Comment l’abstention décompose la démocratie ?4 min read

Catégories Comprendre, Contributions, Politique

« Ni Le Pen, ni Macron, ni patrie, ni patron« . Voilà le slogan utilisé par les militants qui battaient le trottoir lors des différentes manifestations qui ont émaillé l’entre-deux tours de la Présidentielle.

Les résultats de l’élection présidentielle comptabilisant l’abstention et les votes blancs. ©LesDecodeurs

Emmanuel Macron élu, on fanfaronnait le soir du premier tour qu’il avait réalisé 66%. Mais 66% de quoi ? Si l’on s’en tient aux votes blancs et à l’abstention, Emmanuel Macron n’a réalisé que 43% des suffrages. De quoi s’interroger sur le principal parti d’opposition en France : l’abstention.

Une abstention qui se renforce

En 2005, Jospin écrivait « Le peuple est au principe de la démocratie. Il est le fondement de la légitimité politique ».  

Mais de manière inexorable, les chiffres de nos scrutins sont sans appel : 40% d’abstention pour les élections législatives en 2012, 50% pour les départementales et régionales en 2015. Si les élections présidentielles restent moins touchées par cette logique avec « seulement » 25% d’abstention, ce sont encore 9 millions de Français qui ne donnent pas leur avis.

Des élus devenus illégitimes

Malgré ce constat devant lequel on ne saurait fermer les yeux, nos gouvernants continuent à se pavaner, se croyant gonflés de légitimité des voix qu’ils pensent représenter, alors que ces boursoufflures ne sont dues qu’à l’effet de leur ego.

Si le peuple ne vote plus, comment nos élus peuvent donc se prévaloir d’une quelconque représentativité ?

Les raisons de l’abstention sont connues

Résultat de recherche d'images pour "colere enfant"
Inutile de connaître les raisons de la colère. ©ParlerDeMaVie.fr

Il ne s’agit pas ici de s’interroger sur les raisons de cette abstention.

Symptôme d’une société malade, individualiste et désintéressée du bien commun ? Reflet d’un rejet d’une classe politique qui a depuis longtemps réussi à faire passer l’intérêt général derrière ses quêtes personnelles de pouvoir, de fric et d’influence ?

Qu’importe finalement.

L’abstention, un problème symptomatique, pas symbolique

Le problème posé par l’abstention n’est pas seulement symbolique. S’il est important, à l’heure où certains sociologues proposent de se saisir des taux d’abstention pour constituer une sorte de « baromètre de légitimité » des pouvoirs politiques, il n’est pas unique.

En effet, de manière plus pragmatique, l’abstention provoque, au moins en partie, une réelle crise d’autorité qui vient ébranler nos sociétés.

#PenserContre Le travail de recherche de Bernard Lamizet propose une réflexion qui va à l’encontre de cette observation « La thèse d’une crise de la citoyenneté, une construction inopérante« .  

La fin du contrat social ?

Si l’on en croit la conception horizontale du contrat social tel qu’imaginée par Locke, la société s’unie par un lien de réciprocité entre les membres de la communauté, qui acceptent de se soumettre à des lois auxquelles ils ont librement consenti par la formation d’un gouvernement.

C’est le mécanisme théorique de nos sociétés démocratiques. Nous nous reconnaissons en tant qu’ensemble et nous votons afin d’établir des dirigeants qui mènent la politique de notre pays. Nous acceptons de nous soumettre aux lois qu’ils édictent, car, par le vote, nous sommes les auteurs indirects de ces lois.

L’abstention provoque une dilatation du pacte sociétal

Mais, l’abstention, qui concerne presque 20 millions de Français aujourd’hui, provoque une dilatation grave de ce pacte sociétal. Ne plus voter, c’est se couper de l’acceptation indirecte de soumission aux lois, c’est s’affranchir de « l’obligation morale du citoyen dans une société fondée sur le consentement de ses membres » (Eugène Rostow).

Banalisation des violences privées, hausse de la fraude, accélération des contestations et des désobéissances civiles.  Autant de signes révélateurs d’une société en crise, dont une partie de ses membres ne se sent plus tenue par ses règles de fonctionnement. Le retour à l’état de nature secondaire de Rousseau n’est peut-être pas si loin…