Bachar el-Assad doit-il rester au pouvoir ?

Après presque six ans de guerre civile en Syrie, et alors que les opposants au régime ne cessent de reculer, il est temps de penser à l’après. L’après-guerre bien-sûr puisque celle-ci finira par s’arrêter, mais aussi pourquoi pas l’après Bachar. Car peut-on décemment imaginer que le dirigeant syrien conserve toute sa légitimité après cette période d’horreur à laquelle il a lui-même contribué ?

La ruine d’un État

Si l’on considère qu’un État se définit par une population et un territoire établi, la Syrie a depuis longtemps quitter cette catégorie. C’est un fait, la souveraineté du prétendu État syrien ne s’applique plus que sur une partie du territoire. Les autres sont laissés d’une part aux rebelles, d’autre part à Daech. Force est de constater l’échec d’Assad en ce qui concerne la défense des citoyens syriens. Et d’autant plus lorsque c’est le régime lui-même qui bombarde les civils.

La guerre civile a ainsi entraîné la mort d’au moins 300 000 personnes depuis 2011, et que dire des centaines de milliers qui ont fui dans d’autres pays. Mais derrière les chiffres il y a des hommes, et à travers les hommes c’est l’humanité qui pleure. C’est bien la bestialité qui a pris la place en Syrie.

L’humanité n’est plus, place à la sauvagerie ! Machiavel écrivait au XVIème siècle : « Il y a deux manières de combattre, l’une avec les lois, l’autre avec la force. La première est propre aux hommes, l’autre nous est commune avec les bêtes. » Décidément l’homme semble n’avoir fait que peu de progrès depuis.

Voyage aux confins de l’humanité

Quel genre de dirigeant ose envoyer des armes chimiques sur ses propres citoyens ? Peu importe la manière dont on les nomme, Assad en fait partie. Que ce soit l’ONU ou des ONG tel Human Rights Watch, l’emploi de telles armes a été prouvé, et ce malgré l’accord trouvé en septembre 2013 entre la Syrie et les puissances occidentales.

Accord bien vite rompu puisque seulement quelques mois plus tard, des preuves de l’utilisation d’armes chimiques sont une nouvelle fois révélées en avril 2014. Et les massacres de continuer : les crachas des mitrailles ne trouvent d’écho que les pleurs des victimes innocentes.

Sous couvert de lutter contre les rebelles mettant à mal la continuité de l’État et d’assurer la souveraineté de la Syrie face aux puissances occidentales, Assad n’a fait montre d’aucun scrupule. La critique la plus virulente provient d’ailleurs… d’Assad lui-même ! En 2012, ce-dernier déclarait dans un entretien accordé à ABC : « aucun gouvernement dans le monde ne tue son propre peuple, à moins d’être mené par un fou ».

Fou, Assad ne l’est probablement pas. Cynique et cruel, cela ne fait aucun doute. Invoquant la raison d’État, c’est bien plutôt la raison dynastique qu’il défend. Une fois encore, le constat de Machiavel est ô combien pertinent : « La soif de dominer est celle qui s’éteint la dernière dans le cœur des hommes ».

Dans ces conditions, la question ne doit plus être tellement « Assad doit-il rester au pouvoir ? », mais plutôt « comment pourrait-il rester au pouvoir ? ». Les 88,7% obtenus en 2014 lors des élections présidentielles ne peuvent être considérés comme révélateurs de la situation en Syrie. Comment faire confiance à un scrutin non seulement organisé par le régime mais également restreint aux parties contrôlées par ce-dernier donc peu touchés par la violence des conflits ?

Assad, Daech, ou les autres

Nous avons tous en tête un précédent : Saddam Hussein. Tous deux dirigeants laïques, tous deux défenseurs d’un panarabisme, tous membres du parti Baas, il est vrai qu’Hussein et Assad possèdent de nombreuses caractéristiques communes. Mais est-ce à dire que, si le dirigeant syrien est renversé ou démis de ses fonctions, ce sera un facteur déstabilisant de plus dans un Moyen-Orient qui n’a vraiment pas besoin de ça ?

Daech s’est constitué sur les ruines de l’ère Hussein, c’est un fait. Mais cela ne veut pas dire que l’hypothétique fin de l’ère Assad en Syrie va nourrir et favoriser le développement de l’organisation terroriste.

Certes Hussein jouait le rôle d’un pilier régulant les relations au Moyen-Orient et sa destitution a été un choc dans cette région hautement inflammable. Mais ce n’est pas tellement le départ du leader irakien en tant que tel que la gestion de l’après qui fut catastrophique et contribua à la création de Daech.

De même, Assad au pouvoir en Syrie n’est pas une fatalité. Dire que Assad est le premier défenseur de l’Occident contre Daech et que le renverser reviendrait à ouvrir les portes de Damas aux terroristes islamiques n’est que pure fantaisie.

Commençons par modifier notre vision manichéenne : entre Assad et Daech, il y a une troisième alternative. Le peuple syrien est certes meurtri, mais des cendres d’un régime peut jaillir un nouvel espoir. L’alternative existe, c’est le défaitisme qui la détruit.

« L’expérience prouve que jamais les peuples n’ont accru leur richesse et leur puissance sauf sous un gouvernement libre. » Machiavel

Faire une analogie grossière entre Daech et les rebelles est indigne et ne sert qu’à légitimer un Bachar el-Assad qui a trahi son peuple à maintes reprises ces dernières années. Cette analogie oublie également la volonté première qui animait les premières révoltes en Syrie : être libre.

Les rebelles ne veulent pas d’une théocratie comme Daech, ils ne veulent pas d’une autocratie héréditaire telle que le propose Assad. Non, les rebelles ont une toute autre ambition, en apparence simple mais qui s’est révélée d’une complexité folle : être libres.

C’est notre devoir à nous, pour qui l’horreur des massacres ne se résument qu’a quelques images trouvés çà et là dans les médias et sur internet, de ne pas oublier cette volonté première. Ce n’est pas une fiction, ce n’est pas non plus un récit du passé. C’est le quotidien actuel d’encore trop de personnes dans le monde : ce n’étaient que des individus comme vous et moi qui voulaient être libre mais qui n’ont trouvé d’autres réponses que des massacres à grande échelle.

Leurs cris d’alarme n’ont jusqu’ici trouvé aucune réponse. Bachar a-t-il gagné la partie, malgré les nombreux massacres qui ont touchés la population syrienne ? Démystifions un peu la situation : à ce jour, le meilleur allié d’Assad n’est pas la Russie, c’est l’indifférence des puissances occidentales et de leur population. Il ne tient qu’à nous de réagir et ne pas laisser toutes ces victimes dans l’indifférence.