. Le meilleur moyen de faire avancer les choses et de parler au lieu de juger, de comprendre au lieu d’attaquer, d’expliquer au lieu de critiquer. Chacun a son vécu, son histoire et chacun du fait de ces données peut être plus ou moins sensible à ces problèmes. C’est pourquoi il ne faut pas tout de suite dénigrer ou rejeter ceux qui ne se sentent pas forcément impliqués sur ces questions mais tenter de convaincre, par des raisonnements logiques et en montrant l’irrationnalité et la dangerosité d’une vision aussi réduite de la situation.

Enfin, si ce combat là se joue à l’échelle de l’individu et doit être initié à la même échelle il est évidemment possible d’amplifier l’impact de ce mouvement par différentes « politiques ». A court-terme cela se traduit par l’incitation via des campagnes de sensibilisation, des débats publics, des lois pourquoi pas. A long-terme maintenant, il apparaît nécessaire de transmettre ces valeurs via des politiques d’éducations établies en conséquence, inculquer les « bons » comportements dès le début plutôt que de faire l’effort de les corriger après étant donné l’apparente difficulté que représente un tel changement.

Finalement, on peut mettre en lumière deux finalités : la première est celle de l’impact réel des « petits gestes » agglomérés au niveau d’un pays ou d’un groupe de pays. Impacts sur les niveaux de consommation et donc de production et de pollution.
Et d’un autre côté il y a la question de la « morale », c’est-à-dire du changement de normes et de valeurs que de tels comportements responsables impliqueraient au-delà même de la question écologique. Si on peut remettre en cause le dernier point, celui de l’impact des petits gestes, la prise de conscience qui peut découler de l’adoption de ces derniers elle est importante et peut permettre d’influencer le politique.
En plus de cela, se préoccuper de l’environnement c’est se préoccuper des autres et l’Humain, s’il est l’acteur direct de ce changement (plutôt que l’État ou les entreprises) peut être amené à développer une vision du monde qui ne soit plus si autocentrée. Par ailleurs, le fait d’être la pièce centrale du processus apporterait une satisfaction certaine et enfin la conscience de peser sur l’état des choses et de voir les bénéfices de son action alors que beaucoup d’individus subissent, d’une manière ou d’une autre, la vie.

Enfin, si c’est l’action individuelle de chacun qui a permis de tels changements, cela pourrait aussi amener à un rapprochement entre les Humains. Chacun reconnaissant la part de l’autre et le voyant comme « proche » de lui de part son action et de la conscience que, sans l’autre, sans tous ces nous rien n’aurait été possible.

Il faut « profiter » des moments de crise pour entamer de grands changements. Ainsi, profitons de cette situation, catastrophique en tout point, pour prendre collectivement une autre direction.