De l’extérieur l’AGORAé a tout de l’épicerie du coin : grande baie vitrée à travers laquelle on aperçoit des étagères, porte automatique, caisse, etc…

Il est 19h un mercredi soir et je suis accueillie par Elie Sarfati, président de l’AGEP. Actuellement en année de césure entre sa deuxième et troisième année, cet étudiant de Paris II a lui décidé de se consacrer entièrement à l’épicerie solidaire.

L’AGORAE : Une idée innovante de l’AGEP

L’AGORAé est une idée innovante de l’AGEP, un réseau d’associations étudiantes développant différentes « missions ».

Elle n’est pas née du jour au lendemain mais est le fruit d’une longue évolution : tout commence par un triste constat en 2012, lorsqu’une étude montre qu’un étudiant sur dix se considère comme étant en situation de précarité.

Une situation déplorable qui n’a d’ailleurs pas évolué depuis mais qui au contraire s’est presque normalisée : en 2014 le coût de la rentrée augmente de 1,5% tandis que parallèlement les bourses sont revalorisées de seulement 0,7%. Ainsi naît le projet d’une épicerie destinée aux étudiants ayant du mal à subvenir à leurs besoins en leur proposant des produits du quotidien à des prix bien inférieurs à ceux du marché.

Le projet d’une épicerie solidaire, lauréat du label “La France s’engage”

Il y a cinq ans, le projet d’une épicerie solidaire étudiante devient le lauréat de « La France s’engage », un label qui récompense les projets les plus innovants au service de la société.

Initié par François Hollande et porté par le Ministre Patrick Kanner, le label donne accès à un soutien économique, à des partenaires, à un accompagnement permettant aux étudiants participants d’élargir leur réseau et de gagner en visibilité. Avoir été lauréat d’un tel label présente un énorme avantage pour l’AGORAé : c’est un certificat, un gage d’assurance de la qualité du projet, désormais présent au niveau national, dans trois des plus grandes universités parisiennes Paris I, Paris V et Paris VII.

Un local dans le XIIIème arrondissement et un loyer allégé 

Entre 2013 et 2014 le local est trouvé, il se situe au 3 allée Paris-Ivry, à deux pas de la Bibliothèque François Mitterrand et de l’Université Paris Diderot. Le terrain appartient à la SNCF et il est occupé par la Mairie de Paris qui loue le local de 120m² à l’AGEP pour la somme de 10 000€ par an.

L’AGORAé, de l’intérieur

La somme est considérable pour un organisme étudiant et c’est là qu’interviennent les dons des différents acteurs à la fois publics et privés tels la Mairie de Paris, la Fondation Monoprix, la Fondation Massif et bien d’autres encore qui vont, grâce à leur soutien, aider le projet à prendre plus d’ampleur.

En mars 2016, le local accueille sa toute première bénéficiaire. Aujourd’hui ils sont environ une dizaine d’étudiants à venir régulièrement faire leurs courses pour la somme de 18 euros par mois.

Le montant paraît limité à première vue mais il permet en réalité d’avoir largement assez : à 0,16 centimes le kilo de pâtes ou encore 0,20 centimes le tube de dentifrice il y a de quoi tenir. Une étude menée par le Figaro.fr en 2009 démontre qu’un étudiant français dépenserait en moyenne 134 euros par mois pour son alimentation.

Comment bénéficier des prix de l’épicerie solidaire ?

Pour bénéficier des prix de l’AGOAé, la personne doit envoyer un dossier qui sera par la suite étudié par le Crous, qui participe ainsi au projet en donnant son expertise dans le tris des dossiers de candidature en se basant sur la situation financière de la personne.

L’AGOARé n’étant pas (encore) très connue auprès de la communauté étudiante, les bénéficiaires ne sont pas très nombreux mais les locaux restent tout de même ouverts quatre heures par jour de 16h à 20h sauf cas exceptionnel. « On espère d’ici trois ans atteindre les 150 bénéficiaires » confie Elie, «  en attendant on fait valoir nos besoins au maximum auprès des acteurs publics : on leur fait un état des lieux, on voit avec eux comment ils peuvent nous accompagner ».

Afin de faire tourner cette petite entreprise gérée les membres de l’association, les bénévoles sont également les bienvenus. La formation pour apprendre à utiliser les logiciels ou encore gérer les stocks est faite principalement par le Réseau des Epiciers Solidaires.

L’AGORAé n’est pas qu’une épicerie solidaire, elle accompagne aussi les étudiants

Mis à part l’épicerie, le local est en réalité un véritable lieu de vie étudiant: on y trouve une kitchenette, un coin lecture avec un canapé, un piano, une bibliothèque, etc. En effet, l’idée derrière l’AGORAé n’est pas seulement de combattre la précarité étudiante mais faire bénéficier les participants d’un véritable réseau.

Comme le dit Elie « on est un intermédiaire entre eux et les institutions, pas pour faire un blocage pour montrer notre mécontentement mais en suivant la logique suivante : on donne des capacités, on représente des étudiants auprès de l’enseignement supérieur et pas seulement. On sait de première main qu’elles sont les galères quotidiennes vu qu’on est nous mêmes étudiants ».

L’AGORAé suit donc un mouvement de démocratisation de l’enseignement supérieur, qui se devrait être accessible quelques soient les ressources de la personne. Le local est aussi dédié à la santé de l’étudiant : l’AGORAé participe à la prévention de certaines maladies avec par exemple des flyers et autres plaquettes d’information sur différents sujets tels les maladies sexuellement transmissibles, la sécurité routière, etc… Mais l’un des buts principaux est aussi la lutte contre l’isolement, un phénomène très courant notamment chez les étudiants salariés.

Le lieu propose également une bibliothèque participative : la personne apporte un livre et peut alors prendre l’un de ceux qui se trouvent sur les étagères dans le cadre d’un projet de promotion culturelle. Mais l’AGORAé peut également accueillir des associations étudiantes souhaitant bénéficier quelques heures d’un local avec wifi gratuit, projecteur, ordinateur, enceinte, etc… « Notre but c’est continuer à faire tourner l’AGORAé, obtenir un maximum de subventions et essayer de vraiment avoir un impact sur la communauté étudiante, améliorer les choses » : c’est plein d’ambition qu’Elie et tous les bénévoles du projet participent à ce mouvement d’innovation sociale et par leurs actions ce sont des étudiants comme eux qui transforment lentement mais surement notre quotidien à tous.