Benoit Hamon fera-t-il battre le coeur de la France ?

On ne sait pas encore cela avec certitude mais, lors de son discours d’investiture ce matin dimanche 5 février 2017 à la Mutualité, c’est certainement ce qu’il a laissé comprendre.

Un meeting de soutiens inconditionnels avec deux grands absents

En matinée, 2500 personnes étaient présentes à l’événement. Nombreuses furent les interventions depuis le début de la cérémonie d’investiture, nonobstant l’absence de la majorité du Gouvernement Hollande. Les deux « grands absents » ont sans doute été Manuel Valls et Bernard Cazneuve.

Tout résumé de la matinée parle ouvertement d’absence de tous les poids lourds du Gouvernement : leurs cœurs battent très discrètement, ou bien pas du tout.

On retiendra les remarquables discours d’Anne Hidalgo, maire de Paris et de Christiane Taubira, l’ex-Ministre de la Justice.

Anne Hidalgo, dans son discours, donne un soutien entier et chaleureux à Hamon en le remerciant particulièrement d’avoir placé le problème climatique au cœur de son programme. Aussi affirme-t-elle voir une nouvelle force émerger dans la gauche grâce à lui, quand encore il y a quelque semaine « nous étions presque condamnés à mort, à la disparition immédiate. [Depuis], nous avons repris des couleurs. »

Christiane Taubira a également apporté son soutien, sincère, direct et total. Tout juste sortie de sa retraite médiatique et politique, elle a semblé heureuse. L’instant le plus fort de son discours d’une vingtaine de minute est d’ailleurs très symbolique. En regardant fixement la foule qui applaudit à tout rompre, elle affirme : « Nous faisons de la politique et nous faisons de la gauche », laissant ainsi sous-entendre que ce n’est pas toujours pareil du côté de l’Elysée…

Benoît Hamon : candidat normal ou candidat providentiel ?

L’aspirant candidat de la gauche fut le dernier à s’exprimer ce dimanche. Avec un ton décidé mais restant humble, il montra un comportement très respectueux envers ses adversaires politiques. Également modéré sur le quinquennat qui va bientôt se terminer, “Benoît” a ménagé l’exécutif mais a tenu à dénoncer la loi El-Khomri et l’usage exagéré du 49.3.

Entrant dans le cœur du discours, Hamon rappelle que « la gauche plurielle de Lionel Jospin, c’était aussi plusieurs gauches ! », soulignant que ce n’est pas catastrophique d’avoir des opinions différentes au sein d’un même parti politique, que cela a toujours été une caractéristique de la gauche, mais que pour autant il faudra tenir compte des déçus du scrutin qui imaginaient Manuel Valls grand vainqueur et qui tentent aujourd’hui de se tourner vers Macron.  

Ce meeting fut aussi marqué par la volonté du candidat socialiste d’insuffler un espoir proto-providentiel. Nous aspirons, dit-il, à « construire quelque chose qui nous dépasse, qui nous transcende et nous tourne vers l’avenir. »

S’il n’est pas vraiment cet homme providentiel dont il revendique d’ailleurs ne pas vouloir être, il souhaite mettre en évidence sa modestie et son humilité sans pour autant tomber dans la caricature de la « Présidence normale » soutenue par François Hollande.

Son discours se concentre sur les points forts de son programme : il est alors question de transition énergétique et de révolution numérique, de revenu universel mais aussi d’Union européenne. Sur l’environnement, duquel il a moins parlé pendant sa campagne, il rappelle que le changement comme il l’entend sera aussi la sortie du diesel jusqu’en 2025.

La révolution numérique introduit alors son cheval de bataille : le combat contre la pauvreté avec la mise en place progressive d’un revenu universel d’existence – qu’il reprendra à la fin de son discours – faisant vibrer la salle.

Sur l’Europe, il cite quelques points incontournables de son projet, passant par une défense commune et la reprise du contrôle démocratique, le traité énergétique ou encore des investissements écologiques majeurs pour une « Europe plus verte ». En effet, la question européenne était restée un peu à côté de la campagne des primaires.

Il ne manque pas non plus de rappeler sa volonté de légaliser la consommation cannabis, un point qui l’avait déjà distingué des autres candidats lors des débats des primaires de la gauche.

Le temps des rêveurs qui ont fait la sécurité sociale

“Benoît” – comme on aurait pu prévoir – concentra la dernière partie de son discours sur la nécessité d’un revenu universel d’existence et, se référant à tous les opposants qui l’accusent d’utopisme, affirma : « Il fut un temps où de doux rêveurs ont fait la sécurité sociale, le système des retraites, l’assurance maladie. »

Hamon vend du rêve, un rêve aux frontières du réel, un rêve qu’on construit pas à pas. C’est un rêve pragmatique, organisé et précis. Ou alors, ce n’est pas un rêve, au du moins c’est ce qui nous laisse entendre le candidat du PS aux présidentielles.

Il parle ainsi de la situation actuelle, de la dette qui s’alourdit, du taux de chômage en explosion et des problèmes de non-mixité sociale.

Pourtant il ne s’arrête jamais trop longtemps sur la critique, il préfère parler de l’avenir, de ce qu’il construira si les Français lui en donnent l’opportunité.

La conclusion est profonde mais modérée. Il n’aurait pas pu choisir meilleure référence qu’Albert Camus : « Au milieu de l’hiver, je découvrais en moi un invincible été. » Et tout de suite après d’ajouter : « Faîtes comme Albert Camus : voyez, regardez, désirez l’été qui vient, croyez-y de toute votre force, et alors nous serons invincibles. »