Etats-Unis et Syrie : Désamour interventionniste ou peur d’une nouvelle guerre froide ?

Hier, mardi 13 décembre 2016, se tenait une réunion en urgence du Conseil de Sécurité de l’ONU sur la situation à Alep-Est, en passe de tomber aux mains des forces gouvernementales pro-Assad.

Samantha Power, l’ambassadrice des Etats-Unis à l’ONU a à cette occasion violemment attaqué la Russie, la Syrie et l’Iran : « Nous avons ici trois Etats membres des Nations Unies qui contribuent à resserrer l’étau autour des civils. Ils devraient avoir honte. N’y a-t-il aucun acte de barbarie contre les civils, aucune exécution d’enfant qui puisse vous toucher et vous révulser juste un peu ? »

Après l’administration Obama, c’est donc un véritable aveu d’impuissance que nous livrent aujourd’hui les Nations Unies. Face à la Russie belliqueuse de Poutine et à son allié Assad qui continue de massacrer son peuple, les Etats-Unis se sont effacés de leur rôle de gendarme du monde pour laisser place à un multilatéralisme de mauvaise facture. Pourquoi ?

La passivité de la présidence Obama

Décidemment, on a l’impression que les Etats-Unis jouent systématiquement les mauvais rôles depuis le début du XXIème siècle. Après s’être engouffrés dans une guerre en Irak alors qu’ils n’y étaient pas fondés, ils seront restés résolus à ne pas intervenir au sol en Syrie alors que leur soutien était pourtant crucial.

Au terme de 8 années d’une guerre lourde en pertes et en conséquences, la présidence Obama s’annonçait en 2009 comme celle d’une désintervention massive des Etats-Unis au Moyen Orient. L’intention semblait louable, tant les Etats-Unis semblaient avoir fait plus de mal que de bien à la région. Et c’est finalement pire scénario qui s’est produit : A l’instant où l’on avait le plus besoin d’eux, les Etats-Unis sont restés muets et passifs.

Quand Obama avait l’occasion de mettre fin à cette guerre en 2013, il a décidé qu’il n’était pas dans l’intérêt de la stabilité au Moyen-Orient d’y mener une nouvelle intervention. Rappelons-nous l’épisode des armes chimiques qui étaient utilisées illégalement contre les civils Syriens. Leur présence était prouvée, une intervention de la communauté internationale menée par les Etats-Unis aurait été salvatrice, d’autant plus légitime. Elle n’aura jamais eu lieu. La résolution de Barack Obama à ne pas engager à nouveau les forces américaines sur le sol du Moyen-Orient aura mené la Syrie à sa perte.

Certes, les Américains ont mené de nombreuses frappes aériennes sur les territoires de l’Etat Islamique. Mais comme le disait le journaliste Américain Doyle Mc Manus, « l’administration Obama a une politique mais pas de stratégie ».

L’impossibilité du 44ème président des Etats-Unis à résoudre ce maelstrom géopolitique qu’est la guerre civile syrienne restera donc comme l’une de ses plus grandes défaites. La passivité américaine nous montre que le pays a perdu son statut d’hyperpuissance. L’ordre mondial en présence s’en retrouve bouleversé, et les dés de l’équilibre entre l’OTAN et la Russie sont relancés.

La porte grande ouverte à la Russie

A cause du laisser-faire américain, la Russie accède aujourd’hui de nouveau à une place majeure au sein du jeu diplomatique mondial. La recrudescence de l’interventionnisme russe en Syrie (comme dans l’Est de l’Europe d’ailleurs) est la conséquence néfaste de la politique internationale américaine menée depuis 2009.

La Russie de Poutine apparaît désormais comme autonome, détachée de toute coercition ou pression internationale. C’est un message fort qu’est en train de faire passer le président russe : La Russie est de retour au premier plan de la géopolitique mondiale, et personne ne s’est encore montré en mesure de la contrarier.

Ce retour fracassant est aussi le signe d’une recrudescence des tensions entre Washington et Moscou. Sommes-nous à l’aube d’une nouvelle guerre froide ? Rien n’est moins sûr. Les derniers espoirs de négociations entre les deux super puissances viennent de voler en éclat avec le martyre d’Alep, à l’image de réunions du conseil de sécurité de l’ONU de plus en plus tendues. La rupture des pourparlers diplomatiques paraît être actée alors que la Russie semble totalement étrangère aux sanctions dont elle est la cible.

La situation est donc inquiétante, d’autant plus que le président élu Américain Donald Trump semble prôner un rapprochement des Etats-Unis et de la Russie. Ne serait-ce pas là tendre la main à un pays prêt à vous arracher le bras ?