Jacqueline Sauvage ou le poids des silences!

L’utilisation de la grâce présidentielle peut paraître anachronique, François Hollande l’ayant même considérée, en 2012, comme étant une « autre conception du pouvoir ».  Il est essentiel de différencier la grâce de l’amnistie. Alors que l’amnistie s’apparente à un oubli total de l’acte incriminé, effaçant même la peine du casier judiciaire, la grâce présidentielle conduit plutôt à un pardon. Dans cette affaire, on n’oublie pas ce que Jacqueline Sauvage a fait, elle est “pardonnée” pour son acte qui fait suite à des années de silence de sa part et de son entourage.

Le débat autour des quarante-sept ans de silence 

Jacqueline Sauvage a passé quarante-sept longues années avec son mari violent. Alors, pourquoi a-t-elle mis sous silence toute cette horreur ? Ce point majeur suscite doutes et interrogations : pourquoi Jacqueline Sauvage n’a-t-elle jamais porté plainte ? Pourquoi ne s’est-elle pas enfuie avec ses enfants ?

Outre la problématique de la légitime défense, durant le procès, ses enfants ont invoqué l’espoir que « la situation s’améliorerait », ce qui n’a jamais été le cas.

Tout d’abord, son fils s’est suicidé la veille du meurtre de son mari et Jacqueline Sauvage n’a appris que pendant sa garde à vue que son fils s’était donné la mort. Elle n’avait donc aucune connaissance du suicide de son fils au moment du meurtre de son mari et il est important de le rappeler car beaucoup utilisent cet argument à tort.

De plus, ces années de silence sont à placer dans un contexte social différent du nôtre, où les violences conjugales étaient encore plus taboues qu’elles ne le sont aujourd’hui dans la société. Ainsi, bien que les aides à disposition des femmes ne soient pas idéales actuellement, la situation était encore plus difficile à son époque : manque d’information,  manque de structures existantes pour venir en aide aux femmes battues (comme les associations déjà existantes).

D’autant plus que la protection juridique des femmes victimes de violence de leur mari était beaucoup moins importante que leur état actuel.

La crainte d’une vengeance de la part de son mari apparaît donc comme un facteur expliquant le silence, un silence face aux violences conjugales qui reste encore un problème d’actualité.

Une victime tous les trois jours : l’importance de ne plus rester silencieux

Non, ceci n’est pas une erreur !

Selon les derniers chiffres parus sur le sujet en 2013, 129 femmes environ meurent sous les coups de leur compagnon ou de leur mari. Ce chiffre est accablant car, à l’heure où l’on prône une égalité des sexes, celle-ci ne semble pas du tout effective et encore moins dans le cas des violences conjugales (environ 29 hommes par an meurent de violences conjugales ; notons toutefois que ce chiffre est à nuancer car la moitié du nombre des morts est dû à une réaction de leurs femmes donnant suite à des situations de violences conjugales).

Ce constat est grave et ce sujet qui a trop longtemps était délaissé doit revenir au centre des attentions désormais grâce à l’affaire Jacqueline Sauvage. Il y a certes une inflation législative en faveur de la protection des femmes violentées mais, dans la réalité, la situation demeure très compliquée. Sous l’emprise psychologique d’un homme, il est très difficile pour les femmes seules d’agir et surtout d’en sortir. En effet, il est possible d’estimer que seulement 16% des femmes victimes de violences au sein du couple déposent une plainte.


Ainsi, chacun de nous doit être attentif et ne pas rester passif face à ce type de situation. Cela peut passer par le constat d’hématomes sur une personne que l’on croise, le bruit des disputes des voisins du dessus ou par les larmes qui coulent sur un visage familier. Nous ne pouvons et ne devons jamais rester silencieux car, alors, nous serions complices du calvaire que vivent ces femmes au quotidien.

Certes, les moyens d’actions à disposition des femmes battues ont évolué, même si des lacunes persistent. Le fait est que la mission qui nous incombe à tous est importante, et même vitale pour les femmes battues : elle consiste à aider les femmes à briser le silence pour éviter d’arriver à des situations dramatiques.

Un silence pesant conduisant trop souvent à des actes de dernier recours face à la barbarie meurtrière de leur mari car si Jacqueline Sauvage a été graciée, d’autres femmes comme Béatrice Marion restent encore emprisonnées, attendant qu’une justice soit faite.

NB : Pour plus d’informations, il est possible de consulter le site suivant : http://stop-violences-femmes.gouv.fr/