La guerre des élections : Trump, un nouvel espoir?10 min read

Catégories Amérique du Nord, Contributions, International

Donald Trump est actuellement l’un des hommes les plus détestés de notre planète. Raillé constamment par les démocrates et une certaine partie des européens, il a très tôt dans sa campagne été lâché par les grandes figures du parti républicain.

Il est vu par une majorité comme un homme controversé, caricature de l’homme d’affaires mégalomane et antipathique. Cela fait partie intégrante de son personnage, et explique aussi bien son rejet que son succès auprès des américains.

Si l’on veut être capable de déterminer si Donald Trump est le candidat adéquat pour raviver la flamme du peuple américain, il faut passer outre les critiques liées à sa personne, et s’intéresser à son parcours mais également à son programme.

Un « self made man » à l’américaine

M. Trump est une personnalité hautement médiatisée aux Etats-Unis depuis plusieurs décennies. Riche héritier d’un père ayant construit sa fortune dans l’immobilier, il reprend le flambeau et étend son empire en construisant des hôtels & des casinos. Il aura même sa propre émission de télé réalité avec le célèbre show « The Apprentice », qui a considérablement contribué à augmenter sa popularité aux Etats-Unis.

Là où l’histoire de l’homme d’affaires New-Yorkais est intéressante, ce ne sont pas dans ses réussites mais plutôt dans ses échecs. En effet la réussite « à l’américaine » ne se base pas uniquement sur le succès mais aussi sur les défaites, sur lesquelles on s’appuie pour mieux rebondir. Donald Trump est un fruit de cette tradition américaine, lui qui a su sortir la tête de son entreprise de l’eau alors qu’elle était au bord du gouffre. Dès lors, sa candidature obtient une certaine crédibilité puisqu’il apparaît grâce à cette expérience comme le mieux placé pour relever le pays, en voie de déclin selon une partie de la population.

Apparaissant comme un homme riche à qui tout a réussi, il s’avère qu’il a connu de nombreuses faillites (six pour être précis) notamment en 1991 avec un endettement à plus de 3 milliards de dollars qui l’obligea à vendre une partie de son patrimoine pour se renflouer.

Son expérience dans le paysage médiatique américain ainsi que son histoire personnelle font donc de lui l’homme qui a réussi en toutes conditions. En somme, Donald Trump est donc un vrai combattant, un « gagnant » comme il le dit lui-même. C’est le succès, mais aussi l’adversité dont il a fait preuve face aux épreuves qui a réellement séduit le peuple américain, qui voit en lui le dernier sauveur possible d’une Amérique vouée à la perdition.

Un indépendant au sein des républicains

Ce côté « self-made man » cher aux américains, depuis l’emblématique Rockefeller par exemple, s’est illustré également durant sa campagne. Trump s’est distingué des autres candidats républicains car il n’a jamais vraiment été affilié au parti de Lincoln, et a su apporter une voix divergente par rapport aux autres candidats républicains et leurs discours traditionnels qui ont lassé la base électorale du parti.

Contrairement à ses adversaires lors des primaires, il a financé sa campagne quasiment seul, très peu de dons lui ont été versés et il n’a reçu aucun argent des « super PACS », ces comités d’action politique qui pèsent généralement très lourd dans le financement des campagnes présidentielles aux Etats-Unis.

Il convient de noter qu’en mars 2016 il avait seulement dépensé 27,4 millions de dollars durant sa campagne contre 188,2 pour Clinton ou 120 millions pour Jeb Bush qui fut éliminé de la course aux primaires républicaines très rapidement. Il s’est toujours ouvertement moqué de ses adversaires ou des dirigeants actuels voire même du système tout entier, en jouant clairement la carte du populisme.  Cette stratégie novatrice lui a permis de gagner les primaires facilement contrairement à Clinton qui a lutté face au socialiste Bernie Sanders jusqu’aux derniers états.

Des soutiens parfois gênants mais stratégiques

Donald Trump est clairement soutenu par l’extrême droite américaine, il a le soutien du Tea Party, de « l’alt-right » et des partisans du complot très nombreux aux Etats-Unis. Plus grave encore, il est soutenu par le média officiel du Ku Klux Klan,  « The Crusader » et est soutenu par David Duke, l’un des suprématistes blancs les plus véhéments des Etats-Unis. Son manager de campagne n’est autre que Steve Bannon, directeur du journal Breitbart, média ultra-conservateur et ouvertement nationaliste.  

Il a donc le soutien d’un électorat qui rejette l’establishment actuel à l’extrême, qu’il accuse de ne pas assez se soucier de ses priorités au profit de l’intérêt des minorités et des migrants.

Paradoxalement il est aussi soutenu par les chrétiens conservateurs, alors qu’il n’a pourtant rien du « bon chrétien » traditionnel, après deux divorces, des insultes régulièrement proférées à la télévision et un comportement général constamment irrespectueux. Par des propositions très conservatrices, comme son opposition à l’avortement, ou la promotion de l’éducation religieuse au sein des familles, il a néanmoins réussi à rallier à lui cet électorat.

Trump sait aussi très bien que son discours ne peut attirer les minorités. Ses nombreuses remarques racistes, sa proposition de fermeture des frontières aux immigrés musulmans, ainsi que sa proposition consistant à expulser 6 millions d’immigrés clandestins le rendent très impopulaire chez cette partie de la population.  

Il n’en reste pas moins que les sondages le rapprochent dangereusement d’Hillary Clinton, un sondage de la Fox le donnait même vainqueur d’un point à une semaine des élections tandis que les autres le donnaient perdant de seulement quelques points. Une dynamique positive apparait donc, un momentum qui pourrait bien faire basculer la balance en sa faveur notamment depuis les derniers emails dévoilés par Wikileaks et l’entrée dans le jeu du FBI qui a rouvert (puis refermé) l’enquête sur ces derniers.

Un populisme intelligent

Qu’en est-il de l’essentiel de son programme ? Il apparait souvent comme flou, évoluant au gré de ses envies et de ses caprices pour se satisfaire mais aussi satisfaire la partie de la population qui le soutient.

Malgré les apparences, il existe quelques constantes chez Donald Trump qui peuvent apparaître comme pertinentes et qui paraissent plus crédibles que chez son adversaire démocrate. Il s’avère que Clinton est la candidate la plus détestée de l’histoire des Etats-Unis derrière…. Trump. Avec des chiffres d’impopularité records, plus encore pour le candidat républicain, un sondage de la chaine ABC et du Washington Post annonce que 60% de la population n’est pas favorable envers Clinton et « seulement » 58% pour Trump.

Trump est en premier lieu le défenseur d’un protectionnisme réclamé par les américains de tout bord, ces derniers se considérant « roulés » par la mondialisation. Il se veut aussi le candidat d’une Amérique isolationniste, fâchée de porter seule le poids des alliances sur son dos. Le principal crédo de la campagne du républicain est donc de « faire passer les Etats-Unis d’abord », et notamment de redonner un second souffle aux classes populaires blanches qui n’avancent plus depuis des dizaines d’années. Pour cette raison, Donald Trump apparaît bien comme le candidat du peuple.

Les constantes de sa politique étrangère commerciale apparaissent sur certains points pertinentes. En premier lieu il prône, contrairement à Clinton, un non interventionnisme (si ce n’est la destruction de Daesh qu’il compte effectuer sans troupes au sol) en évitant toutes les guerres superflues. Trump veut se servir de l’OTAN comme le bouclier des intérêts américains et non plus comme la lance de la démocratie et des valeurs américaines qui ne peuvent fonctionner partout et qui causent la plupart du temps plus de mal que de bien.

Ce constat et cette volonté de recentrer les moyens de production et les ressources énergétiques sur le pays partent du constat que le chômage est le résultat de la mondialisation et du libre-échange. L’écologie est un sujet que Trump ne prend pas au sérieux, lui qui considère que c’est une invention de la Chine afin de rendre l’économie Américaine moins compétitive.

Au niveau de la diplomatie, il souhaite un rapprochement avec la Russie aux dépens de l’Europe et de la Chine qui est selon lui l’une des causes de la crise qui règne au sein du pays. Il souhaite ainsi mettre fin aux accords de commerce avec celle-ci et plus largement mettre fin au libre-échange qui selon lui met à mal l’économie américaine. C’est une véritable guerre commerciale que Trump compte lancer : En appliquant des droits de douane très élevés sur l’importation de produit manufacturés, Trump veut doper l’industrie américaine et ramener l’emploi dans les anciennes villes désindustrialisées du nord, comme Detroit.

En revanche, la fin du libre-échange est largement soutenue par l’aile droite des conservateurs américains, mais aussi à gauche par Bernie Sanders, qu’il juge très défavorable pour l’économie du pays. Même Clinton s’est adaptée

« Make America great again »

La politique économique de Mr. Trump est assez proche de la doctrine républicaine, par une baisse d’impôt très importante, et notamment la mise en place d’un taux fixe profitant notamment aux plus riches même si ces baisses d’impôts concernent aussi les plus pauvres. Il propose aussi la mise en place de sanctions pénales à l’encontre des entreprises qui délocalisent et l’abrogation de l’Obamacare, réforme de santé de l’administration Obama, désastre économique selon lui.

Son crédo « Make America great again » parle aux américains les plus démunis et les moins soutenus par le gouvernement Obama ces dernières années. En effet, quand les démocrates concentrent leur politique essentiellement sur les minorités du pays notamment hispaniques et noires, ils oublient les populations blanches qui ont du mal à croire encore au rêve américain. A ces derniers, Donald Trump promet emploi, prospérité, et renouveau. Cet électorat lui fait confiance, lui qui a (presque) tout réussi dans sa vie professionnelle.

Il pioche ainsi ses voix à la base du peuple, chez les oubliés qui représentent tout de même 74% de l’électorat en 2012, un électorat qui ne se sent plus écouté, et nostalgique d’un temps passé mais révolu.

La base de son électorat n’a donc pas fait d’études supérieures, appartient aux classes populaires et s’en revendique. Cet électorat a peur de l’arrivée massive de migrants venant du Mexique mais aussi du reste du monde. Trump écoute ces personnes qui ne sont pas systématiquement racistes mais qui se sentent légitimement lésées par les anciens gouvernements et particulièrement celui d’Obama. Au premier président noir de l’histoire des Etats-Unis ils reprochent laxisme et faiblesse.

Imprévisible mais non dénuée de sens, la politique de Donald Trump est, à son image, controversée mais compréhensible, critiquable mais cohérente sur bien des aspects. Ainsi, il combat un ennemi qui est ici l’establishment américain, réel responsable de la crise politique qui sévit aux Etats-Unis.

Ses armes sont le doute, la peur, l’incohérence mais aussi une féroce volonté d’arriver à ses fins. En cela il pourrait être le président qu’une grande partie de l’Amérique attend, il doit cependant résister au « référendum anti-Trump » qui se dresse contre lui au profit de la candidate démocrate à un jour du scrutin.