Elie Wiesel « homme de paix et de culture » selon la Licra : Réaction à un hommage difficile à accepter4 min read

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Le 6 décembre 2016, la Licra et le Barreau de Paris organisaient un hommage à Elie Wiesel, présenté comme « homme de paix » et « homme de culture ». 

Alors même que je suis un soutien habituel de la Licra et fervent défenseur des droits humains, je ne puis que m’opposer à un tel événement. 

Particulièrement attentif à l’actualité de l’organisation anti-raciste tout comme à l’actualité du Barreau de Paris, je ne puis que m’offusquer d’une soirée d’hommage à Elie Wiesel, présenté comme « homme de paix ».

Elie Wiesel n’était ni un homme de paix, ni un homme de culture.

L’homme qui a nous a quitté il y a presque un an jour pour jour n’était pas un pacifiste, pas l’homme de paix qu’on nous présente.2 En effet, il n’a eu de cesse, tout au long de son existence, d’utiliser la Shoah à des fins politiques, notamment en vue du renforcement de la colonisation militaire israélienne.

On le sait, Monsieur Wiesel était un partisan de la réappropriation de Jérusalem et a défendu par son engagement la destruction des cimetières palestiniens de la Ville « Trois Fois Sainte » sans répit.

Monsieur Wiesel n’était donc, à ce titre, pas plus un homme de culture qu’il n’est homme de paix.

S’il faut saluer son héritage, ce doit être l’héritage mémoriel et ses textes riches sur la déportation et les mémoires de la guerre.

De son passage face à l’obscurantisme nazi, Elie Wiesel ne retiendra pas la valeur que l’on souhaite le voir arborer : Qui ne se souvient pas en effet de son appel à la torture en 2008 ?

De belles causes qui ne font pas l’homme de paix

C’est vrai, Elie Wiesel a défendu des causes justes, il a critiqué la guerre en ex-Yougoslavie, ou le massacre des moines tibétains : c’est tout à son honneur et nous ne pouvons que le saluer et lui rendre hommage pour ces prises de positions fortes.

Mais comment peut-on à ce point accepter l’incohérence de l’homme pour n’y voir que le bien ?

Comment peut-on avoir une mémoire aussi sélective ? C’est bien des « mémoires » dont il s’agit, de ce travail que Paul Ricoeur appelle de ses vœux !

Alors, peut-on un instant accepter l’Elad ? Peut-on un instant accepter les nombreuses polémiques mises en évidence par Claude Lanzmann, Pierre Vidal-Naquet ou encore Miklos Grüner ? Peut-on enfin évoquer cette adresse à John Hagee et à ses supporters ?

Shimon Perez : un personnage peut-être plus louable

Parmi les hommes de paix que compte Israël, Shimon Perez qui nous a lui aussi quitté récemment aurait été, par exemple, le moyen d’une discussion franche et sérieuse sur le conflit israélo-palestinien.

A ce titre, il aurait été un personnage bien plus louable et bien plus défendable que cet homme que vous avez érigé en étendard, à tort, d’une cause juste, celle de l’Humanité dans tout ce qu’elle englobe.

L’Humanité ne se résume pas à la Shoah mais à tous les massacres odieux qui ont pu être commis au nom de la supériorité des uns par rapport aux autres, à toutes les formes d’impérialismes ou de colonialismes qui soient.

L’Humanité ne se résume pas à la destruction de Palmyre mais aussi à celle des cimetières de Jérusalem-Est.

L’Humanité, enfin, ne se résume pas à des témoignages parfois discutables mais à la vérité de l’Histoire confondue dans les paroles des témoins de bonne foi.

L’histoire et la mémoire : des enjeux qui nous dépassent

On ne peut pas tout faire dire à l’Histoire, on ne peut pas tout faire avec les victimes de l’ignominie nazie. On ne peut pas tout faire, enfin, avec le sort de ce peuple que l’on a voulu réduire au silence parce qu’il faisait peuple.

Ce sont toutes ces raisons qui me poussent à croire, très modestement, que le choix d’un hommage à Elie Wiesel, vu sous cet angle, n’est pas le plus approprié.

Non pas que le personnage ne soit pas louable, il y a des arguments probants qui jouent en sa faveur, mais il y a aussi des zones d’ombres qui n’ont, à mon avis, pas leur place, ni dans la belle institution du Barreau de Paris, ni même dans l’honorable organisation que constitue la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme.

Ne signons pas un blanc-seing à la Mémoire à l’heure où l’Histoire a encore tant d’éléments à nous révéler.

Etudiant parisien en droit, passionné de politique et d'actualité. Engagé en faveur des grandes causes du progrès.