A l’heure où les forces militaires de Bachar Al-Assad et aériennes russes se livrent à un véritable massacre à Alep, les regards se tournent vers l’ONU.

Si les différentes puissances occidentales ont préféré fermer les yeux et les oreilles face aux sonnettes d’alarmes tirées par les différentes ONG, l’ONU paraît la seule organisation capable de trouver une solution. Créée pour maintenir la paix et la sécurité dans le monde, elle semblait initialement avoir les capacités pour régler un désastre humanitaire qui s’est enlisé jusqu’à, semble-t-il, un point de non-retour.

Cependant, l’organisation internationale possède-t-elle réellement les moyens de jouer ce rôle de puissance supranationale qu’une partie du monde attend d’elle ?

L’ONU : une organisation internationale impuissante

Il est nécessaire à ce jour de comprendre que l’ONU n’a aucune marge de manœuvre quant aux médiations des relations internationales. En effet, si on se réfère au courant réaliste des relations internationales représenté par des intellectuels tels que Raymond Aron ou Morgenthau, les organisations internationales ne peuvent pas prendre part aux débats.

Pourquoi ? Parce qu’elle est démunie de puissance, qu’elle soit matérielle (PIB, économie, armée malgré les casques bleus) ou immatérielle (une sorte de “soft power“). 

Sans puissance il est impossible de pouvoir imposer une vision sur le plan international et ici sur le cas Syrien. L’ONU se retrouve ainsi dans un rôle de constatation face aux milliers de civils qui croulent sous les bombes et les réfugiés qui tentent de fuir ce cauchemar. Aron écrivait que « la société internationale est caractérisée par l’absence d’une instance qui détienne le monopole de la violence physique légitime ». Si l’ONU a donné l’illusion qu’elle était cette instance, elle ne l’a, en réalité, jamais été. 

Il est d’ailleurs assez aisé de comprendre cette inaction au regard des décisions importantes. Elles ne sont prises que par le Conseil de Sécurité où les différents pays ne défendent ni les mêmes valeurs ni les mêmes intérêts.
Aucune action ne peut être prise lorsque la Russie se retrouve à défendre le régime d’Assad pour consolider son alliance face à des Etats-Unis plutôt attentistes et une France incapable de peser d’un poids assez important. Chaque État défend donc sa propre vision sans se soucier de l’impact global de cette inaction.

Une impuissance qui excuse totalement l’inaction de l’ONU ?

L’impuissance précédemment décrite n’excuse cependant pas entièrement l’inaction. En effet, presque aucune déclaration n’a été faite par l’organisation ou son secrétaire général. Cela n’aurait pas eu l’impact d’une véritable force d’action mais aurait pu faire prendre conscience du désastre qui se déroule dans la cité d’Alep.

En effet, pour prendre un exemple historique, en 1974 la reconnaissance de l’OLP (Organisation de Libération de Palestine) avait permis de légitimer le combat mené par Yasser Arafat. Celui-ci avait ainsi tenu un discours devant l’Assemblée générale de l’ONU. Cela n’avait pas plu aux Etats-Unis et à Israël dont les représentants avaient quitté la salle mais l’organisation n’avait pas plié face aux deux puissances.

Dans le cas Syrien, on a par contre l’impression que l’ONU ne veut pas contrarier la Russie. Aujourd’hui c’est probablement ce qui lui est le plus reproché. Dans la mesure où elle est incapable de mener une véritable opération, on aurait souhaité que l’organisation prenne position de manière plus symbolique. Une déclaration n’aurait certes probablement rien changé à la situation mais aurait au moins démontré un certain intérêt de la part de la communauté internationale.

Se pose alors la question du futur de l’ONU. Peut-elle se remettre d’une telle crise humanitaire après que sa légitimité et son influence quasi-nulles aient été mis sous le feu des projecteurs ?