Croissance infinie dans un monde fini, est-ce possible ?

La prédiction est un art très difficile, surtout quand elle s’applique à l’avenir. En 1900, lorsqu’on demandait à Poincaré de prévoir ce que serait la science un siècle plus tard, il répondait ceci “si en 1800 on avait demandé à un savant quelconque ce que serait la science au 19ème siècle, que de bêtises auraient été dites”. 

Plus les années passent et plus ces mots se vérifient. Qui aurait pu prévoir en 2005 les applications que nous trouvons dans nos Iphone aujourd’hui par exemple ? 
 
Lorsque l’on entend çà et là aujourd’hui les Pythies qui prévoient un avenir trouble et incertain, force est de constater que le discours rencontre une audience. Pour faudrait-il donner du crédit aux thèses catastrophistes ? Quel sens aurait le progrès s’il n’était que la source des peurs ?
 
Quand on voit en France que les succès de librairie des deux dernières années portent soit sur le déclin annoncé du pays, soit sur la vie privée du Président de la République, soit sur une éventuelle invasion on s’interroge sur l’état d’esprit du citoyen. Car la démocratie ne fonctionne pas sans un peuple ouvert, sans un peuple qui admet ses faiblesses mais qui va de l’avant et croit en son avenir. Si la République de Weimar a si bien redressé l’Allemagne au lendemain de la guerre et malgré les réticences premières, c’est parce qu’elle a su dessiner dans l’horizon obscure une ligne, un objectif, fixer un cap (non pas un cap politique, mais un cap de civilisation).
 
Ce qu’il nous faut repenser aujourd’hui, c’est notre civilisation, la manière de fonctionner, de vivre ensemble – car c’est la condition sine qua non du pacte social. Dire que ça va mal, tout le monde peut le faire, il n’y a pas de courage dans le fait de constater une réalité ; proposer des solutions viables, penser autrui plutôt que soi relève d’un engagement plus fort et demande beaucoup plus d’audace et de réflexion.

Prenons l’exemple du Club de Rome. Il s’agit d’un groupe de réflexion créé en 1968 par l’une des figures de Fiat – Aurelio Peccei – et par un scientifique – Alexander King -. Composé de sommités intellectuelles reconnues, ce think tank fait publier un premier rapport en 1972 où il interroge sur le modèle de la société consumériste avec un titre fort « Halte à la croissance ? » qui sera vendu à plusieurs millions d’exemplaires. 

S’il y a un point d’interrogation à la question, la réponse explicite posée par cette association internationale est un OUI franc et massif. Le rapport émettait trois hypothèses, nous garderons l’essentiel par ce résumé.  L’idée était de mettre en évidence deux grandes idées :

– les ressources primaires s’épuiseront à une certaine période ce qui se conclura inéluctablement par l’effondrement du système capitaliste tel qu’on le conçoit aujourd’hui et qu’il existe depuis une soixantaine d’années

– le développement industriel entraîne la détérioration de la planète, avec une grande proposition défendue par le rapport : la croissance nulle. 
 
Cette doctrine avait déjà été développée depuis plusieurs années. Comme l’explique reporterre.net : 

Les premières expressions de ce point de vue émanent des écologues Fairfield Osborn et William Vogt, pour qui la progression de la population mondiale constitue l’une des causes majeures de la destruction environnementale . William Vogt s’impliquera ensuite dans le mouvement pour le contrôle des naissances, en devenant en 1951 président de la Planned Parenthood Federation of America. Ce mouvement, soutenu par des fondations industrielles états-uniennes, effectuera un lobbying efficace dans les arènes internationales, qui aboutira à partir des années 1960 à des politiques particulièrement sordides de contrôle des naissances, notamment en Inde .

A la fin des années 1960, période pendant laquelle germe le projet du Club de Rome, le « catastrophisme écologique  » qui émane d’un certain nombre d’écrits d’universitaires, et imprègne un mouvement environnementaliste en plein essor, témoigne également de relents conservateurs. En particulier, la thématique de la nocivité de la croissance démographique est portée à son climax par le biologiste Paul Ehrlich, qui fonde en 1968 l’organisation Zero Population Growth [Croissance démographique zéro], et affirme la même année que dans l’intérêt de l’humanité dans sa globalité, il vaut mieux laisser une partie de l’humanité mourir de faim afin que la population globale ne dépasse pas un niveau critique .

 
L’idée qui émane alors est la suivante : comment faire pour pallier à ce constat pour le moins catastrophique ? Et, question subsidiaire : peut-on parler de fin du monde ?
 
Pour la première question, un prochain article essayera d’y répondre. Pour la seconde, une réponse simple peut être trouvée : ceux qui vivent du capitalisme et qui en ont fait leur fortune vous diront que c’est une catastrophe. Mais dès lors qu’un monde s’éteint, une nouvelle entité apparaît. 

En étant d’accord avec ce constat qu’en 2030 nous ne pourrons plus vivre de la même manière, nous devons dépasser la projection et faire des propositions. C’est d’ailleurs la théorie défendue par Mathieu Baudin et à laquelle je souscris bien volontiers.

Car à choisir entre l’égoïsme et l’humanisme, je choisis volontiers la grande maison Monde tout simplement parce que l’on ne peut proposer un modèle économique fondé sur une inégalité de principe alors que l’on sort de plusieurs siècles de capitalisme. Le capitalisme dans cette forme absurde est voué à disparaître. 

Le modèle que nous proposons est fondé sur le développement durable, le changement profond du mode de vie plutôt que la croissance démographique nulle. 

Et non, nous devons refuser de choisir entre capitalisme poussif et décroissance égoïste. A ceux qui s’inquiètent, qui sont subjugués par la peur, vous pourrez cacher la bête immonde, vous ne la tuerez pas en fermant les yeux, en érigeant des murs ou en voulant que tout stagne, que tout s’arrête. 

Le seul moyen de proposer ce nouveau monde, c’est de le façonner soi-même, de mettre la main dans le cambouis, de cesser d’être dans l’incantation pour enfin être dans l’incarnation.