Quel avenir pour la jeunesse d’Alep ?3 min read

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Parler de la jeunesse d’Alep, c’est parler de plusieurs choses à la fois. Il y a celle qui y habite toujours et qui la fréquente quotidiennement. Il y a celle qui en est originaire et qui s’est ensuite déplacée en Syrie, qui se souvient d’Alep et subit le conflit autre part. Il y a enfin celle qui en est originaire et qui s’est déplacée dans les pays voisins, ou encore plus loin. C’est celle qui n’a jamais oublié.

Parler de jeunesse ?

Mais qu’est-ce-que « la jeunesse » et comment délimiter ses frontières ? On emploie souvent le terme « jeunesse » pour parler des enfants, des adolescents et des jeunes adultes. En d’autres termes, tous ceux qui ne sont ni adultes ni des personnes âgées.

Cependant, parler de jeunesse à Alep, c’est parler des enfants qui n’ont connu que la guerre depuis 2011, du moins pour ceux qui ont jusqu’à 10 ans et s’en souviennent. Il y aussi celle qui est faite d’adolescents et de jeunes adultes, ayant appris à vivre avec la guerre. Ceux-ci ont progressivement acquis le réflexe de survie et l’instinct de protection, pour se protéger eux-mêmes et les autres.

La jeunesse d »Alep fait aujourd’hui face à un problème majeur : celui du brouillage des frontières des âges et des rôles. Rares sont les familles encore « complètes » à Alep, entre les membres qui sont partis et ceux qui sont déplacés. Il est donc nécessaire, pour ceux qui restent, d’endosser des rôles divers, qui souvent ne relèvent pas de la jeunesse. Souvent les enfants agissent en tant que jeunes adultes et les jeunes adultes prennent le rôle de leurs parents.

(Se) Reconstruire dans la durée

Pour que la jeunesse puisse reconstruire Alep et la Syrie, encore faut-il qu’elle se reconstruise elle-même. Les impacts psychologiques provoqués par la guerre sont profonds. Vivre avec la guerre, c’est en être témoin tous les jours, c’est s’habituer à sa présence. Or, il est primordial de sortir de « cette spirale de violence » et cela consiste non pas à oublier mais à désapprendre pour apprendre autrement.

La jeunesse d’Alep aurait peut-être tendance à s’enfermer dans ce passé de guerre. Elle l’a incorporé si profondément qu’elle le considère comme faisant partie d’elle-même et de manière importante. Cette jeunesse, dans toute sa diversité, doit se rendre compte que ce n’est pas parce qu’elle a vécu la guerre qu’elle est « destinée » ou condamnée à la porter. Il faudrait, même si cela semble très optimiste (voire utopique), que l’’on arrive un jour à parler de la jeunesse d’Alep sans l’associer à la guerre.

Une jeunesse sans avenir ?

Toutes les images qui nous sont parvenues d’Alep rendent compte de l’état catastrophique de la ville de ses écoles, ses universités et ses centres culturels. La jeunesse d’Alep se trouve privée de ses droits fondamentaux : celui d’être protégée, celui d’apprendre, de se cultiver. C’est une jeunesse à qui on a volé toute perspective d’avenir et qu’on a plongée dans l’insécurité.

Mais la jeunesse d’Alep n’est pas inerte. Il est vrai qu’elle a perdu énormément de chances dans la guerre mais ce n’est pas pour autant qu’elle est incapable de se reconstruire, au contraire. Cette reconstruction passera par des voies intermédiaires voire même imprévues, comme l’expression artistique et culturelle.

Elle s’en sortira, mais n’y arrivera pas toute seule. La communauté internationale a pour l’instant prouvé à quel point elle a fermé les yeux sur le quotidien des Aleppins, des Syriens en général. Aujourd’hui, elle est redevable à Alep et à sa population, et s’il y a un moment où il faut agir, aussi tardif soit-il, c’est maintenant.