G20 : la Chine mène la danse8 min read

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Institué au lendemain de la crise financière de 2008, le sommet du G20 avait pour fonction première de coordonner la gouvernance mondiale afin d’éviter une grande dépression économique à l’instar de celle des années trente. Depuis, le rendez-vous annuel des vingt premières puissances mondiales a pour mission d’identifier les enjeux majeurs futurs et coordonner des lignes directrices politiques pour y faire face. Les résultats, concluants dans un premier temps, ont été plus que mitigés par la suite. En effet, depuis 2011, le manque de vision globale et de stratégies gouvernementales sur le long-terme fait l’objet de nombreuses critiques et remet en question l’efficacité de la réunion

Le besoin d’un leadership mondial est aujourd’hui nécessaire pour faire face aux enjeux de notre temps : l’interdépendance des marchés générée par la mondialisation économique, les incertitudes liées au ralentissement de la croissance ou encore les tensions produites par le bouleversement de l’équilibre des relations internationales. Ces problématiques appelaient une réponse forte et concrète.

Un double enjeu pour la Chine

Le sommet de 2016 était particulièrement attendu par la Chine, qui accueillait pour la première fois l’évènement. L’implication plus qu’exemplaire du pays laissait entrevoir son ambition à marquer un tournant dans la gestion des sommets internationaux. Les nombreux groupes de travail et réunions organisés tout au long de l’année (B20, Y20, V20, réunions des ministres des finances…) permirent à la fois une préparation des plus complètes ainsi que le maintien l’attention médiatique.

L’arrivée de la Chine dans l’économie mondiale a bouleversé les codes du libre-échange. En vingt-cinq ans le pays a fait exploser ses exportations, passant de 60 à plus de 2300 milliards de dollars. Mais l’ouverture de ce nouveau marché a aussi entraîné son lot de risques : confrontée depuis 2014 à des difficultés économiques de taille, la Chine a, par ricochet, affecté le système dans son ensemble. Le ralentissement de sa croissance a révélé un modèle à bout de souffle, nécessiteux d’importants changements structurels. Rattrapé par la réalité environnementale, fragilisé par une fracture sociale grandissante, le pays a entrepris de nombreuses réformes intérieures en vue de rassurer les marchés et ses partenaires commerciaux et politiques.

Dans ce contexte, le sommet du G20 présentait pour la Chine un intérêt double : donner une impulsion nouvelle à la réunion, essentielle pour faire face aux nouveaux défis de notre décennie, et assoir son rôle de puissance mondiale incontournable sur la scène internationale. Cette démonstration de force nationale au service de la gouvernance mondiale a-t-elle été efficace ?

Accords sur l’innovation, l’écologie et la lutte contre l’évasion fiscale

A première vue, les propositions ayant abouti à des dispositifs concrets répondant aux inquiétudes soulevées par les différents acteurs internationaux restent, au terme des deux jours de négociation, minoritaires. Relayant l’image d’une rencontre décevante, la plupart des médias reprochent encore une fois un manque de consensus international. Ces deux affirmations sont fondées mais cependant à nuancer. Une analyse approfondie du rapport permet de distinguer des processus positifs se trouvant à des stades d’avancée différents. Des dispositifs d’action concrets ont été mis en place et des consensus politiques de mesures à mener sur le long-terme formulés :

  •  Mesures sur le long-terme              

Cette année encore, et pour la cinquième fois d’affilée, la croissance mondiale n’a pas dépassé la barre des 3,7%. Un accord contraignant offrant une solution idéale était naturellement impossible. Le groupe des vingt a cependant identifié l’innovation comme facteur de productivité ayant un impact indéniable sur la qualité de vie des populations. L’investissement dans les infrastructures durables fut aussi érigé en point clef de la politique de développement sur le long-terme. La collaboration active des institutions bancaires (les banques multilatérales d’investissement) et des acteurs du public et du privé permettront de poursuivre ces objectifs sur le long-terme. L’accent est mis sur une croissance profitant à tous, passant par des investissements massifs dans des infrastructures innovantes.
La nouveauté du sommet du G20 consiste donc à poser les bases d’une solution d’ordre global et à placer celle-ci directement en relation avec l’accord de Paris et les Objectifs de Développement Durable. Les conséquences de cette déclaration ne sont évidemment pas instantanément perceptibles. Elle met cependant l’écologie au centre des priorités et dresse les lignes directrices d’une stratégie envisagée sur le long-terme.

  •  Mesures sur le moyen et court terme

Rappelons, d’autre part, que la reconnaissance même d’un problème à traiter, étape constitutive à tout accord, peut dans certains cas représenter à elle seule un succès tant elle advient au prix de nombreuses concessions diplomatiques. Prenons l’exemple des dangers créés par la surproduction chinoise d’acier : clairement montrée du doigt par les acteurs internationaux, le pays hôte a refusé de voir son industrie nationale explicitement citée dans le rapport comme source d’instabilité pour l’équilibre du marché mondial. Un accord parallèle sur la tenue d’un forum de production mondiale d’acier a cependant été conclu, permettant d’envisager les premiers pas vers une politique commune de régulation du commerce.
Cette année encore, les révélations des Panama Papers illustrèrent la faiblesse actuelle de la lutte contre l’évasion fiscale. Le processus de lutte contre ces flux monétaires illégaux et paradis fiscaux corrompant et affaiblissant le système fiscal mondial se fera en deux temps : les juridictions nationales peu coopératives seront d’abord identifiées par l’OCDE, avant d’être sanctionnées lors du G20 de 2017.
Enfin, la mise en place de nouveaux moyens pour la lutte contre le terrorisme, ou encore les mesures en matière de gouvernance monétaire internationale accueillant l’entrée au début du mois d’octobre du Renminbi parmi les cinq monnaies au tirage régulé (DTS) par le FMI.

Divergences à propos de l’interventionnisme chinois

Ces aspects positifs sont cependant contrebalancés par des échecs répétés dans certains domaines. C’est le cas de la réforme des subventions accordés aux énergies fossiles (identifié dès 2009) et plus généralement en matière d’intervention des États dans l’économieCe dernier thème fut la source de nombreuses crispations, la Chine profitant toujours unilatéralement de modalités avantageuses pour s’implanter à l’international sans pour autant ouvrir son marché aux investisseurs étrangers.

De ce fait, si ses nombreuses acquisitions à travers le monde sont de plus en plus remarquées (terres arables en Afrique, entreprises aux États-Unis, infrastructures en Europe), les interventions étrangères sont quant à elles contenues grâce à une législation décourageante.
Mentionnée depuis 2013, la réorganisation du système des quotes-parts du FMI, qui accorde un droit de vote plus ou moins important à chaque État en fonction de l’importance de sa contribution financière à l’institution, a une fois de plus été repoussée à l’année suivante. De plus, le manque de dispositions tangibles pour lutter contre la pauvreté a quant à lui été justifié par le caractère national du problème, les mesures sont donc à prendre par chaque pays.

Les efforts de la Chine pour mettre de côté une grande partie de son différend avec les Etats-Unis lui ont permis, contre toute attente, de ratifier l’accord de Paris juste avant le sommet. Néanmoins, l’inclusion d’une clause engageant les pays membres du G20 à accepter le traité fut brisée net par le veto de certaines économies émergentes cherchant à privilégier avant tout leur développement, à l’instar de l’Inde. Etant donné les difficultés du groupe à s’accorder, l’on ne peut que saluer les ratifications individuelles qui permettront l’entrée en vigueur prochaine du traité.

Une victoire pour la Chine malgré un bilan mitigé

Le bilan général du sommet 2016 est donc encore mitigé. Les décisions encourageantes et les bases d’une politique de gouvernance mondiale sur le long-terme sont en grande partie ternies par la répétition de blocages systématiques. Sur le plan géopolitique le groupe a été incapable de s’accorder pour relever des défis cruciaux (crises frontalières avec la Russie, soulèvements nationaux  en Syrie et coup d’Etat en Turquie) et ce malgré l’urgence de la situation.

Les efforts de la Chine ont quant à eux été freinés, d’une part par la rigidité de sa structure économique encore partiellement sous contrôle étatique, et d’autre part par son impérialisme dominant en mer de Chine. Sa volonté inflexible de s’assurer une maîtrise de la région maritime afin de démontrer l’ampleur de sa souveraineté fut ainsi l’obstacle à son action au G20 et par conséquent à sa consécration totale en tant que leader incontournable de la scène internationale.

Ces contradictions internes n’empêchent toutefois pas de tirer un constat plus que positif pour le pays hôte, qui cumulait des attentes tant sur le plan national qu’international. En tant que future première puissance économique mondiale, le pays est l’un des acteurs les plus concernés par les décisions prises par le G20, et sa volonté d’imposer sa vision de l’économie mondiale afin de protéger au mieux ses intérêts a été suivie.


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