Quand le combat pour la vie devient le combat d’une vie

When you educate a man, you educate an individual, when you educate a girl, you educate a nation !

Dr. James Emmanuel Kwegyir-Aggrey

 

UNE PRISE DE CONSCIENCE PROGRESSIVE

Le 28 novembre 2012, l’ONU a pris sa première résolution concernant les mutilations génitales féminines (MGF) qui touchent plus de 140 millions de femmes dans le monde. Celle-ci a été soutenue par 110 pays dont plus d’une cinquantaine de pays africains. La pratique de l’excision diffère selon les pays, les villages ou les ethnies et peut aller de l’ablation du seul clitoris à celui des grandes et petites lèvres. L’âge de l’excision est fonction des coutumes, soit juste avant le mariage, soit à la naissance soit comme signe matérialisant le passage de la fille à la femme.

La prohibition de l’excision est entrée en vigueur au Nigéria le 5 mai 2015 tandis qu’au Burkina Faso la loi date de 1996 mais dans certains pays ces pratiques restent très fortement ancrées dans la culture (Erythrée, Guinée ou au Mali). Le Kenya a, quant à lui, introduit sa loi d’interdiction de l’excision en 2011 et se trouve être un des pays reconnus comme luttant activement contre cette pratique.

JOSEPHINE KULEA, UN MODÈLE VIVANT

Dans ce pays une jeune femme s’est donnée pour immense mission  d’éradiquer les violences faîtes aux filles et aux femmes et se bat tous les jours contre l’excision. Joséphine Kulea est un modèle en matière de lutte contre les MGF. Aujourd’hui, elle a déjà sauvé plus de 1 000 mineures de l’excision, d’un mariage forcé ou d’abus sexuels.

Joséphine Kuléa a fondé la Samburu Girls Fondation et c’est à travers cette fondation qu’elle lutte contre trois pratiques très présentes au Kenya: les MGF, le mariage précoce de jeunes enfants et la pratique du collier (‘beading’).

Le ‘beading’ est une tradition de la communauté Samburu dans laquelle des jeunes filles sont assignées à partir de neuf ans à un jeune guerrier (entre 15 et 35 ans). L’objet du contrat est unique en son genre : la jeune fille doit satisfaire les besoins sexuels du guerrier à  n’importe quel moment.

Pour matérialiser cette assignation, la jeune fille porte un collier de perles rouge. Ainsi une hutte à côté de la maison est construite pour satisfaire ‘l’engagement’. Cependant, tomber enceinte est strictement interdit alors que l’utilisation de la contraception l’est tout autant. Ainsi lorsque la jeune fille subit une grossesse, tout est fait pour la stopper. Si les moyens employés ne sont pas efficaces, le bébé sera tué à sa naissance.

Outre les conséquences psychologiques de cette pratique, elle est aussi très dangereuse en matière de santé et comporte d’immenses risques, que ce soit dans la transmission du VIH ou par la destruction de l’appareil génital féminin.

La détermination de Joséphine contre ces pratiques lui vient de sa mère. En effet, elle l’a assisté pendant toute son enfance alors qu’elle sauvait des jeunes filles d’un mariage précoce ou d’une MGF. De cette expérience, elle a appris à toujours lutter pour ce qu’elle pensait juste et désormais, elle reproduit le combat mené par sa mère à une échelle beaucoup plus importante. En deux ans la fondation a accueilli plus de 80 jeunes filles. Aujourd’hui plus de 200 filles sont concernées et 125 reçoivent une bourse de manière à poursuivre leur éducation.

Son extraordinaire travail a été reconnu à l’échelle mondiale, obtenant plusieurs prix tel que le Unsung Hero (2011),  «personne de l’année»  par l’ONU (2013), l’Inspiring Woman (2014) et elle a aussi été nominée en 2014 pour le prix Transform Kenya.

 

LUTTER POUR CE QUI NOUS SEMBLE JUSTE

Joséphine Kuléa accomplit un travail extraordinaire en s’opposant à des pratiques pourtant habituelles, ancrées profondément, ce qui rend sa tâche encore plus difficile mais elle ne lutte pas seule. Ce mouvement est en effet soutenu par le Docteur Denis Mukwege (Prix Sakharov 2014) dans le nord du Mali, au Kivu. Son histoire a d’ailleurs fait l’objet d’un film documentaire : L’homme qui répare les femmes.

Pour lui, « le viol est une arme de destruction massive », dans un contexte de conflit comme au Mali, les viols sont commis délibérément afin de détruire la femme qui est la matrice de la vie.

L’objectif est ici très différent, il lutte contre le viol et ses conséquences dans un contexte de guerre tandis que J. Kuléa lutte contre une certaine culture, typique à son ethnie. Mais ce qui les rassemble n’est ni plus ni moins un plaidoyer pour la vie, un combat acharné pour redonner l’espoir à ces filles et à ces femmes.

Dr Mukwege conclut son autobiographie par ces termes : « Ce que je souhaite par-dessus tout, c’est que le nouveau pouvoir se sente concerné par la situation des femmes (…). C’est pour ce jour que je me bats et que je mets ma vie en danger. Je veux voir ce jour arriver, c’est mon vœu le plus cher ».

C’est un droit à la vie, un droit à la dignité et surtout un droit au respect de son corps qui est détruit. Le viol est un crime que celui-ci soit délibéré et utilisé comme arme de guerre ou organisé par une coutume ; l’excision en est de même. Les Etats reconnaissent peu à peu ces crimes, mais le premier soutien vient de la communauté elle-même où certaines personnes saisissent le problème à bras le corps et agissent par des actions qui touchent concrètement les victimes de ces actes.

Cette femme et cet homme nous transmettent un message : il faut lutter pour ce qui nous semble juste, lutter pour obtenir la paix et la vérité car chaque Homme a droit à sa vie.

 

http://www.samburugirls.foundation/

http://fondationpanzirdc.org/