#FrançoisFillon2017 ? Alerte, droite ultra-conservatrice !9 min read

Catégories Contributions, Politique

François Fillon a eu la chance, pendant toute la campagne, d’être l’allégorie du « moins pire ». La BBC en est même arrivée à le présenter comme un candidat modéré.

Sans doute n’a-t-elle pas lu son programme ! Car bien loin de « modéré », on pourrait résumer son programme en trois mots: conservatrices, conservatrices et ultra-conservatrices ! Voici pourquoi.

Combattre le chômage en réduisant les droits des salariés

Le fait que les entreprises françaises soient en difficultés et que le taux de chômage soit très élevé est indéniable. C’est pourquoi François Fillon défend dans son programme la mise en place d’un «environnement favorable à la création d’emplois ». A première vue cela paraît prometteur. Mais comment l’ancien Premier Ministre compte-t-il aboutir à cela ? La réponse est simple, en remettant tout simplement en cause les acquis du droit du travail. 

Ce n’est pas uniquement la baisse d’impôts prévues pour les entreprises –qui serait contrebalancée par une diminution des prestations sociales, ni l’augmentation de 2% de la TVA qui doit nous inquiéter, mais c’est surtout toute une révision du droit de travail qui se révélerait plus catastrophique encore que la loi El Khomri. 

Quand complexité du droit du travail rime avec remise en cause des droits de chaque employé, il y a un problème de fond.  En effet, tout en préservant ce qu’il appelle « les normes sociales fondamentales » (qui représentent seulement « 150 pages sur 34000 » du Code du travail), le but est de refonder radicalement la hiérarchie des normes.

Ainsi, toute mesure qui ne concerne pas les droits fondamentaux des salariés est renvoyée au « dialogue social » en s’appuyant sur l’outil du referendum d’entreprise. Les accords d’entreprises primeront alors sur les accords de branche, avec toutes les conséquences néfastes qu’on peut imaginer et la remise en cause de la « tradition sociale » spécifique française qui se veut particulièrement protectrice de l’employée.

Nous faisons ici référence à la mise en place d’un contrat de travail avec des modalités de rupture prédéfinies et progressives, ce qui signifie concrètement la possibilité de licenciement collectif « au motif de réorganisation de l’entreprise ». 

Encore plus grave, c’est la remise en cause de la loi Aubry, un retour en arrière des plus néfaste, car la « contrainte » des 35h fera place à une « libre » négociation de la part des entreprises sur la durée du travail hebdomadaire, jusqu’à un maximum de 48h. A noter que l’ancien chef du gouvernement prévoit aussi la suppression d’un jour férié. 

Ainsi, M.Fillon prévoit dans son programme un retour aux 39h pour les fonctionnaires publiques, principal moyen selon lui de faire 15 milliards d’euros d’économie, même si, pour l’instant, les modalités de ce passage et de ce qu’il impliquerait sont encore peu exposées. 

On peut, arrivés à ce point, penser à cette citation de Lacordaire qui déclarait : «  entre le fort et le faible c’est la liberté qui opprime et la loi qui protège ». Si le projet social du candidat est effectivement mis en œuvre, ces jolis mots n’auront plus que peu d’écho.

Le retour du spectre de la déchéance de nationalité 

Cette proposition, proposée par la gauche (et largement contestée au sein de celle-ci), est la mesure phare de la politique anti-immigration de François Fillon. En effet, s’il ne fait pas directement référence à cette mesure proposée par le gouvernement Valls, son projet rejoint l’esprit de la loi quand il précise vouloir retirer la nationalité aux Français partis en Syrie ou en Irak, ainsi que leur interdire un possible retour sur le territoire français.

Son agenda « sécurité » ne s’arrête cependant pas là. Parmi les mesures, on trouve la possibilité d’expulser tous les étrangers qui représenteraient « un danger pour la sécurité » nationale (laissé apparemment à la libre appréciation) et condamnés pour des faits de délinquance: c’est le principe de la double-peine avec une condamnation pénale et un acte administratif d’expulsion. Ce principe est actuellement interdit dans le Code Pénal français.

Ainsi, en s’intéressant de prêt aux modalités de cette lutte contre le terrorisme à la sauce François Fillon, on voit planer le spectre d’un État plus qu’autoritaire.

Finalement, tout cela sera mis en place dans le cadre de la création d’un grand ministère de l’Intérieur rassemblant gendarmerie, police, administration pénitentiaire et serait accompagné de quelques mesures phares telles que l’armement de la police municipale ou encore la création de places supplémentaires dans les prisons. 

Une modification pénible de la Loi Taubira 

Sous prétexte que, depuis quelques années, le taux de fécondité ait baissé en France, François Fillon prétend revoir « le cadre de définition de la famille ». Mettons de côté le fait qu’il aurait fallu expliquer le lien logique entre ces deux éléments, le résultat de cette révision aboutirait en fait à une modification de la loi Taubira. 

Concernant la GPA, (Gestation pour Autrui) tout d’abord, celle-ci resterait tout simplement interdite (ce qui n’est pas étonnant en soi) mais surtout Fillon voudrait « renforcer les  sanctions pénales sur le recours ou la promotion de la GPA ». 

En ce qui concerne la procréation médicalement assistée (PMA) maintenant, encore une fois, rien de nouveau. Le candidat se dit contre la PMA pour les couples homosexuels et rejoint là-dessus l’opinion majoritaire de tous les candidats de la droite, exception faite de Natalie Kusciosko-Morizet qui s’était dit ouverte à l’élargissement de la PMA pour les couples de femmes homosexuelles. « NKM » nous avait en effet surpris en affirmant cette possibilité étant donné qu’elle ne voyait pas « au nom de quoi on autorise l’adoption par les couples homos et on n’autorise pas la PMA pour les couples de femmes». 

Mais il y a bien pire. Ce qui inquiète le plus à ce sujet dans le programme de François Fillon, cest la modification de la loi Taubira concernant l’adoption pour les couples de même sexe. Un retour en arrière sans précédent étant donné que ce dernier considère qu’il ne serait pas « légitime que la loi considère qu’un enfant est fils ou fille, de manière, exclusive, de deux parents du même sexe ». Ah bon? On ira donc, si Fillon est élu, expliquer à tous les enfants de couples homosexuels qu’en fait, leurs parents ne sont pas de vrais parents, ou du moins l’un des deux ne l’est pas. Beau programme. 

Cette proposition relève tout simplement du ridicule d’autant plus que, concrètement, cette révision permettrait toujours l’adoption « simple » de l’enfant mais interdirait l’adoption plénière, autorisée en France depuis 2013. Suivant les propositions de Fillon, la filiation plénière ne serait alors possible que dans le cas de deux parents de sexes opposés. Cela signifie aussi que la procédure d’adoption serait soumise à la discrétion du juge devant prendre en considération l’intérêt de l’enfant. Ce n’est donc pas tant les conséquences légales que les conséquences symboliques et les effets psychologiques possibles de cette mesure qui sont méprisables. Ici le message est clair, les couples homosexuels ne sont tout simplement pas des parents comme les autres. 

La victoire de l’Europe des Nations 

Le dernier point du programme, sur lequel il est particulièrement important de se concentrer est celui qui traite des relations entre la France et l’Europe ou plutôt, de la France dans l’Europe. 

François Fillon n’est pas aussi extrême que Marine Le Pen sur le thème de l’Europe, il ne fait d’ailleurs jamais référence dans son programme à un possible « Frenxit ». Et s’il est indéniable que nous rencontrons de réelles difficultés en matière de politique communautaire, les solutions proposées ici sont plus que contestables.

 Ce qui est le plus impressionnant est le fait que, pour M.Fillon, une Europe plus politique est une Europe dans laquelle les États réhabilitent une conception forte de leur Souveraineté. Et cela va à l’encontre du chemin qu’a pris l’Europe ces 50 dernières années et plus particulièrement, à l’encontre des politiques européennes qui essayent de promouvoir une meilleure coopération en s’appuyant sur le fédéralisme et non sur un retour aux simples Etats-Nations. 

Cependant, tout n’est pas à jeter sur le constat du candidat concernant ce point de l’intégration européenne. L’idée d’une modification ou d’une amélioration du Traité Schengen, par exemple, est assez largement répandue dans les esprits, mais, et c’est essentiel, pas dans le sens d’une restriction des droits des peuples. 

François Fillon propose donc un « Schengen de la justice » qui permettrait d’expulser systématiquement tout délinquant reconnu coupable d’un crime ou d’un délit en demandant la réciprocité de la peine de la part des autres États Membres. Ce qui est une mesure en fait juridiquement impossible à mettre en œuvre, compliquée et onéreuse. Il s’agit donc ici de s’interroger sur l’utilité réelle de ce type de propositions.

Pour permettre une meilleure construction européenne, il faudrait, si l’on en croit le programme du candidat, limiter le poids et le rôle des institutions européennes pour garantir un système « plus respectueux de la Souveraineté des États ».
Il est tout de même assez cocasse qu
e, après avoir prôné une collaboration plus efficace entre les États Membres dans le but de renforcer la construction européenne en matière de sécurité, défense et immigration, Mr.Fillon propose d’encadrer le pouvoir des institutions qui justement devraient porter ces projets.

Enfin, en affirmant qu’il faudrait encadrer le pouvoir de la Commission par les États, l’ancien premier ministre oublie peut-être que celle-ci est l’organe exécutif de la machine européenne et qu’elle est composée de 28 Membres qui sont justement censés représenter, les Pays de l’Union. 

Si, sur beaucoup d’aspects, le programme de François Fillon est critiquable du point de vue des idées, il est aussi objectivement incohérent sur certains points tels que la politique européenne, comme on l’a montré plus haut. Chacun doit cependant se sentir libre de voter pour le candidat qu’il souhaite, mais sachez au moins qu’un vote pour ce candidat serait une voix en faveur d’un ultra-conservatisme exacerbé.

Vice-Presidente chargée de conference de #LPDCX
Avant, chef du pole politique !
#staytuned
#travelhard