Culture du viol : Lorsqu’un homme prend la parole

Le 9 mars dernier, l’équipe de La Plume de Céryx, en partenariat avec l’AGEPS, a organisé sa conférence sur la culture du viol. Tout en laissant le monopole de la lutte aux femmes, Béchir Bouderbala, Président de La Plume de Céryx et co-organisateur, a proposé un discours combatif pour que les “hommes puissent avoir un rôle à jouer dans la lutte”.  DISCOURS

“Je vous vois déjà venir, le premier qui parle est un homme, et en plus il introduit la soirée.

Oui, je l’admets, je n’ai franchement pas le profil, et je suis certain que si j’avais eu à postuler pour introduire une telle conférence auprès de Madame Benomar qui est la co-fondatrice du mouvement des Efronté-e-s, elle m’aurait répondu une phrase du genre « Merci.e.s mais nous ne sommes pas intéressé.e.s »

L’écriture inclusive… Il y a quelques mois encore, je trouvais ça totalement ridicule. Du moins, je n’étais pas contre, mais je considérais qu’on pouvait toujours faire plus pour le féminisme.

Quelques associatifs ici présents dans la salle me répétaient alors : « Puisque l’on ne peut pas changer le sommet de la pyramide, commençons par modifier la base », ou encore, comme le dit mon amie Yousra, « Il n’y a pas de petites victoires. »

C’est vrai, il n’y a pas de petites victoires. Mais j’irai même au-delà, car en préparant cette conférence, j’ai appris que les victoires que l’on peut considérer parfois comme peu significatives sont en réalité de grandes avancées. Vous connaissez cette phrase ? « Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’Humanité ».

Ce soir, et comme tout le temps d’ailleurs, le mot « homme » me dérange. Il vaut mieux parler d’humain. Mais pour ne pas froisser l’adage, je reprendrais plutôt ces vers, plus poétiques et plus profonds, de Rainer Maria Rilke “Nous sommes les abeilles de l’Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’invisible.

C’est cette invisible conquête qu’il nous faut continuer de soutenir.

Et cela passe par toutes ses petites choses du quotidien que l’on pourrait changer : Préférer une citation de Rilke à un adage fondé sur une sémantique machiste, s’interdire certaines expressions qui dépassent la ligne de l’égalité entre les genres.

Et ce travail sur l’écriture inclusive permettra sans doute à terme de lutter fort contre les inégalités. Qu’il s’agisse des publicités, des articles de presse sur internet ou encore d’expressions entrées dans nos quotidiens, tout peut nous paraître souvent désuet.

Mais ces éléments ensemble forment une aberration. Dispatchés dans nos quotidiens, dans notre habitude, on a tendance à les banaliser, à les intégrer et à les mésestimer en considérant parfois que ce n’est que de l’humour et qu’il ne s’agit que de bêtises.

Mais de la flagornerie machiste de Numéricable qui invite à « Télécharger plus vite que sa femme ne change d’avis » à la relation sexuelle sans consentement, donc au viol, il n’y a qu’un pas.

Et « qui croit fermer les yeux sur une chose se voit bientôt obligé de les fermer sur toutes » selon les mots consacrés par Rousseau.

Ce soir, nous allons débusquer tous ces totems de nos cultures qui fondent la société patriarcale et autorisent le viol. Du soutien de Jean-François Kahn à DSK parlant de « détroussage de domestique » à Jean-Michel Maire qui agresse sexuellement une jeune femme car elle est « pulpeuse et peu vêtue », j’espère que nous aurons l’occasion de dresser un portrait de cette société parfois hautement critiquable.

Avant tout chose, il nous faut établir quatre piliers sur lesquels nous ne pourrons tergiverser ce soir :

  • Le caractère universel et intersectionnel du féminisme ne doit souffrir aucun débat.
  • Si quelqu’un vous décrit comme féministe, revendiquez-le !
  • A défaut, si vous êtes un homme, considérez-vous comme un support de la lutte, comme un allié.
  • Si l’on dit de vous que vous êtes une ou un radicale parce que vous vous baladez torse nu pour revendiquer le droit à disposer de votre corps et la nécessité flagrante d’égalité, répondez qu’il n’y a pas de lutte radicale quand elle est fondée sur l’intérêt général.

Notre bien-commun, la nécessité de notre Monde, de notre vie, de nos vies en communauté passe par la reconnaissance pleine et inconditionnelle de la place des femmes dans la société.

Nous nous devons ensemble de conquérir le monde du travail dans sa globalité, pas simplement les bancs de l’école, il faut que les femmes entrent à l’Université, qu’elles brisent les chaînes des grandes portes de la Sorbonne pour y pénétrer avec vigueur.

Mesdames, nous allons conquérir les rues, éclabousser de nos rires et de nos éclats les gouvernements, les entreprises trans-nationales, les partis politiques et les cercles les plus fermés.

Et quand je dis “nous”, j’englobe à la fois, les femmes, les hommes et toutes les richesses du spectre du genre. Je ne crois pas, en effet, que l’homme doit être mis de côté. L’Homme doit s’investir dans cette tâche rude sans prendre le monopole de la bataille, sans s’approprier au nom de la femme des droits qu’on lui impose.

Ce sont sur ces quelques idées salvatrices que se fonde notre travail ce soir, c’est sur cette base de réflexion et de débat que nous devons poser les piliers de nos luttes.

Ce sont toutes nos conquêtes quotidiennes, toutes nos réussites personnelles, toutes nos manifestations collectives qui feront que nous avancerons vers un chemin pour plus d’égalité.

Et je vous rappelle Rilke : « Nous sommes les abeilles de l’Univers. Nous butinons éperdument le miel du visible pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’invisible »

Alors, si nous avons choisi ce sujet de la culture du viol, c’est bien parce qu’il est le prisme à travers lequel l’ensemble des inégalités de genres apparaissent, il est le moyen le plus direct pour faire entrevoir la société patriarcale dans ce qu’elle consacre de plus aberrant.

Ce soir, nous nous devons de faire tomber les tabous,

Ce soir, nous ne pouvons plus nous fixer de limites quand on sait à quel point cette question est fondamentale,

Ce soir, nous allons vous faire aimer le féminisme.” 

Le discours a été rédigé par Béchir Bouderbala. Il a bénéficié des corrections et améliorations très bénéfiques de Salomé Paul ainsi que d’Antoine Pacquier que nous remercions pour leur engagement.