Du référendum au référendhomme ?

C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum.

A condition que la réponse soit oui…

Valéry Giscard d’Estaing

Une enquête réalisée par l’Institut Viavoice au début du mois d’octobre pour le compte de la Fondation Jean Jaurès établit que 55 % des Français pensent que multiplier les référendums serait utile à la démocratie. 

Très en vogue en cette période électorale, il fait pourtant divergence à l’intérieur des partis, de gauche comme de droite.

Tout le monde n’est pas d’accord, un sujet trans-partisan !

A quelques mois de l’élection présidentielle, le référendum fait son retour sur la scène nationale. 

En effet, à l’instar des candidats à la primaire des Républicains, des contradictions sont à noter.

François Fillon est sur la même ligne que son ancien Président sur l’idée d’un référendum bien qu’il reste plus discret et que les sujets auxquels les français pourraient être consultés seraient limités à la réforme territoriale ou au statut des élus par exemple.

Pour Alain Juppé, le référendum a eu lieu d’une part lors de la finale pour la primaire de la droite et du centre et d’autre part en avril et mai lors de l’élection présidentielle ainsi qu’en juin pour les élection législatives. Par conséquent, le candidat élu aurait une légitimité suffisante pour ne pas consulter davantage le peuple après ces élections. 

Alors que Manuel Valls affirmait il y a un mois que le référendum local sur Notre-Dames-des-Landes voté en juin 2016 aura bien une incidence sur le projet et que les travaux sur le barrage de Sivens devaient être maintenus, ceci n’est pas l’avis de tous les membres du gouvernement.

Quelques jours plus tard, la ministre de l’écologie (Ségolène Royal) affectée directement par ce référendum local affirmait que les travaux devaient s’arrêter en raison de la charge économique trop importante que ceux-ci représenteraient pour l’Etat.

La recrudescence du référendum à quelques mois de l’élection présidentielle affaiblit à bien des égards cette pratique pourtant dans le sens d’une République plus démocratique faisant participer les citoyens davantage.

Le “référendhomme” : une tendance confirmée à l’échelle internationale

Aujourd’hui, les italiens sont appelés à voter pour ou contre la nouvelle Constitution italienne. En réalité, le référendum va tourner au plébiscite pro- ou anti-gouvernement.

On devrait sans plus attendre se réjouir du référendum populaire constitutionnel du 4 décembre 2016 dans lequel les italiennes et les italiens sont appelé(e)s à approuver ou rejeter les modifications apportées à la Constitution promues par le Gouvernement de Matteo Renzi et approuvées par le Parlement en avril dernier.

Celui-ci prévoit notamment une réduction des membres du Sénat, une reprise par l’Etat de nombreuses compétences locales ou encore le pouvoir renforcé de la Chambre des députés afin de devenir l’unique Assemblée législative ordinaire.

Mais, que se passera-t-il si les électeurs votent «non» ? Assisterons-nous au départ du Chef du gouvernement ?

Le doute subsiste encore à quelques jours de la décision bien que M. Renzi ait promis de quitter son poste si le non l’emportait.

A bien des égards, ce procédé nous renvoie au Brexit voté le 23 juin 2016, qui au-delà de sa décision de quitter l’Europe, a entraîné la démission du Premier ministre. Pouvoir renforcer sa légitimité en « testant » sa popularité, cette tendance semble se renforcer à l’échelle nationale ou internationale.

Mais, notons aussi qu’au-delà du “référendhomme”, de nouveaux enjeux apparaissent.

Les colombiens ont ainsi voté fin septembre contre un traité mettant fin à une guerre qui dure depuis soixante ans et qui a fait des centaines de milliers de morts. En définitive, cela s’apparente à une décision « contre la paix ».

Ainsi, sous cette accroissement du référendum, l’illusion d’un instrument pour la démocratie l’emporte n’en déplaise à la démocratie représentative…

Pourtant, n’est-il pas un renforcement de la démocratie tendant à faire participer le peuple à certains thèmes touchant la nation toute entière ?

Sa valeur constitutionnelle (art. 11 relatif au référendum législatif ; art. 89 relatif au référendum constitutionnel) ne lui aurait pas conféré une certaine légitimité qu’il serait bon de voir mis en œuvre aujourd’hui ?

Cette façon de voter pour ou contre un homme affaiblit durablement la question même posée aux électeurs, que ce soit en France ou à l’international, donnant une autre acception au référendum au détriment de sa valeur purement démocratique.

Il est temps de retrouver le bon usage de la démocratie que nous offre cette possibilité de questionner le peuple sur des enjeux nécessaires à l’intérêt général et de proscrire cette tendance pré-élection qui permettrait aux hommes politiques de s’approprier le référendum non pas dans l’intérêt commun de la nation mais pour le leur…

NON AU RÉFÉRENDHOMME !