Après #MeToo et #BalanceTonPorc 

Tout au long de mon existence de jeune fille de gauche dans les principes, ignorante dans la pratique politique, révoltée et pacifiste, je me suis régulièrement demandé quel était le cancer du féminisme.

J’entends par cancer du féminisme le fléau ultime, la kryptonite de l’égalité hommes-femmes. Il me fallait désigner des responsables : Les pères de famille qui te sifflent dans la rue et t’empêchent de rentrer chez toi à 4h du matin ? Les auteurs du projet de réforme sur l’avortement en Pologne ? Ma tante Corinne qui a tenté de m’expliquer que c’était dans ma nature, dans mon essence de « finir aux fourneaux pour m’occuper d’un mari qui n’a pas que ça à faire » ?

C’est finalement pendant mon Week-End d’Intégration, quand j’ai ri aux éclats lorsque les garçons ont dansé la danse du Limousin mais que j’ai été extrêmement mal à l’aise quand une fille s’est retrouvée en soutien-gorge devant la foule, que j’ai été terrifiée à une idée : et si le cancer du féminisme c’était moi ?

          Comment peut-on défendre au mieux l’égalité quand nos esprits sont marqués par des règles, codes et clichés archaïques venant d’époques trop proches pour ne pas laisser de trace ? Comment puis-je inculquer aux générations suivantes une égalité qui n’est pas établie clairement dans mon esprit, quand je pense qu’effectivement, cette fille a une trop forte tendance à la promiscuité ou que jamais, au grand jamais, je ne pourrai sortir avec un garçon plus petit que moi ? Et surtout : si moi qui suis orientée dans ma nature vers l’égalité et qui me dirige toujours vers l’élargissement de mon esprit et vers l’apprentissage, je doute du féminisme et des valeurs qu’il défend, qu’en est-il des autres ?

“Le féminisme est mort”

          Nombreuses sont les personnes qui entretiennent une relation problématique avec l’entité Féminisme. Plusieurs sont gênées de s’associer à un mouvement si « extrême », visant « la castration et le rabaissement des hommes au profit des femmes » et « l’expression par la violence perpétuelle ».

Une de mes amies m’a déclaré l’autre jour ne pas se désigner comme féministe mais comme égalitaire. Ainsi, moi, mon cerveau brouillé par ces informations contradictoires et ma volonté de bien faire sommes allés faire des recherches plus poussées sur l’origine du féminisme et les valeurs qu’il défend, afin d’être sure que je ne défendais pas des conneries depuis une petite vingtaine d’années.

Pour ce faire, je me suis rendue sur une plateforme assez méconnue que je vous conseille à l’occasion : Wikipédia. Et notre grand maître Wiki atteste que « Le féminisme est un ensemble de mouvements et d’idées politiques, philosophiques et sociales, qui partagent un but commun : définir, établir et atteindre l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes. ».

Mais alors, face aux problèmes de compréhensions entre les féministes officielles qui osent encore se reconnaître comme telles, et les autres qui défendent les mêmes valeurs mais en rejetant ce mot damné, une question doit apparaître : est-ce qu’en 2017, l’identité du féminisme et son nom doivent être revus pour être plus en accord avec le lieu et l’époque dans lesquels ils s’inscrivent ? Pourra-t-on débarbouiller ce mot qui a été éclaboussé de tant d’images péjoratives au cours de son évolution ? Le problème peut alors être résumé ainsi : le féminisme est flou même pour les féministes. Les revendications et combats féministes sont flous même pour les féministes. Alors qu’est-ce que défend, le féminisme en France en 2017 ?

La mise à mort des Social Justice Warriors

Les représentations de ce nouveau « malaise féministe » sont nombreuses, nous n’en choisirons qu’une : suite à trois vidéos traitant du féminisme sur la chaîne Youtube de Madmoizelle, Marion Seclin devint la cible d’un nombre incalculable de personnes s’étant senties offensées par ses propos.

Effectivement, Marion Seclin discutait du harcèlement de rue et a donné, à travers des propos plutôt maladroits, des limites très réduites à la possibilité d’interagir avec une inconnue dans la rue sans tomber dans le harcèlement.

Quelques jours plus tard, elle sort une vidéo pour se corriger et s’expliquer sur les propos qui ont tant fait polémique. Ces propos m’ont bien plu et je m’y suis beaucoup identifiée : un compliment, individuellement, ce n’est pas du harcèlement de rue. Mais ajoute-le à dix autres sollicitations dans une journée, et vous êtes effectivement harcelées. Cette vidéo de correction ne semble pas être suffisante :le Youtubeur Le Raptor Dissident avait déjà sorti sa fameuse vidéo « Expliquez-moi cette merde » et déferlé la haine de ses abonnés sur tout contenu digital ayant accueilli Marion à un moment donné.

Un lynchage bien commun, au final

Ce genre de gros lynchage est commun, et souvent orchestré par des personnes qui ont beaucoup de respect pour les combats féministes antérieurs, et non pas par des gros machos ignares comme on pourrait le penser. En revanche, ils ne reconnaissent aucune légitimité aux revendications féministes contemporaines en France, et les qualifient de caprices purs et injustifiés. Bien évidemment, ces quelques évènements survenus sur les internets est en partie à l’origine de cette crainte de se définir comme féministe, et d’être associé à des personnalités polémiques et reconnues comme extrémistes.

Moi-même, en écrivant cet article qui se veut infiniment pacifique et respectueux, je ne suis pas ienb. Pourtant, dans mon existence, j’ai été choquée par des situations que j’ai jugées sexistes, je me suis sentie écrasée et apeurée par un bon nombre d’éléments que je ne pouvais pas ne pas rencontrer, et parce qu’ils ne m’ont pas blessée seulement moi, ces éléments ont une légitimité.

Le féminisme n’a rien d’illégitime

Il est absurde de retirer sa légitimité à un combat sous prétexte qu’il vise des idéologies, des théorisations plutôt que des lois et contraintes matérielles. Chaque inégalité doit trouver un combat en accord avec son échelle et son impact.

Ainsi, traiter d’éléments qui peuvent apparaître comme des détails, comme l’imagerie de femmes faibles et dépendantes présente dans tout domaine créatif, ou le traitement trop problématique de la sexualité féminine, ce n’est pas faire du zèle : c’est affronter des éléments que l’on devra rencontrer toute notre vie et qui vont à l’encontre de la définition donnée plus tôt. Le combat n’est jamais mené par des individus qui se faisaient chier et qui ont trouvé un moyen de protester, mais par des personnes qui sont blessées par cet élément esseulé.

Que ces personnes ne représentent pas la totalité des femmes ou la totalité des combattants pour la cause des femmes ne doit en aucun cas leur retirer leur légitimité de se battre pour une cause qui leur tient à cœur. Et si le seul problème ici est qu’elles s’affilient au mot interdit, alors il suffit de considérer que le féminisme contemporain est pluriel et hétérogène, et que cette pluralité nait en grande partie du développement des moyens d’expression et d’information.

Nous sommes libres d’être ce qu’on est et de revendiquer ce que l’on veut

Ainsi, libre à quiconque de ne pas se reconnaître comme féministe et d’en défendre tout de même les valeurs. Libre à quiconque de ne pas en défendre les valeurs, tant qu’il ne les oppresse pas. Notre mission, pour évoluer en cohérence avec notre lieu et époque qui sont en perpétuel développement, c’est d’en utiliser les ressources pour ne pas cesser de s’instruire sur les sujets qui posent problème à notre morale et à nos valeurs.

Le cancer du féminisme a du mal à prendre un visage constant, mais il a quand même bien souvent la silhouette de la connerie. Continuons tous d’être des paradoxes vivants, mais rappelons-nous quand même qu’au rythme où ça va, il y a moyen qu’un jour il y en ait un qui tilte qu’on leur doit environ 7 millions d’années de resto.

Et rappelez vous :

« C’est pas les féministes qu’on aime pas. C’est juste les connasses ». Gringe, Bloqués 14, Le féminisme