Laos : “Le procès était une farce. Les conclusions étaient déjà écrites.”

Natacha Ach et Marouane Fassi sont deux voyageurs audacieux ! Après un an d’échange en Espagne, ils ont rejoint cette année les rives de l’Asie du Sud-Est pour un véritable périple autour du Monde. Ils nous livrent leurs opinions, témoignages et analyses sur le droit au-delà des frontières de l’Occident. █ ANALYSE

Non loin de la frontière thaïlandaise, dans la ville de Vientiane existe une prison réservée aux étrangers, la prison de Phontong. Résultat de recherche d'images pour "vientiane carte"C’est dans cette prison qu’ont été détenus deux journalistes européens qui sont venus enquêter sur la situation de la minorité Hmong.

Le triste destin des Hmong. Par Johanna Durget

En effet, le 4 juin 2003, Thierry Falise, journaliste belge et collaborateur régulier de l’hebdomadaire français L’Express, et Vincent Reynaud, cameraman français, ont été arrêtés dans la province de Xieng Khuang (nord-est de Vientiane) en compagnie du Révérend Naw Karl Mua, un citoyen nord-américain d’origine Hmong, et de quatre Laotiens.

La lourde condamnation d’une justice partiale

Le 30 juin 2003, ils ont été condamnés à quinze ans de prison par les autorités laotiennes pour “entrave à l’exercice du pouvoir”. D’après le journaliste belge, M. Thierry Falise: «Le procès était une farce et lorsque le moment est venu de lire les conclusions des condamnations… c’était un texte de cinq ou six pages, tapé à la machine; Nous n’avons eu que 15 minutes de pause avant cela, donc il est évident que ce texte a été préparé à l’avance».

Une centaine de prisonniers politiques et de droit commun, dont une quinzaine de femmes, sont enfermés à Phongtong. Les mauvais traitements font partie du quotidien de la prison. Parmi les traitements infligés aux détenus il y a notamment une torture où les détenus devaient supporter un carcan de bois fixé à leurs pieds, parfois pendant plusieurs jours. D’autres ont parlé de séances de passage à tabac, de privation de nourriture, de fenêtres bouchées pour maintenir les cellules dans l’obscurité.

Les guides des deux journalistes, Thor Mua et Pa Phue Kang condamnés en même temps qu’eux à 12 et à 15 ans de prison.

Le 9 juillet 2003, ils ont été libérés en compagnie de leur interprète mais les Laotiens jugés en même temps qu’eux restent emprisonnés.

Un traitement différent des prisonniers en fonction de leurs origines… et de leurs couleurs de peau

Les ressortissants des Etats d’Afrique noire sont les détenus qui subissent les pires traitements. Au Laos, le racisme est très présent. Ces derniers ne bénéficient d’aucune aide consulaire, leur pays n’ayant généralement pas de représentation à Vientiane. Un homme togolais à Phontong en 2001 a été arrêté avec plusieurs personnes pour une escroquerie qu’il affirmait n’avoir pas commise. A leur arrivée à la prison, l’un de ses compagnons, un Libérien, a été roué de coups par les gardiens.

Ces derniers ont ensuite raconté qu’ils l’avaient emmené à l’hôpital et qu’il fallait de l’argent pour qu’il puisse être soigné. Ce n’est qu’au moment du procès que le jeune togolais a appris  que son compagnon était mort dès le premier jour.

Si les étrangers sont les plus nombreux (Africains, Thaïlandais, Chinois), des Laotiens appartenant à l’ethnie Hmong sont également enfermés à Phontong.

Des situations qui sont monnaies courante : La corruption carcérale quotidienne

Je peux également donner l’exemple d’un accusé de trafic d’héroïne et d’amphétamines, «Mister» Tanakon, un Sino-Birman d’une quarantaine d’années, a attendu pendant plus de dix-huit mois de passer en jugement. Son argent lui a permis d’aménager cette attente.

Il y a aussi un certain M. Somphone Khantisouk a disparu en janvier 2007. Il est propriétaire d’un centre d’écotourisme à Luang Namtha (nord du Laos) et il est connu pour voir fait des remarques contre les larges plantations de caoutchouc gérées par des compagnies chinoises. Il s’est plaint en disant que ces plantations allaient détruire l’écosystème de la région. Il a été arrêté par des ‘hommes en uniforme’. Les autorités n’ont lancé aucune enquête sur sa disparition.

Cette étude est faite pour attirer notre attention sur l’état des libertés au Laos où les médias restent complétement aux ordres des autorités. Une loi sur les média, attendue pendant des années, a été adoptée par l’assemblée nationale en juillet 2008. La loi n’a pas changée les mesures drastiques contre la liberté́ d’expression. Elle met l’accent sur les obligations des médias nationaux envers la République Démocratique Populaire Lao (RDPL). Elle demande aux journalistes «d’informer, de défendre la ligne du parti et les lois de l’Etat», et de se maintenir solidaire de la profession en «servant la politique du parti», et enfin elle interdit les journalistes de «critiquer et d’attaquer la RDPL». Dans son index recensant la liberté́ de la presse 2011/2012, Reporters Sans Frontières place la RDPL au rang de 165e sur 179 pays.