La fusion Paris IV-Paris VI : l’université d’abord, les usagers ensuite

C’est avec un score serré de 19 voix « pour » et 17 voix « contre » que l’Université Paris IV Sorbonne et son Conseil d’administration, ce vendredi 20 janvier, ont concrètement décidé de créer une nouvelle méga-université, en fusion avec l’Université Paris VI Pierre et Marie Curie.

L’issue est devenue inéluctable : le décret ministériel est attendu autour du mois de mars, « Sorbonne Université » sera effective au 1er janvier 2018. Si peu d’articles sont passés, ou en simple coup de vent sur le sujet, cette décision est amenée à bouleverser l’enseignement supérieur, certes pour les étudiants, personnels et enseignants des deux universités, mais également l’intégralité du paysage universitaire français.

Les classements universitaires d’abord, les étudiants ensuite

Au regard des différents classements mondiaux des universités, rien d’original à retrouver les éternels premiers : Harvard, Cambridge, Oxford ou encore Stanford se disputent les dix premières, tandis que quelques universités d’Asie de l’Est paraissent inopinément ou quelques autres d’Europe de l’Ouest.

Il est certain qu’en n’employant d’ailleurs quasiment que des critères propres aux établissements anglo-saxons, les autres pays font pâle figure. C’est le cas notamment de la France, éternelle insatisfaite de la place qui est attribuée à ses établissements ou de l’inexistence de cette place.

Les gouvernements se succédant, une politique de regroupement d’universités se met en place progressivement. L’idée est d’instaurer une sorte de coopération entre les établissements de l’enseignement supérieur, dont les universités, pour créer de plus grandes structures capables de rivaliser avec les universités étrangères : ce fut le cas avec la loi Pécresse en 2007 puis avec la loi Fioraso en 2013.

Force est de constater que l’amélioration de l’enseignement supérieur passe par un regroupement d’établissements et non par une volonté d’amélioration les conditions d’études, surtout dans une université comme la Sorbonne où les locaux se trouvent trop restreints pour accueillir l’intégralité des étudiants inscrits aux cours.

Grande université, grande place ?

Si les deux Présidents qui ont consenti à la fusion se vantent de la grandeur universitaire qu’elle leur apportera, c’est bien cela qui pose problème aux organisations étudiantes opposées au projet, notamment l’AGEPS (association générale des étudiants de Paris-Sorbonne), premier syndicat étudiant de l’Université Paris IV.

Plus de place, ça veut dire aussi plus d’étudiants, et ça veut surtout dire concurrence des domaines d’enseignement à une échelle plus importante. En effet, le risque est de voir le budget des sciences humaines et sociales, matières plutôt issues de l’Université Paris IV, largement amputé au profit des « sciences dures » issues des deux futures facultés de Jussieu.

Concurrencer plus pour réussir moins

Comme démontré précédemment, toute cette politique des regroupements d’universités n’a aucun but de simplification, mais bien de concurrencer d’autant plus les universités anglo-saxons et, plus globalement, les universités étrangères présentes dans les classements, ainsi que de mutualiser les moyens dans la continuité du désengagement de l’Etat au niveau de l’Université.

Une question vient d’elle-même : comment la nouvelle administration de la méga-université va-t-elle réussir à gérer les inscriptions et déboires administratifs de 54 000 étudiants ? Le constat est aujourd’hui désastreux en ce qui concerne les services administratifs des deux universités, face à 30 000 étudiants pour Paris VI et 24 000 pour Paris IV.

Entre horaires particulièrement restreints, secrétariats ouverts aux horaires où les étudiants sont en cours, sous-effectifs dans les bureaux, manque de formation, comment élèves et personnels comptent s’en sortir ?

Les conséquences

En réalité, la fusion va entraîner un manque conséquent de moyens avec toujours autant d’étudiants pour moins de budget accordé par le ministère, dans le seul but de faire remontrer dans les classements la réputation des universités françaises.

Considérer que faire des universités, le cœur de la formation et de la recherche du pays, de grandes usines destinées uniquement à concurrencer les étudiants étrangers constitue une grossière erreur de la part des présidents des universités et du ministère de l’enseignement supérieur qui a imposé ces choix de fusion ou d’association. L’enseignement doit sans cesse se renouveler mais en qualité uniquement.

Enfin, depuis 2015, les regards se portent vers les universités Paris VII, Paris V et Paris III dont les présidents souhaitent également une fusion sous le regroupement « Sorbonne Paris Cité », histoire d’exploiter d’autant plus à outrance le label « Sorbonne ».