Le terrorisme tue moins que le chômage ou le cancer.5 min read

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Le terrorisme tue moins que le cancer ou que le chômage, c’est une réalité.

En effet, selon une étude très sérieuse du « National Safety Council » américain, dans le monde, un individu a :

  • 16% de chance de mourir d’une maladie cardiaque
  • 14% de chance de mourir d’un cancer
  • 4% de chance de mourir d’un infarctus.

Les chiffres pour la France

En France, en 2015, selon l’INSEE, il y a eu 600 000 morts. Sur ces 600 000 morts, Antoine Flahault qui est médecin et professeur de santé publique rappelle que la moitié de ces décès sont dus soit à un cancer (30%) soit à une maladie coronarienne (20% – infarctus du myocarde).

Dans la même année, on a compté six attentats terroristes sur le territoire français. Ceux-ci on fait 148 victimes.

D’un point de vue strictement statistique, vous aviez donc 0.03% de chance de mourir des mains d’un terroriste.

Dans le même temps, selon un rapport du Conseil Economique et Social reprenant une étude de l’Inserm de la même année, vous aviez entre 10 000 et 14 000 décès par an imputables au chômage.

En d’autres termes et selon ces statistiques claires, vous aviez 1000 fois plus de chances de mourir d’un cancer que d’un attentat terroriste et 80 fois plus de chances de mourir du chômage (qui rappelons-le, n’est pas une maladie mais une réalité socio-économique).

Les Français ont peur, mais la politique ne doit pas s’occuper des passions

De telles statistiques ne sont pas à prendre à la légère. Les Français peuvent considérer à juste titre que leur sécurité est un sujet important, c’est compréhensible.

Mais le personnel politique n’a pas toujours vocation à se plier aux passions éphémères. Son rôle est de diriger ainsi que de protéger la population.

Ainsi, il convient d’éviter un trop grand nombre de morts. Il faut alors lutter contre les causes des décès et en les érigeant en priorités nationales.

Terrorisme ou santé ? Il est possible de concilier les deux

Est-ce qu’il y a aujourd’hui une menace terroriste ? Oui. Mais cause-t-elle plus de victimes qu’un cancer ? Non.

Certains diront gentiment que ces statistiques sont fondées sur le principe actuel qui consiste à rendre le budget de la défense central. Hypothétiquement, si l’on réduisait le budget de la sécurité pour le mettre dans la santé, il y aurait moins de morts d’un côté et plus de l’autre.

J’y souscris volontiers, je pense que si nous supprimions totalement notre défense, nous perdrions bêtement notre souveraineté et ne serions pas en mesure d’exister.

Mais il existe un juste-milieu.

Le budget, pour la même année de 2015 au titre de la sécurité civile était de 40,1 milliards d’euros. En d’autres termes, la protection d’un citoyen en France, en 2015, revenait à 616€ / an.

En comparaison, en Allemagne, le budget pour la même année s’élevait à 34,3 milliards d’euros pour une population plus importante, soit 430€ / an et par citoyen.

Ces deux pays connaissent dans des proportions équivalentes la problématique terroriste mais leurs sécurités civiles respectives (c’est à dire les budgets alloués concurremment par le Ministère de la Défense et de l’Intérieur à la protection des citoyens) connaissent un différentiel de 30%.

Un budget et une politique de santé publique exemplaires mais qui peuvent être encore plus améliorés

En France, nous avons tendance à se reposer sur nos acquis. Puisque nous disposons d’un système de santé des plus performants au monde, inutile de le réformer et/ou de le renforcer.

De même, puisque les Français ont un besoin de sécurité, il leur faut avoir la sensation d’être protégés, peu importe si cela coûte (trop) cher.

Dans la même période de 2015, le budget de la santé était de 1,2 milliards d’euros. Si l’on ne prenait que ce chiffre, la réalité de la situation serait biaisée. Il faut aussi prendre en compte le système de sécurité sociale et le budget de 210 milliards d’euros de la branche maladie.

En 2015, un Français coûtait en termes de soin de santé 3250€ en moyenne.

Comprendre l’équation et la résoudre

Si l’on suit le raisonnement, pour 1€ versé dans la défense, il y a 8€ versés dans la santé. Mais ce n’est pas suffisant. D’une le différentiel entre les morts dues au terrorisme et celles dues aux maladies doit être plus importante ; de deux il est prouvé que nous pouvons faire de vraies économies sur notre défense.

Proportionnellement aux risques encourus, le système de santé n’est pas aussi performant que celui de la défense. Ce dernier budget est malheureusement gonflé ou sanctuarisé d’années en années pour répondre aux sentiments de peur.

Dans un pays qui vieillit et dans lequel il faut préserver l’augmentation de la population, il faut penser au long terme. Nous devons préparer un système de santé plus efficace, donc améliorer le différentiel. L’objectif, à l’horizon 2030 serait donc de baisser le budget de la défense au profit de celui de la sécurité sociale pour obtenir un rapport de 1 pour 15.

Le sujet est éminemment politique, il est fondamental et devrait être au cœur de nos préoccupations.

Le problème, ce n’est pas le terrorisme, c’est la santé à travers les maladies que l’on subit aujourd’hui et celles plus effrayantes (puisque inconnues) que nous subirons demain.

A l’avenir, à chaque fois qu’on vous parlera des victimes sur-médiatisées du terrorisme, pensez à celles invisibles du quotidien, qui sont des centaines de milliers de fois plus importantes.

Dites-vous que vous avez 100% de chances de mourir, et que dans 85% des cas c’est bien d’une maladie dont il s’agira et pas d’un barbu à machette. 

Etudiant parisien en droit, passionné de politique et d'actualité. Engagé en faveur des grandes causes du progrès.