Trois jours, trois bombes : Le Caire est devenu Bagdad, solidarité avec les égyptiens.

Vendredi, six policiers et un civil ont été tués lors de deux attentats à la bombe contre les forces de sécurité égyptiennes (Communiqué du Ministère de l’Intérieur).

Ce matin, au moins 20 personnes ont été tuées dans une explosion près de la cathédrale copte (Communiqué du ministère de la Santé).

Trois jours, trois bombes, trois attentats

Les trois événements sont visiblement lien. La première explosion visait un check-point dans le quartier de Talibiya à l’ouest de la capitale après la prière du vendredi. La seconde visait le nor d de la ville, la province de Kafr al-Cheikh. Enfin, le troisième attentat s’est produit ce matin, dans les coups de 9h dans la cathédrale copte orthodoxe de Saint Marc dans le quartier Abbasiya.

Carte des trois attentats. De gauche à droite : Premier attentat contre un check-point sur la route d’Al Haram qui mène du centre-ville à la Pyramide de Gizeh. Deuxième attentat dans une province au Nord de la Capitale. Troisième attentat dans l’Eglise copte de Saint-Marc, siège du patriarcat copte.

Ces attentats sont pour le plus souvent revendiqués depuis quelques mois par Hasm ou Lawaa al-Thawra affiliés aux Frères musulmans chassés du pouvoir par le coup d’Etat du général Al-Sissi.

Des attentats en réaction à Al-Sissi, différents des actions menées en Occident

Il s’agit d’un système de défense des intérêts de Mohammed Morsi, l’ancien Président égyptien déchu et dont les partisans ont subi une purge dans le sang ces dernières années comme le rappelle Amnesty International.

En effet, l’arrivée au pouvoir d’Al-Sissi a plongé l’Egypte dans une situation dictatoriale semblable à celle déjà exercée par Hosni Moubarak qui, rappelons-le, avait été balayé par la Révolution du Jasmin en 2011.

Aujourd’hui, entre 50 et 60 000 opposants politiques sont en prison et un certain nombre de groupes se sont radicalisés à la faveur de l’Etat Islamique dont une branche est présente dans le Sinaï et pourrait être à la base de la seconde explosion, au nord du Caire. Il y a donc bien une différence fondamentale entre les attentats qui se produisent sur notre sol et qui n’ont qu’une vocation anarchiste, de revendication et de peur alors que les leurs sont empreints d’un engagement politique puissant et sous-jaçent. L’objectif des terroristes en Egypte est de faire tomber Al-Sissi !

Des cibles choisies pour déstabiliser le pouvoir : s’ils voulaient faire plus de morts, ils l’auraient fait

D’ailleurs, il suffit de voir les cibles : Ceux visés sont principalement les forces spéciales, la police et la sécurité comme ce fut aussi le cas hier à Istanbul, en Turquie. Le troisième attentat survenu ce matin apparaît comme un moyen de déstabiliser le gouvernement qui se targuait d’avoir sécurisé la Capitale et protégé la minorité copte, représentant 10% de la population et par conséquent vulnérable.

En effet, le silence de l’Europe et des Etats-Unis sur ce nouveau régime se fondait en réalité sur trois arguments : le premier consistant à dire qu’une dictature permettrait de servir de rempart contre le fanatisme, la seconde concernant le respect des minorités chrétiennes et la troisième utilité d’Al-Sissi au pouvoir est fondée sur son rôle charnière dans le conflit israélo-palestinien. En effet, le blocus de Gaza est partagé entre l’Egypte et Israël.

Mohammed Morsi arrivé au pouvoir après l’élection de 2012 avait été le seul à rouvrir les frontières et à permettre l’approvisionnement en ressources de ce que certains appellent “La plus grande prison à ciel ouvert du Monde” (Nicolas Sarkozy, discours de 2009).

Des attentats devenus monnaie courante… 

Bien tristement, ces attentats sont devenus depuis 2011 monnaie courante. On en comptabilise une cinquantaine sur l’ensemble, sans compter la guerre ou la purge.

On commence le 1er janvier 2011 avec 21 morts dans une église copte à Alexandrie, le 5 août 2012, 16 gardes-frontière donnent leur vie au terminal Karm-Abou-Salem, dès le 19 aout 2013, les forces de polices sont ciblées en priorité : 25 morts à Rafah jusqu’à cette accélération qui débute le 24 janvier 2014 et qui n’a depuis cessé avec en moyenne un attentat par mois.

Par conséquent, l’instabilité de l’Etat est au cœur des préoccupations, l’impératif de sécurité n’est pas respecté et la population civile se situe donc entre quatre ennemis : le Général Al-Sissi et son autoritarisme, l’Etat islamique, les anciennes troupes de Morsi qui comptent se venger et la faim.

Pas de solution miracle, prions ? 

Il n’y a pas de solution miracle, une intervention occidentale dans la région ferait plus de morts et aurait pour effet de radicaliser les troupes de Morsi au point qu’elles rejoignent l’Etat islamique massivement. Dans le même temps, le peuple n’est plus en mesure de se soulever à nouveau puisqu’il est muselé.

La seule sortie est d’attendre que les attentats se calment en somme, que la guerre soit gagnée pour qu’Al-Sissi maintienne son régime autoritaire, qu’il le renforce, et que la future génération l’en extirpe.

Solidarité et hommage au peuple égyptien, le Caire est un phare, l’héritage de Nasser n’est pas mort, je crois solidement en ce que l’Egypte puisse, tel le phénix, renaître de ses cendres. Quel gâchis franchement, quand on pense à l’immense voix d’Oum Kalthoum faisant trembler les orchestres du Monde entier, quand on voit ces pyramides qui s’érigent du sable pour toucher le Soleil, quand on imagine enfin ce peuple cultivé et méritant qui continue malgré les violences et les menaces à vivre.

L’Egypte a un genou à terre, mais elle n’est pas encore morte.