Christine Angot face à François Fillon ou la dignité face à l’insolence

Pris dans les tourments des attentats, j’avais laissé la petite politique de côté pour m’intéresser depuis quelques jours à ces tristes affaires.

Mais voilà que par un hasard immense, je me suis retrouvé face à elle. Elle, c’est Christine Angot. Sa main tremble, elle vient d’arriver sur le plateau de France 2. Elle est stressée, déboussolée, avant même d’avoir ouvert la bouche. J’en suis perturbé.

Angot-Fillon, deux mis en examens qui s’affrontent

Et elle commence, avec un silence, joint ses deux mains et entame “Bon, vous ne vous êtes pas retiré”. Et le festival commence alors comme la source qui fait dévaler les flots le long de la montagne. Les mots s’enchaînent, ils vilipendent et agonisent, attaquent et se questionnent, grommellent et se meuvent dans une fulgurance de violence. 

Angot n’est plus face à Fillon, c’est Fillon qui est face à Angot. Les deux se regardent sans détresse, il leur arrive de se sourire. Mais rien n’enlève au duel sa force.

Elle, est mise en examen pour diffamation pour une “affaire de bouquins”. Lui, est mis en examen parce qu’il aurait détourné des sommes astronomiques. Elle, est mise en examen pour “avoir dit la vérité”, lui est mis en examen parce qu’il est “victime d’un acharnement”. Elle a trop parlé, lui s’est trop montré. 

Mais dans ce duel, c’est bien de lui dont il s’agit, de ses erreurs et de ses fautes, des ses contradictions et des compromissions qui chaque jour tâchent le journal. 

Angot face à Fillon et ses soutiens, le loup dans la bergerie

Peu importe que l’arène eut été conquise au gladiateur le plus fort. Ce qui était sublime dans ce débat, c’est qu’il y avait là une femme qui voulait entendre la vérité, une femme qui revendiquait pleinement un droit de raison face à l’ensauvagement du candidat et de ses alliés. 

L’image est alors puissante : l’écrivaine face au politicard la femme, face à l’homme. Christine Angot seule face à un monde fermé qui ne s’enquiert plus de la raison pour gouverner. 

J’ai été submergé par l’émotion de son discours. Elle a eu le courage d’y aller. Peu en auraient l’audace. Face au mépris de l’audience, elle se tenait fière commeun pic, déterminée à en découdre. Et elle lui a tout dit ! Sans omettre un mot, sans en faire trop. Elle lui a dit que le vote utile, ça ne serait plus lui, qu’elle ne pourrait plus y consentir, et que nous pourrions tous voter pour Le Pen ou nous abstenir.  Elle lui a dit qu’elle n’acceptait plus ce chantage au suicide. D’ailleurs, comment diable un homme qui a fauté peut-il à ce point instrumentaliser les sentiments et l’histoire à des fins aussi vaines que celles de la conquête du pouvoir. 

Non, elle n’était pas la chèvre de Monsieur Seguin, Christine Angot ce soir était un loup dans la bergerie.

La détresse éloquente d’une femme face à l’homme fautif qui reste de marbre

Ce moment restera sans doute dans les plus belles et étranges confrontations politiques de ces dernières années. Par ce verbe haut, ces paroles fortes, ces silences saccadés, Christine Angot a démontré avec virulence le mépris de l’intellectuel sur l’homme avide. 

Elle a prouvé qu’elle détenait encore, contre toute attente, ce qu’il n’aurait jamais. Que le pouvoir résidait d’abord dans ces mots qui sifflent et qui sont des “paludismes, des érésipèles, des feux de laves et des feux brousse” (Aimé Césaire), que la force n’était pas en elle, mais au-dessus d’elle, “dans une voix qui vrille la nuit comme la pénétrance d’une guêpe apocalyptique” (Aimé Césaire, encore). 

Christine Angot nous a montré à tous ce soir, ce que c’était que d’être digne. Elle nous a montré ce que c’était que de porter la parole de tous ceux qui ne peuvent s’exprimer. “Vous savez pourquoi ils m’ont fait venir ? Lui assène-t-elle en guise de conclusion, parce que je viens de dire ce que eux ne peuvent dire”.