Sorbonne – Ilke Solakoglu “Le Collège de droit se dirige vers des pratiques ni légitimes, ni légales”

INTERVIEW █ Dans le cadre des élections de l’Ecole de Droit de la Sorbonne, nous interrogeons aujourd’hui Ilke Solakoglu, vous êtes tête de liste pour “UNEF, Associations et doctorants“. Est-ce que vous pourriez vous présenter brièvement ?

Je suis étudiant en L3 Droit international et européen. Après avoir été élu titulaire au Conseil de l’UFR 26 entre 2014 et 2015, j’ai accepté de faire partie de la liste de l’UNEF pour les élections à l’Ecole de droit de cette année.

Vous connaissez donc déjà l’UFR de droit. Mais celui-ci a subi, depuis votre passage, une profonde transformation, à savoir la création de l’Ecole de droit de la Sorbonne. Quelle est votre position sur cette évolution ? 

L’UNEF a toujours émis de très importantes réserves vis-à-vis la création de cet UFR unique en pointant du doigt les problèmes administratifs et de moyens que cette fusion susciterait. 

Nous étions effectivement opposés à la création de l’UFR unique, mais elle existe aujourd’hui. Il s’agit désormais d’agir au sein de cette structure et œuvrer pour l’améliorer. Il s’avère que certains des problèmes pointés initialement du doigt se sont substitués au lendemain de la fusion. 

La fusion a fourni un cadre, une étiquette en terme de prestige et de renommée à l’étranger notamment, mais sans mettre fin aux erreurs. Tous les étudiants peuvent témoigner de la perfectibilité du bon fonctionnement de l’administration au sein de l’UFR. 

Avec le soutien des élus de la Fédé et de l’UNI, un nouveau projet de réforme de la licence de droit a été voté il y a quelques semaines en Conseil. Il vise à mettre en place un Collège de droit ayant pour but de réunir les meilleurs étudiants dans une filière d’approfondissement. Quelle est la position de l’UNEF sur ce Collège de droit ?

Il est toujours bienvenue que l’UFR oeuvre pour améliorer la réussite au sein des étudiants de manière à concurrencer les grandes écoles. 

Néanmoins, il y a de nombreux problèmes au sein de ce projet qui tendent à aller vers des pratiques de sélection, ni légales ni légitimes pour favoriser la réussite des étudiants de l’Enseignement supérieur. 

La réforme telle qu’elle nous est présentée dépend également de l’octroi de moyens supplémentaires à l’UFR ce qui ne semble pas être le cas ici. Si l’on créé de nouveaux organismes sans appui financier réel, ces projets ne seront que des étiquettes. Ce sera joli, mais ça n’améliorera pas la réussite des étudiants. 

Quelles sont les trois grandes propositions de la liste “UNEF, Associations et Doctorants” pour cette élection ?

Nous revendiquons un ensemble de mesures : D’abord, faire du Conseil de l’Ecole de Droit un acteur qui revendique plus de moyens pour garantir l’amélioration des conditions d’étude des étudiants, ce qui se traduirait notamment par l’impression de tous les polycopiés au sein de tous les groupes de travaux dirigés, ce qui n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui.

Ensuite, sur le plan de la pédagogie, nous revendiquons la “règle du max” déjà mise en place à Nanterre. La règle est simple, en l’état actuel : la session de rattrapage consiste à remplacer la note obtenue à l’examen par la note obtenu en Rattrapages. Nous proposons de favoriser la note la plus élevée plutôt que la plus récente. L’UFR n’a pas compétence en soit pour prendre cette règle mais peut agir en ce sens. 

Enfin, une revendication majeure de notre liste concerne le milieu des doctorants : d’après une enquête organisée par le Collectif de doctorants mobilisés pour l’Université, 76% des doctorants ne sont pas rémunérés pour la correction des copies. On retrouve des pourcentages similaires pour la surveillance des partiels et l’encadrement des stages. Nous voulons ainsi une juste rémunération des doctorants pour l’ensemble de leurs engagements. 

Depuis quelques années, l’UNEF à Paris 1 ne cesse de décroître en termes de suffrages. Si votre nombre de siège ne se réduit pas significativement, la Fédé Paris 1 a tout de même décrocher le deuxième siège de VPE après les derniers centraux. Dans le cadre de cette élection à l’EDS, l’opportunité d’une majorité de sièges UNEF est-elle envisageable ?

C’est une démarche simplificatrice de résumer l’engagement de l’UNEF à une question de sièges. Depuis des années, l’UNEF oeuvre pour améliorer les conditions d’étude au sein de l’Université tant sur le plan de la résolution individuelle des problèmes des étudiants que pour l’octroi de moyens supplémentaires à l’Université. 

En ce qui concerne le scrutin actuel, il ne me revient pas d’établir des sondages : quel que soit le résultat, nos élus sortis du scrutin œuvreront activement pour défendre les étudiants au sein du Conseil tandis que nos militants continueront à les aider au quotidien, notamment au niveau des inscriptions dérogatoires à l’Université.

Dans un contexte où le prochain gouvernement procédera probablement à des diminutions dans le budget accordé à l’Enseignement Supérieur, le syndicat sera mobilisé tant au niveau local que national à défendre les acquis des étudiants. 

Dans une interview récente le Responsable de la section UNI à Paris 1 déclarait que certains courants de l’UNEF pouvaient apparaître comme antagonistes. Qu’en pensez-vous ?

Je ne considère pas à titre personnel que l’UNEF est divisé en courants antagonistes. Chaque tendance fait partie de l’organisation du syndicat, leur confrontation permet d’obtenir une ligne réellement représentative. Le jeu des tendances n’est pas un obstacle au fonctionnement de l’UNEF, il est un atout démocratique. 

Pour la dernière question avez vous un message à adresser aux étudiants ? 

J’invite tous les étudiants à aller voter pendant les deux jours de scrutin. Plus ils participeront, plus les élus étudiants au sein du Conseil seront légitimes à parler en leur nom et à défendre des revendications qui leurs correspondent le mieux.