Bachar au pouvoir : Quelles alternatives crédibles ?

A l’heure où la question syrienne revient sur le devant de la scène de l’actualité internationale, la question de la place de Bachar Al-Assad à la tête du pays est de plus en plus remise en cause. Si les Etats alliés s’étaient longtemps affirmés contre la présence de Bachar Al-Assad, force est de reconnaître que les négociations ont bien souvent échoué à cause de ce point considéré comme un préalable à toute discussion. Par conséquent, le “Tout sauf Bachar” a été très gentiment abandonné par les grandes diplomaties occidentales l’an dernier qui l’ont enterré aussi vite qu’il était apparu.

Bachar s’en est bien sorti

Conséquence ? Bachar s’en est bien sorti. Après toutes les exactions commises, il a réussi peu à peu à revenir sur le devant et à se rendre inévitable auprès des alliés. Avec le soutien dogmatique de la Russie de Poutine qui a mis son arsenal à la disposition du tortionnaire de Damas et la conquête d’Alep ces derniers jours, il a indiscutablement consolidé sa place au pouvoir.

Alep libéré mais Alep détruite. Diaporama de photos (non choquantes, on vous le rassure) de la prise de la ville parmi les plus sobres. 

Pourtant, c’était sans compter sur le rôle bien spécifique des civils, omniprésents sur le terrain des médias et de plus en plus relayés dans les réseaux sociaux. Si Alep-Est a été repris dans le sang, c’est bien celui de dizaines d’innocents exécutés par les milices ou encore ces rebelles qu’on torture puis qu’on brûle dans leurs propres maisons.

Ce qu’il se passe depuis plusieurs heures à Alep est d’une atrocité sans bornes : On exécute, on tue tout ce qui bouge, on brûle les enfants, viole les femmes, on pille. Les pères tuent leurs enfants avant que les milices ne s’en chargent, les mères se suicident, des familles par centaines se sont données la mort pour éviter d’avoir affaire au pire et comme le dit Nabil Ennasri “Nous constatons, sous nos yeux, un nouveau Srebrenica”. 

Mais Bachar ne peut se maintenir au pouvoir

Mais Bachar ne peut se maintenir alors décemment au pouvoir. Et la question qui se pose, la question la plus légitime, elle est celle de savoir s’il existe une alternative à cet homme sans foi ni loi commet des crimes de guerre à ciel ouvert. Pour les chrétiens par exemple et l’ensemble des minorités religieuses favorisées habituellement par l’Occident, il n’y a pas photo : Bachar est un rempart contre l’extrémisme religieux.

Rappelons que le clan Al-Assad au pouvoir est lui-même une minorité religieuse face à l’immense majorité de la population sunnite. La réalité, c’est que les Etats occidentaux de manière générale n’ont pas intérêt à ce qu’une démocratie soit mise en place parce que le régime serait sunnite et conservateur par essence et qu’ils ne pourraient donc plus avoir de contrôle dessus.

Il en est de même concernant la Russie pour qui Assad est considéré comme une sorte d’employé modèle. L’avoir en satellite, c’est s’assurer de bonnes relations et d’un bon moyen de pression sur la région.

L’autre réalité, c’est que le régime fondé par Hafez dépend justement de la personne du dictateur. Par conséquent, si tout le système politique tourne autour de celui qui dirige sans séparation des pouvoirs et sans autonomie, peu d’alternatives ont pu se construire sous le nez du dictateur qui a du en réprimer de nombreuses.

Au final, pas d’alternatives, on abandonne ? 

Si aucune alternative n’a pu se mettre en place, quelles conclusions tirer ? On abandonne ? Dans les faits, les personnalités de la vie civile ont toujours été très alphabétisés en Syrie. Qu’il s’agisse des réfugiés que nous recevons en Europe ou des citoyens qui sont morts ou parfois même restés, on se rend compte de l’immense qualité humaine des citoyens syriens qui ont disposé malgré tout d’éducation et d’enseignement aussi élevés que ceux dont nous pouvons disposer.

Il ne serait pas flagrant de voir alors se constituer une coalition provenant de la société civile pour prendre le relais en cas de vacance du pouvoir. Dans le même temps, les rebelles ont été rejoint par des personnalités de premier rang de la politique syrienne. S’ils gagnaient en légitimité et qu’ils pouvaient répondre aux roquettes par autre chose que des pierres, on aurait peut-être plus d’instruments pour répondre à cette question.

Mais l’après Assad est possible, ceci est une certitude qu’il fait bien de rappeler.