José Mujica : L’homme symbole d’un continent

¿Qué es lo que le llama la atención al mundo? ¿Qué vivo con poca cosa, una casa simple, que ando en un autito viejo, esas son las novedades? Entonces este mundo está loco porque le sorprende lo normal.

José Mujica

José Mujica, le président « le plus pauvre du monde », est surtout connu pour la sobriété de son mode de vie, ses prises de position contre le consumérisme et un idéalisme assumé. Au fur et à mesure, il se fait connaître mondialement et gagne cette aura de politique idéal, d’homme intègre, respectueux et modeste. Les gens découvrent avec « Pepe » Mujica l’exercice normal et correct de la fonction présidentielle, en contradiction totale avec le comportement de la plupart des dirigeants.

Mais l’histoire de l’ex-président de l’Uruguay ne se résume pas à la façon dont il a mené le pays, sa vie est intéressante en ce qu’elle reflète une bonne partie des grandes problématiques sociales, politiques et économiques de l’Amérique Latine.

Mujica : de révolutionnaire à Président

Dans les années 70 Mujica intègre les Tupamaros, une organisation politique de gauche révolutionnaire qui se voit forcée d’entrer en clandestinité durant la dictature militaire en Uruguay.

Le Mouvement de Libération Nationale – Tupamaros s’inscrit dans la dynamique révolutionnaire initiée par Fidel Castro, Ernesto Guevara et Camilo Cienfuegos à Cuba. Tout au long des années 60 , 70, 80, se formaient des gouvernements de gauche dans toute l’Amérique Latine, qui étaient aussitôt renversés et remplacés par des dictatures militaires d’extrême-droite soutenues plus ou moins directement par les États-Unis (Pinochet au Chili, Videla en Argentine, Stroessner au Paraguay, Bordaberry en Uruguay, Velasco Alvarado au Pérou, …).

Afin de lutter contre le terrorisme d’État s’organisent donc des mouvements guérilleros en Colombie avec les FARC, au Mexique avec les Forces de Libération Nationale, au Chili avec le MIR, … En Uruguay c’est le MLN – Tupamaros qui organise la guérilla urbaine, à laquelle participe Jose Mujica. Il se fait arrêter en 1973 et ne sortira de prison qu’en 1985, une fois la dictature terminée.

Dès son retour en liberté, il entre dans la politique conventionnelle et fonde le Mouvement de Participation Populaire au sein du Frente Amplio (grande coalition rassemblant une grande partie de la gauche uruguayenne). Mujica est élu député, puis sénateur et en 2005 il est nommé ministre de l’Agriculture, après que le Frente Amplio remporte les élections pour la première fois depuis la fin de la dictature. En entrant au gouvernement, Mujica se fait connaître et séduit la majorité des citoyens par son franc-parler et ses traits d’esprit. Sa popularité croissante le propulse à la tête du Frente Amplio comme candidat principal aux élections présidentielles qu’il remporte en 2009.

L’intégration de cet ex-guérillero dans la politique formelle et dans les institutions est particulièrement intéressante puisqu’elle entre en résonance avec l’actualité. En effet, alors que des représentants des FARC et du gouvernement colombien vont se réunir à Cuba dans le cadre du processus de paix, on arrive à se demander quel est le futur de ces guérilleros. Certes les mouvements révolutionnaires différent les uns des autres quant à la violence employée, à la perception qu’en ont les citoyens et à la légitimité de leur combat.Le Sentier Lumineux n’a rien à voir avec les Tupamaros et on ne peut pas mettre les FARC au même niveau que la Ligue Communiste 23 Septembre. Cependant, lors de la guerre Froide, le rôle des guérillas dans la lutte pour l’autodétermination des pays d’Amérique Latine et contre l’interventionnisme des États-Unis est fondamental. Ces mouvements révolutionnaires ont fomenté une solidarité latino-américaine, une barrière idéologique à l’impérialisme des États-Unis qui ont perdu de plus en plus d’influence sur leur « backyard ».

Ainsi, la question du futur des groupes guérilleros reste ouverte et complexe. Il semble que les FARC veuillent rendre les armes et entrer dans la politique conventionnelle, comme l’ont fait le FMLN au Salvador, les sandinistes au Nicaragua ou les Tupamaros en Uruguay. Au contraire, ça n’a pas l’air d’être le cas pour les zapatistes au Mexique.

La politique uruguayenne, reflet des problématiques latino-américaines

José Mujica s’est aussi illustré par un programme gouvernemental progressiste avec la légalisation de l’avortement, du mariage homosexuel et la légalisation de la consommation de cannabis ainsi que sa production et distribution sous l’autorité de l’État.

Concernant le cannabis, les nouvelles lois sont justifiées comme moyen de lutte contre le narcotrafic ; le but étant de s’attaquer aux cartels directement à la source, autrement dit à la production et distribution, plutôt qu’aux consommateurs. Dans une interview de CNN, José Mujica s’explique en disant qu’il « existe un marché clandestin qui dirige le narcotrafic, et que nous avons réalisé que le grave problème c’est la narcotrafic, pas le cannabis ». Cette mesure du gouvernement uruguayen s’oppose complètement à la « guerre contre la drogue » des États-Unis – une politique ayant pour but l’éradication totale des drogues avec pour moyens la prohibition de celles-ci et une forte répression – qui a montré ses limites.

La lutte contre les cartels et les différentes façons de la mener sont une grande problématique latino-américaine dans laquelle les États-Unis jouent un rôle majeur. Que ce soit au Mexique, en Colombie ou au Pérou, par des aides économiques ou militaires, l’interventionnisme nord-américain dans le conflit avec les narcotrafiquants est un fait majeur sur lequel les pays d’Amérique Latine doivent débattre. La question n’est pas de rejeter en bloc ou d’accepter bêtement cette « aide » mais redéfinir les conditions dans lesquelles elle s’exerce.

Quant à la légalisation de l’avortement ou du mariage homosexuel, le fait qu’elles aient été le fruit d’un débat politique formel révèle une prise de conscience par le gouvernement et les politiciens des réelles revendications citoyennes. Les citoyens des pays latino-américains ont une influence grandissante sur leurs dirigeants, qui sont plus contraints qu’avant d’écouter leurs demandes voire d’y accéder, comme en Uruguay. La classe politique n’est plus aussi intouchable, comme le démontre le retentissement d’événements tels que les 43 d’Ayotzinapa au Mexique, les manifestations contre la réforme de l’éducation au Chili ou encore l’affaire Petrobras au Brésil.

Finalement, la vie de José Mujica est emblématique d’une grande partie de la société latino-américaine. Son passé de guérillero, l’emprisonnement par le régime dictatorial, ses convictions politiques mais aussi la façon dont il est perçu et la popularité dont il jouit sont autant d’éléments qui font de ce vieil homme le reflet de beaucoup des aspirations, des préoccupations mais aussi des contradictions des populations d’Amérique du Sud.

 


Sources et bibliographie :

Guérillas :

José Mujica :

Etats-Unis et Amérique Latine :

La “guerre contre les drogues” :