Emmanuel Macron ? Itinéraire et portrait d’un outsider devenu Président

Il était venu en costume, le baluchon sur le dos après être passé par la grande finance. A 38 ans, Emmanuel Macron était jusque-là inconnu du grand public. Propulsé au Ministère de l’économie par François Hollande dont on nous a dit un temps qu’il était le favori, Macron c’était jusqu’à présent les belles classes préparatoires d’Henri IV et un DEA de philosophie à Nanterre qui lui ouvriront enfin les portes de l’ENA. 

Alors qu’il a quitté il y a moins d’un an l’immense bloc de Bercy, Emmanuel Macron, fort de ses 65,5% ouvre aujourd’hui les grandes portes de l’Elysée. 

Sa principale qualité ? Le “parler vrai”

Le “parler vrai” est une expression de Michel Rocard. La phrase est représentative du courant de la gauche sociale-libérale.

Macron, c’est un style bien original qui tranche avec le ton professoral d’un Alain Juppé vieillissant, l’arrivisme vulgaire d’un Nicolas Sarkozy en perte de vitesse, le charisme parfois exaspérant d’Arnaud Montebourg ou le populisme de Marine Le Pen.

Sans être dans la caricature, notre homme d’affaires Made In France, c’est d’abord une rhétorique et un “parler vrai” qui lui ont valu plus de remontrances populaires que de clashs politiques.

Ainsi, ce sera l’affaire des “illettrés” de Gad qui lui ouvrira les portes des médias. Plus tard, ce sera cette phrase prononcée à Lunel “La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler“. Il y aura enfin ces quelques mots qui le feront passer pour un réactionnaire “avec les cars, les pauvres voyageront plus facilement“. 

Sans jamais se démonter, il assume, mais quand il croit avoir blessé, il s’excuse. Cet allure franche et ces mots déterminés nous rappelleraient presque la Ségolène Royal des beaux jours ! Il y a un “truc” en plus, dans la démarche Macron et dans son expression politique : contrairement à beaucoup à gauche, il a épousé à bras le corps une sémantique bien libérale. Stanislas Kihm, notre chroniqueur politique observait d’ailleurs qu’il avait bien intégré cette métaphysique : 

le mot “liberté” est le mot dominant de son vocabulaire, qui rime avec “individu”, “opportunité”, “prise de risque”, “optimisme”, “progrès”.

Pensiez-vous être face à un socialiste ? En démocratie, on attendrait que la majorité socialiste fasse un programme socialiste, que le Président socialiste choisisse un gouvernement socialiste. Que nenni, Macron renie le socialisme et déclare “aimer l’entreprise”. 

Qui n’a pas été secoué par ce Ministre sans doute charmeur sur les bords mais profondément clivant dans les idées ? Qui n’a pas été interloqué par ses prises de positions ou les dérapages ? 

Macron, c’est le gendre bon chic bon genre qui vous répare la machine à laver tout en restant en costume, Macron, c’est aussi le Roland Dumas nouvelle version qui porte “un SMIC à chaque pied” selon l’expression consacrée par Laurent Ruquier. Ne nous y trompons donc pas : il y a du bon, et du mauvais.