Étiquetage nutritionnel : indigestion au ministère de la Santé

Ce test prévu par l’article 14 de la loi santé promulguée le 26 janvier dernier vise à améliorer la visibilité et la compréhension des informations souvent jugées trop opaques pour le consommateur.

Une expérimentation de santé public 

L’étiquetage nutritionnel est actuellement mis à l’essai comme un outil de santé publique qui pourrait trouver son efficacité dans la lutte contre la mal nutrition.

Alors que la l’organisation Mondiale de la Santé (OMS) estimait en 2014 qu’une large part du sucre consommé est « cachée » dans les plats préparés, et que plus de 90 % des viandes et charcuteries contiennent des additifs « probablement cancérogènes » selon la même organisation, une telle mesure devient nécessaire.

La France, où 56,8% des hommes et 40.9% des femmes sont atteints de surpoids ou d’obésité, selon l’étude  publiée dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire le mardi 25 octobre et pilotée par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et la Caisse nationale de l’assurance-maladie des travailleurs salariés (Cnamts); n’est pas moins concernée.

Une bonne décision du gouvernement

Dans ce contexte, elle semblait heureuse la décision prise par la ministre de la Santé, Marisole Touraine, au début de l’année, de confier à la Direction Générale de la Santé (DGS) une étude consistant en la comparaison de quatre système d’étiquetage nutritionnel.

Pour ce faire, c’est au contact des consommateurs dans les grandes surfaces que les systèmes proposés vont être testés. Il sont au nombre de quatre: le Nutri-Repère, développé par l’industrie agro-alimentaire, le Système d’Étiquetage Nutritionnel Simplifié (SENS) mis au point par la grande distribution, les feux tricolores britanniques empruntés au Royaume-Uni, et le Nutri-Score, proposé par Serge Hercberg, président du Programme National Nutrition Santé (PNNS).

L’objectif est de déterminer lequel parmi ces modèles, encourage les consommateurs à aller vers les produits les plus sains.

L’étiqueteur épinglé 

Les dessous de la mise en place de cette expérience sont moins rayonnants.

Tout commence lorsque le ministère de la santé commence à réfléchir sérieusement à la mise en place d’un logo à cinq couleur sur les produits alimentaires de la grande distribution.

L’industrie alimentaire, qui a montré une opposition féroce depuis une dizaine d’année à tout système d’indication visant à expliciter la composition des produits, s’est alors dressée vent debout contre le projet.

Par leur alliance, les industriels du secteur ont obtenu de Marisol Touraine l’évaluation grandeur nature, de quatre indicateurs.

La DGS, qui s’est vu confier la tache d’évaluer les différents indicateurs, a nommé deux comités chargés de superviser la mise en oeuvre de l’opération: un comité de pilotage, et un comité scientifique.

Des conflits d’intérêts trop nombreux !

C’est le journal Le Monde qui a le premier attiré l’attention, durant le mois de Juillet, sur les conflits d’intérêts potentiels au niveau des deux comités. Le comité de pilotage est ainsi présidé par Benoît Vallet et Christian Babusiaux. Ce dernier est aussi le président du Fond français pour l’alimentation et la santé (FFAS), organisation qui se donne pour mission « l’étude et la mise en valeur d’une alimentation source de plaisir et de santé », mais qui se révèle être financée par les acteurs de l’industrie agroalimentaire. De plus parmi les 15 membres du comité, quatre sont des représentants de l’industrie agro-alimentaire ou et de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA).

Le comité scientifique, ayant pour tâche de veiller à la rigueur formelle de l’opération, a subi la démission de trois de ses membres en avril. Les Décodeurs du Monde ont révélé que six membres sur les dix qui composent le comité sont en situation de conflit d’intérêt, à l’instar de Saadi Lahlou, consultant pour Danone et Kronembourg.

Comble de l’histoire, le comité de pilotage a annoncé le 8 juillet dernier l’agence chargée de la réalisation de l’expérimentation.

Celle-ci n’est autre que LinkUp, entreprise prestataire et donatrice du FFAS. Il semble donc finalement que ce soit bien l’industrie agro-alimentaire qui ait à départager entre plusieurs indicateur alimentaires parmi lesquels… ceux de l’industrie agro-alimentaire.

Le comité en charge de l’analyse des données recueillies ne sera formé que le 3 novembre, nous pouvons y supposer la présence des mêmes influences.

Enfin, les résultats de cette enquête viennent d’être annoncés pour le mois de janvier 2017, le gouvernement devant prendre une décision avant le mois de mai de la même année.