En 2017, soyons comme Auguste Comte : Positivistes !

Il faut parfois faire contre mauvaise fortune bon cœur. A l’heure où les derniers préparatifs du réveillon sont enclenchés, où chacun se prépare pour fêter le 31 comme il se doit, il ne reste plus à 2016 que quelques heures à exister… et c’est une bonne nouvelle !

Sitôt cette année écoulée, nous devrons tourner une page difficile, pleine de conflits, d’attentats, de guerres, sans compter les inégalités qui n’ont cessé de se creuser !

En 2016 je n’aimais pas Auguste Comte, ce philosophe m’insupportait par sa naïveté et l’image idyllique qu’il dressait de la vie et de la société. Mais pour 2016, devenons comme lui : positivistes ! La formule sacrée du positivisme, dit-il, c’est “l’amour pour principe, l’ordre pour base, et le progrès pour but”.

L’amour pour principe ? Anachronique en 2017

Dans une période aussi trouble, on a du mal à comprendre ce que la place du mot “amour” peut avoir dans la société et dans la vie de tous les jours.

Pour comprendre ce que signifie ce concept d’aimer, il faut s’en référer aux textes de Jean-Luc Marion qui a théorisé le concept d’aimer pour comprendre. Et la première application de ce principe peut se faire à l’égard des migrants, à ceux qui ne peuvent plus vivre sur leur territoire. Je pense à cette photo d’Aylan Kurdi et à ce que nous en disions déjà à l’époque

“Des lors, quand un enfant qui fuit Kobane vient frapper à la porte de la belle Europe, nulle question de l’y refuser, il ne s’agit pas de politique, d’égoïsme, ou d’idéalisme, il s’agit de la réalité dans ce qu’elle a de plus violent, de plus fort et il est de notre devoir de réagir.”

C’est ce que nous devons viser : intégrer l’amour dans notre réflexion et dans notre conception du monde. Eric Zemmour disait il y a quelques années “Quand on n’aime pas on n’idéalise pas“, et si au contraire le propre de l’amour c’était d’être réaliste ?

En effet, aimer quelqu’un suppose au moins de l’altruisme et au mieux une forme d’abnégation : quand on aime, on essaye de se mettre à la place de l’autre, on l’encadre de nos bons sentiments et en même temps on essaye de le comprendre, de savoir comment il fonctionne, comme il réagit. Il n’y a rien de plus difficile que d’acheter un cadeau à quelqu’un que l’on aime, rien de plus difficile que de s’habiller pour lui plaire.

Et ce principe de l’amour dans les relations personnelles peut s’appliquer aussi aux relations humaines, à ces pauvres dans la rue qui sont de plus en plus et que nous voyons de moins en moins. La pauvreté a explosé ces dernières années, je ne parle pas du monde, je parle de la France, de Paris, de l’une des villes les plus riches du monde, de l’une des villes à travers lesquelles transitent le plus de capitaux.

N’y a-t-il pas matière pour tout un chacun d’ouvrir les yeux un instant et de se dire que nous pourrions peut-être céder un peu de nos richesses pour ceux qui n’en ont pas du tout ? Je me souviens de ce texte de Diderot que tant d’entre vous ont lu, ce discours du vieillard dans le Supplément au Voyage de Bougainville… Et si ce vieillard qui décrit notre mode de vie comme absurde avait raison ?

Et si le fait que nous puissions manger un sandwich dans la rue sans avoir une once de pitié pour le SDF à côté de nous n’était que le résultat d’une éducation et d’une philosophie qui tendent à normaliser ce qui est absurde ?

Face au désordre économique, l’ordre moral

Et si justement il ne nous fallait pas un peu d’ordre dans cet ensemble ? 

L’ordre de la société passe inéluctablement par la sociologie dont Comte est l’un des grands initiateurs, il sera plus tard repris par Durkheim, Weber et Marx qui fonderont la matière moderne de ce concept aux mille définitions. Organiser la société selon des règles tout en tenant compte des inégalités, du rôle de chaque individu, en somme l’ordre de Comte, c’est l’ordre social, c’est la capacité de tous à vivre dans une certaine harmonie. En fait, c’est le propre même de la démocratie, de ce Contrat social (Rousseau), de ce que nous appelons aujourd’hui le vivre ensemble.

Permettre demain que nous puissions continuer de vivre et de créer cette harmonie qui nous est tant nécessaire en faisant des lois respectueuses de chaque individu, des lois qui s’en réfèrent à des principes non plus galvaudés mais exaltés ? 

Nous devons remettre au goût du jour ce qui fait notre identité : la liberté d’Arendt, l’équité de Necker, la fraternité de Mirabeau, la nation symbolisée par la Marianne d’Olivier Ciappa, notre Histoire telle que la racontait Jacques Chirac le 17 juillet 1995, la laïcité de Clémenceau et de Jaurès, et enfin, l’indivisibilité de la patrie si chère au Général De Gaulle.

Des règles pour permettre de préparer l’avenir : Le progrès pour but

Voilà cet ordre, voilà les bases qui doivent nous animer : les grands penseurs d’hier, les belles images d’aujourd’hui, tournés vers demain, vers un futur incertain mais qu’il nous reste à construire, c’est la troisième règle : le progrès pour but. Et le progrès que nous imaginons n’est pas synonyme de croissance, il est vecteur d’amélioration de la société, capable d’élever l’aristocratie au rang de démocratie.

Ces trois principes (amour, ordre, progrès) ne s’appliquent bien heureusement pas qu’à la politique, chacun peut les conjuguer à son quotidien.

Pensons succès plutôt qu’échec, voyons le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide, donnons-nous la force de ne pas abandonner et de surmonter les obstacles, considérons les problèmes comme un moyen d’évoluer, nous devons croire en nous-mêmes, avoir confiance en nos capacités sans omettre nos valeurs, ne pas avoir peur de la différence, la considérer comme une bénédiction, soyons des penseurs positifs, voyageons et abreuvons nous de l’arbre Monde et de ses beaux fruits, apprenons tout simplement à croquer la vie à pleine dents ! 

A l’heure où des milliers s’obstinent à mourir essayons de comprendre la chance et le pouvoir qui nous sont donnés de conquérir le monde, de le traverser de bout en bout, de comprendre et de penser autrui.

Pierre Rabhi l’écrit bien mieux que moi “Il serait dommage, après avoir été repu de souffrance et de non-sens, de se demander au terme de sa propre vie non pas s’il existe une vie après la mort, mais s’il en existe vraiment une avant la mort, et ce qu’elle représente dans le mystère de la vie. “