Ce qu’attendent vraiment les électeurs de Hamon

Malgré sa victoire sensiblement écrasante (58,7 % des suffrages) dimanche dernier à la primaire de la gauche face à Manuel Valls (41,3 %), Benoît Hamon ne semble pas recueillir l’adhésion de tous les membres du PS. C’était pourtant ce à quoi s’étaient engagés non seulement l’ancien premier ministre, mais aussi tous les cadres du parti pour espérer rassembler les morceaux d’une gauche extrêmement fragilisée par le quinquennat Hollande.

Les programmes des deux candidats finalistes de la « Belle alliance populaire » s’opposaient cependant radicalement sur de nombreux points. Ainsi, on se doutait bien que le ralliement du perdant au vainqueur serait difficile. Représentant d’une gauche jeune et sociale, Benoît Hamon a séduit d’abord et avant tout par ses propositions optimistes différant du climat ambiant pesant jusqu’alors sur la campagne présidentielle.

“Hamon Bashing”

Mais selon tous les experts et éditorialistes politiques ayant commenté sa victoire depuis 48 heures, ce résultat est affolant. Il marque la descente du PS dans les antres de la radicalité utopiste. Le candidat désormais officiel du PS est à peine intronisé qu’il se voit déjà conspué par nombre de socialistes dits « réformistes » (de l’aile droite du parti) à l’image de Christophe Caresche et Gilles Savary. Ils souhaitent rejoindre ouvertement Emmanuel Macron. En tout, 17 députés ont signé hier matin une tribune au journal Le Monde en vue d’exprimer leur « droit de retrait » de la campagne de Benoît Hamon.

“Assumer le bilan du quinquennat”

Ce dernier s’est entretenu lundi avec le Premier ministre Bernard Cazeneuve et rencontrera François Hollande aujourd’hui. Mais le discours du gouvernement – qui soutenait le candidat Valls – détonne déjà. Hier matin sur France Inter, Michel Sapin était l’invité de Patrick Cohen. Il soutenait une absurdité déconcertante pour tous les électeurs du candidat socialiste : « Hamon ne peut espérer gagner que s’il assume le bilan du quinquennat ».

Le vainqueur de la primaire a pourtant capitalisé un soutien populaire conséquent en tablant  sur son opposition à de nombreuses mesures prises par le gouvernement sortant. Alors comment imaginer un tel compromis ?

Etienne, un jeune militant hamoniste, donne son avis sur la question :

« Cela signifie surtout que pour rassembler son camp il doit valoriser certaines avancées du quinquennat (mariage pour tous, garantie jeune, tiers payant, CPA, etc.). Il a d’ailleurs déjà commencé à le faire au 20h de France 2 hier soir. Il tend la main aux autres en leur proposant de l’aider à “enrichir son programme”. Mais il ne va pas dévier de la ligne politique qui l’a fait gagner dimanche et qu’il porte avec conviction et constance depuis le début de son engagement.

Selon lui, « rassembler le PS sera périlleux. Cela n’exclut pas des pertes vers Macron mais c’est positif. Ça participe de cette clarification idéologique et d’un repositionnement du PS clairement à gauche. »

S’affranchir du PS : une manœuvre délicate

Au regard du positionnement confus de certains membres du PS vis-à-vis du candidat socialiste désigné par la primaire, une question brûle toutes les lèvres. Benoît Hamon pourrait-il envisager de sortir de l’appareil PS ?

« Il regarde beaucoup au-delà du parti. Mais une candidature hors PS me semble très improbable car c’est le Parti socialiste qui finance la campagne et qui dispose de nombreux militants avec un fort ancrage territorial. Benoît ne se considère pas comme l’homme providentiel mais il ne peut pas trahir plus d’un million d’électeurs en se retirant. D’autant qu’il est aujourd’hui le mieux placé à gauche puisqu’il bénéficie de la légitimité d’un vote populaire. »

Rassembler autour de lui

Pour espérer gagner en mai prochain, Benoît Hamon doit donc rassembler autour de lui. Son programme très écologiste semble déjà plaire à Yannick Jadot. Il devait le rencontrer hier midi. Mais Jean-Luc Mélenchon, candidat de la France Insoumise, sera plus dur à convaincre.

« Benoît a toujours entretenu de bonnes relations avec les autres forces de gauche (PCF et EELV) qui pourraient le rejoindre, ce qui serait le meilleur scénario, car ça isolerait Mélenchon qui n’a aucune intention de le rejoindre. »

En revanche, l’éventualité d’un « ralliement forcé » n’est pas à exclure si Mélenchon « se fait siphonner ses intentions de votes. Il devra endosser la posture égotique de celui qui va empêcher la gauche d’être au second tour ».

“Mélenchon peut perdre beaucoup s’il ne montre pas une certaine ouverture”

Chez les partisans et militants qu’il fréquente assidûment depuis plusieurs mois, Etienne a bien senti la tendance :

« Ils ne pensent qu’à une candidature commune Hamon/Mélenchon/Jadot. C’est pour ça qu’à titre personnel, je pense que Mélenchon peut perdre beaucoup s’il ne montre pas une certaine ouverture. »

Il reste confiant quant aux fuites vers le mouvement d’Emmanuel Macron qui resteront « marginales ».  Pour lui, les cadres PS vont majoritairement soutenir son candidat. « Il y a des histoires d’investitures et un fort attachement au parti malgré tout, tandis que l’aventure Macron reste assez incertaine. »