Comment Marine le Pen tente de récupérer le monopole de l’opposition4 min read

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Dans son discours prononcé à la suite de sa défaite lors du second tour des élections présidentielles, Marine le Pen a fait part de sa volonté d’ « engager une transformation profonde de [leur] mouvement afin de constituer une nouvelle force politique ». L’annonce est vague. Qu’annonce-t-elle ? De nouveaux visages, un nouveau nom, une nouvelle ligne idéologique ? Décryptage.

 

S’emparer de la carcasse des Républicains et du PS

Il y a quelques mois, Marine le Pen déclarait déjà en réaction aux primaires organisées à gauche et à droite : « l’UMP et le PS ont fusillé leurs dirigeants ». Elle, préférait adopter un positionnement différent, « au-dessus de la mêlée ». Fidèle à son opposition au « système », elle parle au lendemain du second tour d’une « décomposition majeure de la vie politique française ». Les Républicains et le PS ont étés évincés du second tour des élections pour la première fois depuis la création de la Cinquième République. Marine le Pen entend bien profiter de cette dynamique. Elle tente maintenant de  s’installer en tant qu’opposante principale au parti d'Emmanuel Macron maintenant au pouvoir.

En 2015, Jean-Marie le Pen avait été exclu du FN en réaction à ses propos sur les chambres à gaz. Le fameux  "détail de l’histoire". Cette volonté de restructurer le Front National est donc dans la droite lignée du processus de dédiabolisation du parti. Ce projet, Marine le Pen l'a déjà à cœur depuis quelques années. Elle tente ainsi de devenir un parti consensuel et non plus d’extrême-droite, qualificatif que les membres du FN refusent d’ailleurs systématiquement. Au second-tour, Nicolas Dupont-Aignan a même accepté de constituer une majorité présidentielle si elle était élue. Son retour sur la sortie de l’euro est également symptomatique de ce revirement. Florian Philippot, farouche opposant à la monnaie unique, a menacé de quitter le parti si la présidente revenait sur ce point. Les cartes sont à nouveau battues et le Front National pourrait bien profiter des cendres du PS et des Républicains. Le risque est qu'il s’installe durablement et sans complexe aucun dans la vie politique française.

L’imposition d’un clivage politique nouveau

Dans son discours, elle balaye le clivage droite / gauche pour en instaurer un nouveau, celui « entre les patriotes et les mondialistes ». Elle tire profit de sa qualification au second tour pour instaurer une légitimité nouvelle : « Les Français ont désigné l’alliance patriote et républicaine comme la première force d’opposition au président ». Cette stratégie avait déjà été amorcée pendant l’entre-deux tours en tentant de récupérer une partie de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon. L'objectif était de s’appuyer sur les ambitions souverainistes de la France Insoumise.

L’enjeu des élections législatives est donc de taille pour la gauche. Si le nouveau clivage annoncé par Marine le Pen s’installe comme étant le seul viable, c’en est terminé de la gauche et le parti d’extrême droite – Dieu sait le nom qu’il portera dans cinq ans, une chose est sûre : il restera d’extrême-droite – deviendra un parti comme un autre. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire et nous ne pouvons pas laisser la gauche s’entretuer à la veille des législatives.

 

Ne lui offrons pas la position de premier opposant sur un plateau d’argent

Nous sommes beaucoup à être allé voter à reculons au second tour en faveur d’Emmanuel Macron. Ce vote n’était pas un vote pour des idées politiques. C’était en revanche un vote en faveur d’une idée de la politique : la démocratie. Avec la chute de partis politiques classiques qui étaient le pilier de la Cinquième République, notre démocratie est plus fragile que jamais car elle est en phase de transition. Le tout est de voir la direction qu’elle prendra. Il serait aisé pour Marine le Pen de s’immiscer dans les nouvelles failles qui sont apparues. Peu importe le nom ou la stratégie de communication que prendra son parti. S’il est fondé sur la flatterie extrême de l’identité nationale , c’est une identité fondée sur la haine de l’autre. Nous ne voulons pas d’un tel projet de société.

Aujourd’hui, lutter contre le gouvernement d’Emmanuel Macron, c’est également lutter contre le parti de Marine le Pen. Ne lui laissons pas un boulevard et interdisons-lui de parler en notre nom en s’attribuant le monopole de l’opposition. Le parti semble affaibli. En témoignent le débat raté de l’entre-deux tours et la création du micro-parti de Florian Philippot. Déclarer la mort du FN semble toutefois un peu trop hâtif. Voilà seulement trois semaines, 10,6 millions de Français ont voté en sa faveur au second tour.