L’économie bleue, un nouveau « capitalisme durable » ?7 min read

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Jean-Luc Mélenchon en a fait son cheval de bataille, l’économie bleue ou « économie de la mer » est aujourd’hui au centre de la réflexion sur l’avenir industriel et économique du pays. On vous en parle un peu plus aujourd’hui ! █ DÉCOUVERTE

Un mois après la fin du quatrième sommet mondial des océans qui a eu lieu à Bali, on peut s’interroger sur le nouveau concept qui vient d’émerger, celui d’économie bleue.

Après l’économie « rouge », qui représente le modèle économique actuel, l’économie « verte » et le développement durable, qui a pour inconvénient de nécessiter de lourds investissements, l’économie « bleue » est née.

Si notre planète a le surnom de « planète bleue », c’est parce qu’elle est constituée d’eau à 70%. L’économie bleue serait une économie qui réussirait à concilier l’environnement et notre mode de vie actuel, avec une visée sociale. Le capitalisme de demain ?

L’émergence d’un nouveau concept à visée sociale 

Si la nature est la clé de tous les remèdes, elle l’est aussi pour l’économie. L’économie bleue s’alimente de toutes les activités économiques menées en lien avec l’eau. Sa particularité est d’être axée sur un modèle social, que ce soit par l’entrepreneuriat qui favorise une réduction des pertes et des émissions de carbone, ou des productions à faible coût privilégiant un développement durable, des emplois et une croissance viables.

Quelles activités peut-on mener dans ce cadre ? Toutes les activités portuaires, la mariculture, l’aquaculture, l’écotourisme bleu, les bioproduits marins ou la biotechnologie.

Un seul objectif transparaît : réussir à concilier deux notions qui paraissent contradictoires, à savoir la préservation des ressources et la modération dans l’exploitation des littoraux et des pêcheries.

« L’idée de l’économie bleue, c’est de ne plus voir notre océan comme une menace à cause de la montée des eaux, mais plutôt comme une opportunité, un capital qu’on peut utiliser pour notre développement », avance Didier Dogley, le ministre de l’environnement des Seychelles.

L’économie bleue est alors vue comme une alternative à l’économie industrielle traditionnelle pour de nombreux pays.

Une source d’opportunité pour de nombreux pays

L’économie bleue est vécue comme source d’un nouveau dynamisme pour de nombreux pays. La CEA (Commission économique des Nation-Unis pour l’Afrique) a mis en place « l’agenda 2063 » où l’économie bleue est un des « objectifs et domaines prioritaires des dix prochaines années ». Son exploitation est considérée comme la première aspiration d’une « Afrique prospère » dont l’objectif est de repousser les frontières de l’Afrique et de Madagascar en développant une coopération dans le domaine maritime. Elle s’appuie par exemple sur le secteur halieutique malgache en pleine expansion avec 142 millions d’euros de recettes d’exportation l’année dernière.

Les grands gardiens de l’économie bleue sont les Seychelles qui se sont engagées à être pionnières dans ce domaine tout en responsabilisant les autres Etats insulaires.

En effet, ils fourmillent d’idées pour mettre en place ce nouveau mode de développement afin de préserver leur économie – tout autant que leur pays – des changements climatiques, dont ils sont les premières victimes.

L’innovation est leur mot d’ordre : ils ont ainsi obtenu, en 2016, le rachat de 20 millions d’euros de dette, grâce à l’entremise de The Nature Conservancy, en échange de la protection de 30% de leur territoire maritime. Ils sont aussi à l’origine d’un projet de surveillance radar très développé afin de se protéger contre les fraudeurs. Leur objectif : surveiller 400 000 kilomètres carrés d’océan

« Pour les Seychelles, l’une des plus petites économies du monde, cela reste significatif. De toute façon, pour surveiller 115 îles dispersées sur 1 200 kilomètres. Nous ne pourrons jamais quadriller tout notre océan. Les radars et les satellites sont notre meilleure arme. C’est là qu’il faudra investir. » affirme M. Jivan Shah, directeur de l’ONG Nature Seychelles.

On observe aussi de près l’initiative Global Fishing Watch, un projet lancé avec le soutien de Google avec le partenariat des Seychelles. L’idée est de rendre directement  accessibles les positions de 35 000 bateaux de pêche sur les cinq océans.

L’innovation comme mesure phare de l’économie bleue 

Les exemples qui développent l’usage des nouvelles technologies foisonnent : citons par exemple :

– Le futur complexe aquacole de Hao en Polynésie Française

– La collaboration entre l’Italie et la Tunisie dans le domaine de la transformation des produits aquatiques avec la biotechnologie marine vecteur d’innovation et de qualité (BioVecQ)

– La sécurité et la qualité des produits aquacoles avec son programme SecurAqua.

Et en France ?

La France a adopté en juin 2016 une loi sur « l’économie bleue ». En effet elle possède le deuxième espace maritime mondial grâce à ses outre-mer.

Améliorer la compétitivité des entreprises concernées, la simplification et la modernisation de l’ensemble du dispositif législatif concernant les activités maritimes, voilà les mesures phares de la loi. Rappelons que l’économie bleue a également besoin de milieux marins en « bonne santé » et résilients aux changements climatiques pour se développer.

La loi a enfin mis en place l’interdiction, au 1er janvier 2025, des rejets en mer des sédiments et résidus de dragages pollués au-delà d’un certain seuil. Toutefois elle est aussi en faveur de la compétitivité des exploitations maritimes et des ports de commerce. La loi prévoie par exemple l’exonération de certaines cotisations patronales de bateaux français, un soutien particulier à certaines pêches maritimes, ou encore un régime d’assurance adapté pour les installations d’énergie marines renouvelables et la mise en place d’une information sur l’origine des produits aquatiques alimentaires distribués.

Ainsi la législation tente de préserver l’environnement (même si aucun projet de long terme de préservation des écosystèmes marins et du littoral n’est proposé), tout en re-dynamisant l’économie maritime française. Le parfait exemple de l’économie bleue ?

Pour Antidia Citores, Responsable Campagnes et Lobbying de Surfrider Foundation Europe : « Ce projet de loi lance enfin la réflexion d’une codification des mesures concernant le monde maritime pour plus de lisibilité et de cohérence. Ainsi nous restons vigilants à ce que l’approche écosystémique du milieu marin et la préservation de l’océan en soit les leitmotivs. La mer est l’avenir de la terre ! ».

Une opportunité menacée

Cependant cette nouvelle économie est confrontée à de nombreux obstacles. La pêche illégale par exemple doit pouvoir être strictement enrayée pour éviter aux mesures nationales de devenir inefficaces. L’EFJ (Environnemental Justice Foundation) estime à 37% la capture totale de poissons par la pêche illégale en Afrique.

De plus les petits producteurs peuvent être dévalorisés par les nouvelles mesures : s’inscrire dans un registre ou aller pêcher dans des zones spécialisées, parfois très lointaines, implique un équipement de bonne qualité. Or cela n’est pas accessible à tout le monde.

Cette nouvelle économie favoriserait-elle encore une fois les grosses productions ?

En même temps cette économie bleue constitue une perspective sans précédent pour de nombreux pays. Elle allie les nouvelles technologies et un renouveau du processus industriel, tout en prenant en compte le changement climatique et la durabilité des ressources disponibles.


Pour aller plus loin :

La proposition de loi sur l’économie bleue définitivement adoptée, un article du journal LE MONDE en date du 7 juin 2016.

Les Seychelles organisent un sommet de l’économie bleue, un article de Seychelles News Agency

Pour préserver son économie bleue, Madagascar doit se renforcer au sein de l’Afrique, par Vivafrik en date du 8 février 2017.