Affaire Théo : Chère Marine, et si ça avait été ta fille, la victime ?

Chère Marine,

Puisque tu n’as plus de respect pour lui comme pour tous les autres, je vais me permettre de te tutoyer, moi, le citoyen qui porte sur son visage et dans son nom les traces de cette France multiculturelle que tu abhorres.

Voilà Marine, je vais te le dire, car peu se hasarderaient à le faire aussi brusquement et avec autant de violence, mais je ne mâcherais pas mes mots : Ce que tu fais en réaction à ce jeune auquel on a retiré le nom, c’est sans doute le pire des actes que l’on puisse commettre. 

Tu as dans un premier temps refusé de condamner l’arrestation violente de Théo au prétexte qu’aucun jugement n’avait été pris.

Pourtant, les vidéos de cette interpellation sont évidentes : il y a eu au moins violence et au pire viol.

Une position infondée

De plus, si l’affaire judiciaire n’est pas close, les policiers en question ont été mis en examen. Au regard du droit pénal, la mise en examen induit forcément “des indices graves ou concordants” émis par le Juge d’instruction “s’il estime ne pas pouvoir recourir à la procédure de témoin assisté” (articles 79 à 84 du Code de Procédure Pénale).

D’autant que le Ministère de l’Intérieur a lui-même suspendu les quatre fautifs

Enfin, en ce qui concerne la présomption d’innocence derrière laquelle tu sembles te cacher implicitement, il faudrait te rappeler une incohérence terrible : qu’il s’agisse des affaires Cahuzac, Strauss-Kahn ou Bygmalion avant qu’elles ne soient avérées, tu t’es toujours empressée de généraliser et d’entretenir les flammes de l’hallali politique et médiatiquePuisque ta mémoire semble courte, je te rappellerais par exemple cette interview face à Jean-Jacques Bourdin en 2011 sur le plateau de BFMTV à propos de “l’affaire DSK”. 

©BFMTV – Extrait de l’interview de Marine Le Pen face à Jean-Jacques Bourdin – 2011

Par conséquent, chère Marine, il n’y a rien, ni en droit, ni dans la morale, ni même dans ta propre stratégie politique, qui puisse justifier ce refus de condamner des violences avérées.

Cultiver la différence pour mieux faire preuve d’indifférence 

Loin de l’unité populaire, tu as édifié le mythe élitiste d’un personnage insensible et froid. Tu as toujours choisi de cultiver la différence, surtout dans les moments solennels. Le 11 janvier 2015, il y avait alors d’un côté la France entière, unie, de toutes les couleurs, avec tous les chefs d’Etat du monde marchant silencieusement en hommage aux victimes. Et de l’autre, tu étais seule, dans une ville FN où les manifestants scandaient “On est chez nous”. 

En novembre de la même année, tu annonçais de manière tonitruante qu’il ne faudrait plus accueillir de réfugiés. À l’époque, nous étions après la photo du petit Aylan et tu avais sauté sur l’occasion pour continuer de faire prospérer ce business du politiquement incorrect.

A force de vouloir cultiver cette différence politique chère Marine, tu es tombée dans l’indifférence morale, dans le mépris le plus total, à l’image de ce que tu as pu dire dans l’Emission politique où tu balayais d’un revers de main cette agression pour parler des policiers brûlés à Viry-Châtillon.. 

Mais si ta fille Jehanne qui n’a que 16 ans avait été la victime des violences commises contre Théo ? Si Louis s’était retrouvé dans la même situation que Théo ? Aurais-tu réagi de la sorte ? Aurais-tu été aussi lugubre dans ta communication ? Aussi irrespectueuse dans tes déplacements – puisque tu as eu le toupet d’aller ensuite faire le tour des commissariats du quartier ? 

Tu nous as mis une claque, on s’en relèvera

Non franchement Marine, là tu nous as tout simplement mis une claque.

Si toi qui prétends aux plus grandes fonctions de ce pays tu te comportes comme ça, alors comment pourrions-nous imaginer un seul instant que tu sois la Présidente de tous les Français ? 

La communication politique est une chose. Il est tout à fait compréhensible pour un candidat de viser des électorats de niche. Soutenir les policiers, même fautifs, contre vents et marée, c’est une belle manière de faire le plein de leurs voix. On appelle ça du clientélisme, ça ne vaut rien de mieux que la photo de François Hollande dans la chambre d’hôpital du jeune homme.

Mais la réalité de la violence d’une agression est tout autre. On parle d’une matraque de la police qui finit à l’intérieur d’une jeune innocent interpellé pour rien et ayant subi des violences inacceptables. 

De même, lorsque l’on se prétend hors du système, contre l’élite et pour le peuple, n’y a-t-il pas plus beau combat que de se lever pour dire non aux injustices criantes ? Oui l’immense majorité des policiers est exemplaire, c’est évident, nul ne le remet en doute. Mais quand il y a une minorité qui est bruyante, violente et qui dérape, il faut la condamner, aussi bien dans les mots que dans les faits ou qu’en droit ! 

Ce n’est pas que de rabaisser la police que de pointer du doigt ses défaillances, c’est justement aussi notre manière de lui rendre hommage, d’expliquer que tous nos policiers ne sont ni des violeurs, ni des délinquants, ni même des tortionnaires. 

En gardant cette position, tu nuis à ceux que tu souhaites défendre, car tu les mets dans le même sac, tu généralises comme tu aimes si bien faire. Au contraire, il faut individualiser l’affaire, l’encadrer, la marginaliser en la condamnant avec la plus grande fermeté. 

Les policiers ne sont pas tous pourris, mais lorsqu’une branche est malade, il faut la couper

La police est un bras armé du gouvernement, elle est le symbole du “monopole de la violence légitime” ourdi par Weber.

Selon un sondage Odoxa pour “Le Parisien”, 82% des français ont une bonne opinion de la police. Beaucoup d’entre nous en sont, beaucoup d’entre nous font partie de cette très large majorité de Français qui apprécient les forces de l’ordre et qui estiment leur travail. Ce n’est pas incompatible avec la critique que l’on peut faire des violences policières.

Notre ennemi, ce n’est pas le “flic” comme tu peux le prétendre, c’est le délinquant infiniment minoritaire qui brise les chaînes de la République, salit l’uniforme de la police et laisse aller ses pulsions meurtrières lors de l’interpellation d’une femme qui n’a pas sa carte Navigo.

Si certains s’entêtent à conceptualiser une violence qui ne peut qu’être mauvaise et perverse, je pense qu’il faut faire la part des choses : il y a les violences légitimes, qui nous apparaissent comme proportionnées (et qui le sont souvent) car fondées sur le droit. Et celles qui sont illégitimes et donc, très souvent disproportionnées. 

Apprends simplement à faire la part des choses, fais preuve d’empathie ! Pense autrui chère Marine, il n’y a rien de mieux ! Comme l’écrivait Lévinas, “penser autrui relève de l’irréductible inquiétude pour l’autre“. 

Alors pense à cette famille, pense à ces parents, pense à ce quartier et ne pense pas qu’aux points que tu récupéreras dans les sondages en soutenant la police qui te soutient déjà largement.

En attendant, je passe l’éponge pour cette fois, je veux bien t’accorder le bénéfice du doute, nous attendrons alors la décision de justice et j’attendrai ta réaction au tournant, et tu le sais, entre nous, il n’y a pas de langue de bois qui tienne !