La situation de l’hôpital Delafontaine est critique : L’Etat doit trouver les sources d’un financement nouveau

En Seine-Saint-Denis, l’état des hôpitaux publics laisse à désirer. Ainsi, comme le relate le site Les Répliques intellectuellement engagées, une mère a été contrainte de dormir à même le sol de l’hôpital pour veiller sur son fils il y a quelques jours.

Tweet 20Minutes "Une mère contrainte de dormir à même le sol à l'hôpital pour veiller sur son fils"
La réaction de Thomas Porcher “Quand l’Etat social s’affaiblit, les inégalités augmentent”. © Les Répliques

Le symbole est sans doute assez relatif, mais en jetant un œil à la situation de l’hôpital, on comprend davantage les raisons de cette situation.

Une “situation critique des hôpitaux publics en Seine-Saint-Denis” depuis plus de dix ans

Déjà en 2006, la sénatrice Eliane Assassi attirait l’attention du Ministre de la Santé de l’époque sur la situation critique dans laquelle se trouvaient les hôpitaux publics en Seine-Saint-Denis. Le département est touché par une augmentation importante de sa population, un appauvrissement généralisé, et donc par une baisse de ses dotations pour l’hôpital public.

En effet, les réductions budgétaires de plus en plus importantes depuis le début des années 2000 ont fortement affaibli le service public.

A l’époque, le Président Jacques Chirac n’avait pu, compte tenu du déficit de la branche maladie de la sécurité sociale à l’échelle nationale, développer des budgets supplémentaires. Ainsi, le plan hôpital 2007 mis en oeuvre à partir de 2004 impliquait que les hôpitaux puissent, dès cette époque, établir des budgets en équilibre, alors que les moyens alloués étaient réduits d’année en année.

A cette époque, l’hôpital Delafontaine de Saint-Denis était en première ligne dans cette problématique budgétaire.

Voir la question écrite de Madame Eliane Assassi portant sur la situation critique des hôpitaux publics (29/06/2006)

La situation de l’hôpital Delafontaine n’est pas nouvelle : En vingt ans, il a subi deux crises budgétaires et sociales

Si le sujet peut nous apparaître comme neuf, il faut rappeler que l’hôpital Delafontaine subit depuis des années des restrictions de plus en plus importante.

Alors qu’il concerne un bassin de population établi à 300 000 personnes, l’hôpital n’a eu de cesse durant les dernières années de concentrer ses activités autour de quelques pôles uniquement comme l’expliquait déjà Yves Grosjean en 2002 lorsqu’il était directeur.  L’idée était à l’époque de mutualiser pour mieux répondre aux exigences d’un service de qualité et digne des usagers de services public.

Il était question de la rénovation de la maternité. Le budget avait été bloqué plusieurs semaines par les syndicats au Conseil d’Administration. Face à une crise financière et sociale majeure, le Centre hospitalier a bon gré, mal gré entamé une réforme de son fonctionnement. A l’époque, ce travail a permis de retrouver l’équilibre, de réduire le taux d’absentéisme et de recréer une dynamique autour de ce service public hospitalier. 

Mais loin de suffire, ces restrictions budgétaires ont continué de s’accentuer, avec un point culminant atteint en 2012 avec la réduction de 2,8M€ du budget d’une année sur l’autre. Pour faire face à ces restrictions, à l’époque, “la direction de l’établissement [avait] décidé de supprimer 40 postes en équivalent temps plein“.

Un hôpital qui a fait des concessions, et qui continue d’en faire

Si certains hôpitaux du service public peuvent apparaître comme mal organisés ou gérés d’une manière trop souple et déficitaire, l’hôpital Delafontaine n’a jamais été de ceux-là. Choisissant une stratégie de gestion pragmatique, sérieuse et sociale, il s’est pleinement intégré au territoire, a construit une patientèle fréquente, importante, souvent dans le besoin.

Les syndicats ont toujours été compréhensifs à cet égard. On peut donc dire assez aisément qu’il ne méritait pas cette triste publicité d’une mère dormant au sol auprès de son fils malade.

Pourtant, force est de reconnaître que la participation publique n’a cessé de diminuer, que le Centre hospitalier dispose toujours d’un financement qui s’effrite à la mesure du temps. 

In fine, cette situation ne nécessite qu’une chose : Un renforcement de la subvention de fonctionnement de l’Agence Régionale de Santé. Au fond, la proposition de mutualisation Grosjean en 2002 aurait pu permettre de pallier cette situation, et quelques efforts ont été réalisé en ce sens. Mais à force de spécialiser les hôpitaux, ne risquons-nous pas contrevenir à l’existence d’un service public de proximité ?

Dans tous les cas, le fait qu’aucun lit ne soit disponible démontre, s’il le fallait, que les besoins dépassent l’offre, et qu’il faut par conséquent renforcer cet hôpital à défaut de l’affaiblir.