Home sweet home ? La réintégration du Maroc au sein de l’OUA

Les raisons du divorce

« Il est beau, le jour où l’on rentre chez soi, après une trop longue absence ! Il est beau, le jour où l’on porte son cœur vers le foyer aimé ! L’Afrique est Mon Continent, et Ma maison ». C’est ainsi que le Roi Mohammed VI entamait son premier discours au 28ème sommet de l’Union Africaine, plus de trente ans après le retrait du Maroc de l’organisation.
Toutefois, les raisons originelles de ce divorce sont toujours présentes. En effet, la République Arabe Sahraoui Démocratique (RASD) siège toujours au sein de l’Union Africaine, bien que nombre d’Etats ne reconnaissent plus cette entité.

Les tensions entre le Maroc et la RASD prennent leurs racines dans le « conflit du Sahara ». En effet, la revendication du Sahara par les différent pays que sont le Maroc, l’Algérie et la Mauritanie, prend sa source dans le tracé des frontières séparant le Maroc et l’Algérie. Le conflit éclate à proprement parler en 1976, après le retrait des derniers colons espagnols et oppose le Maroc, qui revendique des liens historiques avec la région, et le front Polisario (Front Pour La Libération de la Séguia el Hamra et du Rio del Oro) créé en 1973. Soutenu notamment par l’Algérie, les revendications du Front Polisario vont dans le sens de la création d’un Etat indépendant. En 1975, le Maroc entame la « marche verte » : plus de 300 000 Marocains marchent alors en direction du Sahara afin de reprendre le territoire. Un an plus tard, la RASD est alors créée mais n’est pas reconnue par le Maroc. Enfin, le Maroc quitte l’Organisation de l’Union Africaine (OUA, aujourd’hui Union Africaine) en 1984 après la reconnaissance de la RASD en tant que pays souverain et indépendant par plusieurs pays membres de l’organisation. Depuis, le conflit s’enlise progressivement dans un statu quo.


Le mur de sable censé protéger le Maroc des attaques du Front Polisario

 

L’éveil du Lion

Après l’accession au trône du Roi Mohammed VI en 2000, l’Afrique fait l’objet d’un intérêt croissant de la part du Maroc. En effet, contrairement à Hassan II qui s’était surtout concentré sur la construction et la consolidation de rapports commerciaux avec l’Europe et les Amériques, Mohammed VI choisit de se tourner vers le continent africain. Ainsi, plus de 46 visites royales eurent lieu dans 25 pays d’Afrique afin de mettre en place des projets de grande envergure. On citera par exemple le Gazoduc Africain Atlantique entre le Maroc et le Nigéria, destiné à acheminer du gaz vers l’Europe et les pays d’Afrique de l’Ouest ou encore l’initiative « triple A » (Adaptation de l’Agriculture Africaine) qui vise à la mise en place d’une agriculture durable et le renforcement de la sécurité alimentaire en accompagnant les petites exploitations agricoles.

Le nombre d’accords bilatéraux entre le Maroc et les pays d’Afrique subsaharienne a presque doublé depuis 2000, passant de 515 à 949. Ils concernent de nombreux domaines, parmi lesquels l’éducation et la formation, la sécurité et, bien sûr, l’économie. Sur ce point, on pourra remarquer que le Royaume concentre aujourd’hui plus de 60% de ses investissements directs à l’étranger (IDE) en Afrique Subsaharienne.

Cette réorientation du Maroc vers l’Afrique est animée, entre autre, par l’échec du l’Union du Maghreb Arabe (UMA). En effet, le commerce inter-maghrébin comptait en 2011 pour 0,8 % du commerce de l’Algérie, un peu plus de 1 % pour le Maroc et 1,5 % pour la Tunisie. Ce faible développement de l’UMA est notamment dû à des raisons diplomatiques et en particulier, le cas de la RASD. Dès lors, devant cette impasse géopolitique, le Maroc s’est tourné vers ses voisins du Sud.

 

Reconnaissance de la RASD au sein de l’UA

Après son retour au sein de l’UA, certains pays se sont empressés d’affirmer que la décision du Maroc équivalait de fait à une reconnaissance de la RASD. Cependant, juristes et diplomates se sont empressés de contredire cette analyse : « Il s’agit d’un non-sens du point de vue du droit international et de la pratique des Etats » explique N. Bourita, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la coopération du Maroc, au journal Le Monde.
En effet, la reconnaissance d’un Etat par un autre est un acte « libre » et « souverain » qui ne passe que par la reconnaissance officielle exprimée par un Etat. En ce sens, les nombreux Etats non reconnus dans le monde (Palestine, Tibet, Taiwan etc.), dont certains siègent au sein d’organisations internationales (comme la Palestine au sein de l’UNESCO), « doivent néanmoins faire l’objet d’une reconnaissance officielle de la part de chaque Etat membre afin de pouvoir participer au concert des nations ».

Cette réintégration du Maroc au sein de l’UA, loin de régler l’épineuse question du Sahara occidental marque surtout une victoire diplomatique importante pour le Maroc, dont le retour dans l’Union a longtemps été compromis du fait de l’opposition de pays comme l’Algérie et l’Afrique du Sud. Encore plus, l’UA qui se caractérisait par un soutient presque unanime à l’indépendance de la zone Sahara se voit maintenant divisée en son sein du fait de la vague de retrait à la reconnaissance de la RASD et donc, de ce retour du Maroc, rendant l’idée d’une résolution de ce conflit encore plus floue.