La situation des femmes en temps de crise : un retour en arrière5 min read

Catégories Contributions, Inégalités de genres, Société

A chaque période de crise, la place des femmes dans la société a tendance à se complexifier. A l’heure où l’on constate quelques belles évolutions juridiques, la pratique démontre que le machisme est encore présent.

Le 20ème siècle, un grand pas pour la France et pour la femme

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Ce siècle a été celui de l’avènement de lois essayant d’installer un semblant d’égalité. Il y a eu 1907, avec la loi autorisant les femmes mariées à disposer librement de leur salaire, 1913 quand apparaissent les congés payés de maternité. En 1944 enfin, les femmes deviennent électrices et éligibles au même titre que les hommes.

En 1946, le Préambule de la Constitution pose le principe d’égalité entre les hommes et les femmes. En 1965, les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur mari. En 1975, avec la loi Veil, l’avortement est autorisé, et remboursé dès 1982. En 1992 apparaît à son tour la loi condamnant le harcèlement au travail…

La loi précède parfois les mœurs

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Ce catalogue normatif permet de se rendre compte que les femmes étaient considérées par l’Etat, comme un être inférieur à l’homme il y a seulement quelques décennies. Le 20ème siècle a été celui de l’avènement d’une reconnaissance juridique de la position de la femme dans la société. Mais est-ce  trop idéaliste de croire que l’apparition d’une loi change instantanément la réalité ?

A moitié seulement. En effet, une loi ne permet pas de supprimer instantanément les comportements qu’elle prohibe. Si c’était le cas, il n’y aurait plus de femmes battues en France, or les statistiques montrent que 164000 d’entre elles le sont chaque année.

Mais, de la même manière que l’abolition de la peine de mort, on peut penser que les lois changent progressivement les mentalités.

Qu’en est-il vraiment ?

La remise en cause d’un droit fondamental

Pour prendre l’exemple d’un droit fondamental -celui de disposer de son corps- comment, 46 ans plus tard le droit à l’avortement peut-il encore être remis en cause ?

Sur ce point, il est nécessaire de s’intéresser à la genèse de ce droit si discuté. La loi Veil a dès le départ reçu un accueil houleux de la part de nombreux politiques et d’une partie de l’opinion politique. Cette loi remettait, et remet encore en cause pour certains le droit à la vie qui est un droit inaliénable. La loi sur l’avortement a touché certaines personnes non seulement dans leurs convictions personnelles mais aussi dans leurs convictions religieuses.

46 ans plus tard, cette loi a pourtant prouvé son importance : elle a permis aux femmes d’avoir le choix. Et, pour répondre aux arguments (douteux mais) assez fréquents qui critiquent un soi-disant avortement « à la carte », pensez-vous réellement qu’une femme puisse se dire « au pire si je tombe enceinte j’avorte » ? Un avortement est, il est nécessaire de le rappeler, une étape particulièrement difficile pour une femme et non un épisode anecdotique dont on rigole autour d’un verre avec ses copines.

La femme, grande oubliée des débats publics

La remise en cause de la loi sur l’avortement n’est pas le seul exemple représentatif de la perte d’importance de la situation de la femme dans l’opinion publique et Trump en est le criant symbole.

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Le candidat Républicain a déjoué tous les pronostics en étant élu seulement 2 semaines après un nouveau scandale. En effet, il avait alors déclaré à un journaliste (dans une conversation censée rester privée) que, grâce à sa célébrité, il pouvait se permettre d’attraper les femmes par leur organe génital et de leur faire ce qu’il voulait.

La femme, dans cette conversation révélée par le New York Times est considérée comme un simple objet sexuel. Ce scandale n’a pourtant pas empêché un nombre important de femmes de voter pour cet homme.

L’élection de Donald Trump par grand nombre de femmes ne fait pas d’elles des elfes de maison incapables de réfléchir comme j’ai pu l’entendre. Cela montre seulement que la place de la femme au sein de la société n’est plus un élément constitutif du vote des citoyennes et des citoyens. En temps de crise, les citoyens considèrent qu’il y a d’autres sujets plus importants tels que le chômage ou l’immigration. Une femme ou un homme peut ne pas être misogyne et voter pour une personne tenant des propos qui remettent en cause les droits accordés aux femmes. Cette constatation montre que la place de la femme au sein de la société n’est plus un élément majeur pour l’opinion publique.

Les femmes sont-elles condamnées à chaque crise ?

A chaque crise les femmes devront-elles craindre la perte de leurs droits durement acquis ? Ces propos tenus par des personnages publics ont un impact. Comment les femmes peuvent-elles se battre tous les jours contre des remarques sexistes dans la rue si le président des États-Unis dit d’une femme qu’il l’attrape par le sexe et qu’il lui fait ce qu’il veut ? Les hommes politiques ne sont-ils pas censés faire évoluer les choses ?

Simone de Beauvoir a été visionnaire quand elle déclarait : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »

Les femmes, autant que les hommes, doivent rester vigilantes, oula situation de la femme ne fera que régresser alors qu’elle est déjà, à bien des égards, problématique.