Body Parts, redécouvrir son corps avec Marine Kerbidi

L’art est un merveilleux moyen de partage. Mais partager l’art en choisissant les mots les plus corrects pour définir les sentiments, n’est-ce pas le paradigme dont tous les critiques peuvent rêver ?

Ce dimanche 11 septembre, j’ai eu l’occasion de faire cette rencontre avec Marine Kerbidi et ses “Body Parts”. Non loin du Bon Marché, au détour d’une ruelle éclairée par quelques rayons de soleils gentiment masqués par les nuages blancs des dernières journées d’été, j’ai apprécié la découverte de ces photos qui nous invitent à entrevoir différamment le noir et le blanc, à confronter non plus la couleur à l’absence de couleur mais de confronter la couleur aux corps. 

La petite exposition qui se tenait dans cette galerie éphèmére a fait grand effet. A travers cette présentation, les clichés nous permettaient de réfléchir sur le corps, redécouvrir la sensualité cachée de parties souvent oubliées. Ces photos vous parlent de l’intime, le corps est désinhibé. Marine réussit à re-sacraliser l’humain lorsqu’on cherche à le banaliser.

Cela nous fait penser aux oeuvres d’Augusto de Luca, le photographe italien qui transmettait l’âme à travers des visages en noir et blanc. La photographe propose une autre grille de lecture, elle préfère parler du corps, de ces deux poings qui visent le sol et qui sont déterminés dans une construction de l’oeuvre fondée sur une symétrie trompeuse, agacée par ces tatouages qui viennent comme une cerise sur le gâteau. 

On est sur du “réalisme-grunge“, un peu à la manière de Sasha Kargalstev au siècle dernier, avec une approche qui vise constamment à nous parler de ce banal que Diane Arbus avait érigé en symbole. On se retrouve donc face à ce démembrement de l’Homme, à ces pièces de puzzles qui constituent le corps.

Mais le sujet de Marine est aussi le noir sombre, pas celui qu’on grise, celui de Soulages, le noir qui représente le rien, l’inexistant, alors que le corps est une allégorie de la vie. Il est majoritaire, il prend de la place, ce noir, il couvre l’oeuvre, la dévore, dévore le sujet. 

Body Parts, c’est la redécouverte du corps, de ces épaules masculines dans leur construction géométrique, de ces muscles qui découpent la photo avec puissance et netteté. La photo est ici un sentiment, celui du choc, du brusque, de l’intempestif, de l’inopiné dans l’intime. Et puis, il y a ce tatouage qui continue d’agaçer, ce tatouage de l’oeuvre dans l’oeuvre, du corps dans le corps, ce tatouage du dessin dans la photo…

Marine Kerbidi est à suivre, à découvrir, elle est de ces nouveaux photographes qui peuvent nous faire espérer la renaissance du noir et blanc, à la renaissance du sentiment dans la photo.

On ne voit pas un sentiment, mais on peut le photographier et c’est ce qui fait sa plus grande force.