FARC et Colombie : la paix à l’horizon6 min read

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Le conflit armé colombien suppose environ 220 000 morts, 25 000 disparus et 5,7 millions de déplacés, d’après le rapport « Basta Ya! ». Tous les Colombiens ont été touchés de près ou de loin par cette guerre intestine.

 

Les FARC, puissante et ancienne guérilla

Les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) ont été créées en 1964, cinq ans après la révolution cubaine, par des milices d’autodéfense paysannes proches du parti communiste. Elles se présentent alors comme les défenseurs des paysans pauvres contre les grands propriétaires, les multinationales et l’influence des États-Unis en Colombie. Les FARC se financent tout d’abord grâce à un  »impôt révolutionnaire » prélevé sur le bétail. Il est cependant très vite remplacé par une importante taxe sur la culture de coca et par des rançons exigées contre des enlèvements très fréquents à partir des années 1980. Ainsi elles deviennent la plus vieille et plus puissante guérilla du monde occidental.

«Il y a eu plus de trente ans de tentatives [de négociations]»

C’est ce qu’a rappelé l’actuel président colombien Juan Manuel Santos. En effet, dans les années 1980, les rebelles avaient entamé une trêve et pu créer un parti, l’Union Patriotique. De cette époque découle un premier accord : les FARC signent un cessez-le-feu en 1984; malheureusement il ne sera pas respecté très longtemps. Sept ans plus tard, le président conservateur Andrés Pastrana démilitarise une zone grande comme la Suisse pour y tenter une négociation. Pendant trois ans s’instaure alors un dialogue de sourds. Les FARC se renforcent, multiplient assauts et enlèvements, tandis que l’armée colombienne se modernise grâce à l’aide des États-Unis. Finalement, une réelle rupture se crée en février 2002 en raison d’une nouvelle stratégie entamée par le président Uribe. Cette nouvelle période marque le début de l’année la plus meurtrière du conflit colombien et celui de six ans de captivité pour la franco-colombienne Ingrid Betancourt, alors candidate à la présidentielle.

 

Plébiscite à Bogota

 

Le plébiscite, un possible tournant
Afin d’avoir, selon le président Santos, une « plus large légitimité » à la paix, près de 34,9 millions d’électeurs ont été appelés, lors d’un referendum, à répondre à la question : « Soutenez-vous l’accord final d’achèvement du conflit et de construction d’une paix stable et durable ? », titre du document de 297 pages issu de presque quatre ans de pourparlers, sous la houlette de Cuba et de la Norvège, accompagnés du Venezuela et du Chili.

Ce référendum s’est produit suite à un accord de paix inédit signé le 26 septembre dernier entre le président Santos et le commandant en chef des FARC Rodrigo Londoño Echeverri, alias Timochenko. Cet accord prévoyait que la guérilla devienne un parti politique avec l’attribution systématique de sièges au Congrès pendant huit ans. Etait également conçue une aide financière de l’État à la réinsertion des guérilleros. En échange, les FARC acceptaient de déposer les armes à l’ONU, qui a déjà supervisé la destruction de 620 kg d’explosifs. Les guérilleros pourraient être jugés, mais en encourant un maximum de huit ans de prison, y compris pour les crimes les plus graves. Finalement, ils échappaient à l’obligation de déclarer leur patrimoine, gonflé par le trafic de cocaïne.

 

Manifestants partisans du NON au référendum. Thomson Reuters

 

Le résultat qui met en évidence une Colombie divisée

« Je vous ai convoqués pour que vous décidiez de soutenir ou pas ce qui a été accordé pour la fin du conflit avec les FARC, et la majorité, bien que d’une très étroite marge, a dit non », a déclaré le président colombien, ajoutant: « l’autre moitié du pays a dit oui ».

Le « Oui » a recueilli quelques 6,3 millions de voix (6 377 482), bien au-delà du minimum des 4,4 millions requis (13% de l’électorat). Pour l’emporter, il devait supplanter le « Non », qui a en fait dépassé les 6,4 millions (6 431 376). Suite au referendum, le « non » s’est donc imposé avec 50,21% des suffrages. Le résultat varie selon les zones géographiques : tandis que les régions frontalières, directement touchées par le conflit, ont massivement voté pour le « oui », l’intérieur du pays, moins impliqué, a rejeté l’accord de paix, davantage séduit par les discours de l’opposition.

Ce résultat est cependant nuancé. En effet, 63% des électeurs potentiels ne sont pas allés aux urnes. Grande gagnante de la consultation, l’abstention atteint son plus haut niveau depuis 1994. « L’abstention a gagné et le pays a perdu », a alors déclaré à l’Agence France Presse, Kirsty Brimelow avocate britannique et directrice du Bar Human Rights Committee, facilitatrice dans les pourparlers.

 

Un rejet dû à une campagne massive d’opposition

La mauvaise image des Forces Armées Révolutionnaires et le manque d’unité des partis politiques défendant l’accord ont pu faire pencher la balance. Mais pas seulement : il y a eu une réelle campagne pour le « Non », soutenue en premier lieu par l’ancien président Uribe. Les arguments de l’opposition se divisent en quatre points majeurs :

  1. Un accord trop laxiste vis-à-vis des sanctions prévues contre les guérilleros.
  2. Une participation à la vie politique jugée inacceptable, les opposants craignant un « castro-chavisme » inspiré des régimes cubain et vénézuélien.
  3. Une division trop forte entre villes et campagnes, entre ceux qui ont vécu le conflit armé de près et ceux qui ne l’ont vu que de loin et qui ne voient pas la nécessité de cette paix.
  4. Des avis politiques divergents qui opposent l’ancien président Uribe, connu pour avoir mené une répression de fer contre les rebelles pendant huit années de mandat et le nouveau président Santos. Uribe fait alors figure de grand gagnant du référendum. Ce dernier n’a cessé de critiquer l’accord, qu’il juge mal négocié et trop favorable à la guérilla.

 

Célébration populaire de la paix le 26 septembre 2016, à Bogota• Crédits : Guillermo Legaria - AFP

 

Une seconde chance pour la paix en Colombie

Dimanche 20 novembre, le chef de la guérilla a affirmé être parvenu à un « compromis » avec le gouvernement pour faire valider par le Parlement colombien le nouvel accord de paix.

Le président colombien Juan Manuel Santos, nommé prix Nobel de la paix 2016 pour le premier accord de paix négocié avec les FARC, a quant à lui affirmé que le nouvel accord de paix pourrait être soumis au Parlement la semaine prochaine, semblant écarter la voie d’un nouveau référendum. Au sujet du nouvel accord, 56 des 57 dispositions seraient légèrement modifiées, sans aucun changement fondamental. Il a finalement précisé dimanche dernier que ni le lieu ni la date de cette signature n’avaient été encore définis…

 


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