Élection américaine : chronique d’une démocratie malade

A l’aube du 21ème siècle, les Etats-Unis s’érigeaient en protecteurs des libertés en répandant dans le monde entier la « démocratie à l’Américaine », l’aboutissement d’une destinée manifeste portée du début du colonialisme vers l’ouest jusqu’à l’avènement de l’hyperpuissance que l’on connait aujourd’hui.

Ce 8 novembre la démocratie “du peuple, par le peuple et pour le peuple” d’Abraham Lincoln sera menacée jusque dans les terres qui l’ont vue naître à l’occasion de la 58ème élection présidentielle Américaine où s’opposeront Hillary Clinton à Donald Trump. Ce scrutin revêtira un caractère inédit, son issue sera capitale pour l’avenir du pays et du reste du monde.

Loin d’une vie politique traditionnellement monopolisée par « l’establishment », l’élite dirigeante et intellectuelle ainsi que les politiques de carrière, cette élection est celle de l’émergence d’outsiders, des candidats dont la percée inattendue témoigne d’une véritable fracture dans le jeu politicien outre-Atlantique.

A droite :  faites vos jeux, rien ne va plus !

La candidature de Donald J. Trump, ouvertement populiste et démagogue, a fait office de véritable raz-de-marée au sein d’un parti Républicain traditionnellement plus modéré. Le Grand Old Party est aujourd’hui menacé d’extinction alors que la droite américaine semble imploser.  Cette candidature révèle des divergences idéologiques profondes entre le corps électoral républicain et ses élus.

C’est compréhensible, lorsque l’on sait l’élitisme qui règne au sommet du parti, alors même que la base électorale est essentiellement constituée par les blancs des classes populaires et moyennes,  qui se sentent menacés par l’immigration de grande ampleur, et délaissés au profit des minorités ethniques. Désabusés par le libre-échange de Reagan, effrayés par une globalisation qui ne cesse de s’accélérer, ces Américains sont convaincus que leur pays est la risée du reste de la planète, et qu’elle se retrouve escroquée de toute part. 

L’armée de Trump s’est saisie d’un candidat qui méprise la démocratie, dont la rhétorique est centrée sur une pseudo décadence de l’Amérique qui perdrait sur tous les terrains.

Elle s’est trouvée un candidat qui laisse le politiquement correct au placard. Cette tendance méprise toute règle de bienséance qui semble pourtant indispensable à tout candidat prétendant accéder à la fonction suprême Américaine.

Avant même de débattre des idées, de l’opportunité de son programme politique, Trump semble inapte à accéder à cette fonction, tant que, tout simplement, il n’apparaît pas présidentiable en raison de ses frasques qui font régulièrement polémique. A trop vouloir se démarquer du politique, Trump est devenu l’antithèse du système en place.

L’investiture de Clinton, symbole d’un parti Démocrate à bout de souffle ?

Bernie Sanders, bien qu’il n’ait pas remporté l’investiture Démocrate, était le porteur d’un mouvement politique inédit aux Etats-Unis : Le socialisme.

Très populaire chez les jeunes, le sénateur du Vermont n’a eu de cesse de critiquer le système en place, de la politique à la finance, en prônant une intervention généralisée de l’Etat à tous les niveaux de l’économie. Si l’opportunité des idées est discutable, la candidature de Sanders est inquiétante car elle témoigne de l’incapacité du parti démocrate à séduire l’électorat le plus à gauche de son parti.

Cette fracture est aussi relativement nouvelle, car par le passé les candidats démocrates réussissaient systématiquement à rallier cet électorat très divisé. Depuis qu’elle a remporté l’investiture, Hillary Clinton n’a jamais réussi à reproduire ce schéma face à un éléctorat en colère et peu enclin à soutenir une candidate qui ne le représente pas. 

Fracture politique et bouleversement des clivages

Cette élection témoigne donc d’une crise politique profonde aux Etats-Unis, qu’il convient de décrypter, d’analyser et de comprendre.  La démocratie Américaine vient de mettre un genou à terre par cette élection, qui laissera inéluctablement des séquelles considérables dans la vie politique du pays.

Dans un système traditionnellement bipartisan, la montée en puissance de ces candidats est le signe de l’étirement de cet équilibre en vigueur depuis maintenant plus de 160 ans. Celui-ci est remis en question car il ne correspond plus  aux clivages politiques actuels de la politique americaine.  

Enfin, les candidats investis par leurs partis respectifs atteignent des taux d’impopularité record dans l’histoire des Etats-Unis, entre 55 et 60%. L’un est considéré comme démagogue, raciste et misogyne alors que l’autre est dépeinte comme malhonnête, menteuse et corrompue. Jamais deux candidats à l’investiture présidentielle n’avaient été aussi controversés dans l’histoire du pays, entre scandales à répétition et procès ultra-médiatisés (Trump University, Affaire de la boite mail privée de Clinton). Pour une partie inhabituellement grande de la population Américaine, cette élection est celle de l’absence d’alternatives politiques viables.
C’est un peu comme si la victoire de l’un ou de l’autre le 8 novembre était sans importance, le pays étant, lui, de toute façon vaincu par “chaos” (ndlr K.O, chaos… jeu de mot offert par la maison). Le rejet de la politique laisse donc place au rejet DU politique, est-ce là le précurseur d’une déchéance de la démocratie ?

Une crise politique qui ne peut pas nous laisser indifférents

A la plus grande crise économique que notre monde ait connue depuis 1929 fait suite une crise politique d’ampleur semblable, frappant sans distinction l’Amérique comme l’Europe.

L’histoire se répète cette année pour les Etats Unis, qui semblaient pourtant avoir échappé à ce sursaut du populisme sous l’impulsion de deux mandats d’Obama. Il n’en est rien. Jusqu’ici, la vie politique américaine nous paraissait à juste titre étrangère puisqu’elle concernait une société en de nombreux points différente de la nôtre. Mais, à l’heure de la montée en puissance des nationalismes dans nos démocraties Occidentales, il convient de se saisir d’un sujet qui nous concerne tous : Nos démocraties sont-elles malades ?

La colère des classes populaires, le repli sur soi face aux crises migratoires, les crises identitaires et l’éclatement des forces politiques traditionnelles sont autant de similarités entre les situations politiques de nos deux pays. Au-delà de la politique intérieure Américaine, et du rôle des Etats-Unis dans le monde de demain, un rapprochement avec la politique Européenne et Française semble inévitable, du moins nécessaire.

Comprendre les tenants et les aboutissants de ces élections et des maux de la société Américaine est donc fondamental.

Autant de raisons de venir assister à notre journée spéciale le 9 Novembre. Car ce qui se jouera dans moins de deux semaines aux Etats-Unis, c’est non pas l’avenir d’un peuple, mais la destinée d’un modèle.