Législatives 2017 – Année zéro pour la gauche ?10 min read

Catégories Comprendre, Contributions, Politique

À l’annonce du nouveau gouvernement d’Edouard Philippe, l’équipe d’Emmanuel Macron semble avoir choisi son bord. Il s’agira d’une orientation de centre, plus concrètement de droite. Le président de la République indique clairement sa conviction électorale : la gauche est exclue.

La composition du gouvernement comporte, d’après le journaliste Laurent de Boissieu, la classification suivante : cinq ministres de LREM (Castaner, Schiappa, Mahioubi, Goulard et Ferrand), trois LR (Philippe, Le Maire et Darmanin), deux Modem (Bayrou, Sarnez), deux socialistes (Le Drian, Ferrand), deux radicaux de gauche (Mézard, Girardin), un divers gauche écologiste (Hulot).

(Crédit : iPolitique, Blog Laurent de Boissieu)

Un gouvernement équilibré pour une meilleure image

Avec une parité respectée et une alliance avec les différents partis politiques, l’ambition d’Emmanuel Macron, qui était de dépasser les clivages, semble avoir été atteinte. Cependant, de la théorie à la pratique il y a une nuance. Les membres de la gauche, représentée par le PS et les radicaux, sont en réalité issus de la frange la plus à droite. Difficile donc de les perçevoir dans le parti qu’ils ont volontairement quitté. En effet, au lancement du mouvement En Marche, de nombreux membres issus du PS et même LR ont rejoint Emmanuel Macron, emportés par la vague du ras-le-bol traditionnel. Certains, parce qu’ils croyaient en sa nouveauté, pour d’autres, parce qu’Emmanuel Macron représentait une opportunité d’ascension dans le monde politique. À En Marche, la diversité des idéologies politiques, censée ressurgir des membres anciennement issus de leur parti respectif et dans lequel se vante le mouvement, n’existe plus. Désormais, La République En Marche appartient à une seule et même idéologie, le libéralisme.

Cette représentation cosmopolite est donc trompeuse. Mais elle répond à un objectif capital pour le président : l’obtention d’une majorité présidentielle dans le prochain Palais Bourbon. Emmanuel Macron est certes devenu président, mais il lui reste encore à conquérir l’Assemblée Nationale pour avoir la liberté d’action. Sans cette dernière, son rôle deviendrait second. Le pouvoir serait alors donné à l’hémicycle qui ferait figure d’opposition. Dans le cas contraire, le chef de l’État aurait les mains libres durant tout son quinquennat.

On peut dès lors distinguer que ce que redoute le nouveau président n’est pas une opposition à gauche, mais bien à droite. Il cherche ainsi à la déstabiliser, car elle garde encore quelques ressources au second tour des législatives avec le FN et l’UDI qui ne seront pas qualifiés partout en France. Alors qu’elle était pressentie comme la plus apte à endosser le rôle de l’opposition, un doute s’installe. Des dissensions, notamment avec les juppéistes, ont fait jour depuis la révélation du nouveau gouvernement qui met en avant des membres LR. Une partie de la droite se révèle favorable à une entente avec le nouveau président. Une position que renie François Baroin, nouveau leader LR depuis l’éviction de François Fillon, qui annonce l’exclusion de tous les membres LR qui iraient rejoindre En Marche. Mais cette menace suffira-t-elle à maintenir ses troupes ? Et surtout à maintenir l’idée d’une opposition face à Macron ?

Qu’en est-il de l’attrait d’Emmanuel Macron pour la gauche ?

Représentant plus d’1/4 des électeurs lors des élections présidentielles, si l’on additionne le score de la France Insoumise (20%) et du PS (6%), le bloc de gauche est le plus important des 3 autres camps (Macron, Le Pen, Fillon). Et pourtant, cette frange de la population est délaissée par Emmanuel Macron qui, plutôt que de se rapprocher vers une politique plus sociale, préfère maintenir son cap sur le libéralisme de la droite. Ce choix représente tout le pragmatisme de sa stratégie politique. Il cherche à orienter sa politique vers un électorat encore sûr et solide qui lui garantira un vote favorable. En ignorant la gauche, le chef de l’État signifie qu’elle n’est plus un problème à son orientation puisqu’il prévoit par là même sa future défaite. Et pour cause, elle vit actuellement de nombreux conflits internes et un affaiblissement sans précédent. La gauche semble se diriger elle-même vers sa perte.

(© Patrick Bernard / Bestimage)

L’attitude de Jean-Luc Mélenchon

Malgré la dynamique de la France Insoumise, qui laisse espérer un nouvel espoir pour la gauche, son porte-parole, Jean-Luc Mélenchon, refuse pour le moment tout accord avec d’autres partis qui, selon lui, pourraient nuire à l’image du mouvement. Ainsi, plutôt que de chercher un moyen d’élargir son électorat par des alliances et espérer une victoire massive aux législatives, il critique et répudie cette partie de la gauche, qui voudrait s’accaparer son électorat, qu’il juge incompatible avec ses attentes. L’échec des négociations avec le PC, par exemple, risque d’être un danger pour le mouvement de Mélenchon, ainsi que pour les partis traditionnels. En ce sens, c’est toute la gauche qui pourrait être perdante aux législatives. Et pourtant, la politique est aussi une affaire de compromis.

Certes, la FI a réalisé l’exploit de rassembler de nombreux électeurs de gauche aux présidentielles, au point d’en devenir le nouveau leader de la gauche, mais les législatives vont représenter un défi encore plus grand. En effet, elles ne se jouent pas au scrutin proportionnel mais majoritaire et nécessitent, dans ce genre de situation, de s’allier ou de disparaître. Puisqu’il faut pouvoir présenter 289 députés sur 577, unis et issus de l’opposition, pour que celle-ci puisse gouverner au détriment du président, l’alliance est de mise. C’est pourquoi, risquer des candidatures de gauches séparément est voué à l’échec. Un risque qui provoquerait des conséquences catastrophiques pour la survie de la gauche au sein de l’Assemblée Nationale. Or, elle semble être désormais la mieux placée pour pouvoir s’opposer à Emmanuel Macron. Le temps doit être à la renégociation entre les forces de gauche dans le but de bâtir une maison commune.

 

La gauche peut gagner les législatives

Non seulement il s’agit du bloc le plus important de la scène politique, mais en plus les forces de gauche revendiquent une politique commune. Si le score des gauches est plus faible qu’il n’a été autrefois, c’est aussi la première fois que l’ensemble des forces de gauche envisage de révolutionner les institutions avec une VIème République, de mener une transition écologique en réduisant voire, sur le long terme, en se séparant du nucléaire, et de changer de politique économique en se tournant vers plus de socialisme avec une meilleure répartition des impôts.

À cela, Emmanuel Macron ne crée pas d’adhésion sur son programme. En témoignent les manifestations massives qui ont eu lieu lors du quinquennat Hollande avec la loi Travail, adoptée le 6 juillet 2016 par 49-3, qui a vu une grande partie de la France désapprouver la perte de ses acquis sociaux. Un rejet qui se réaffirmera sûrement lors des prochaines ordonnances, visant à accentuer cette réforme, prévues durant l’été 2017. Son arrivée à l’Élysée est donc presque involontaire puisqu’il a profité de la faiblesse des deux partis majeurs (PS, LR) et du « vote utile » face à la menace du fascisme que représentait Marine Le Pen. Mal élu donc, avec un vote blanc et nul fort, ainsi qu’une abstention record qui s’élève à plus de 25% de l’électorat, du jamais vu depuis 1969 !

L’union des gauches est possible ! La preuve en est que lors de ce quinquennat plusieurs députés frondeurs issus du Front de gauche, des Verts, du PS se sont opposés contre certains textes et ont proposé des amendements ensemble. Pour qu’il y ait rassemblement il n’est pas nécessaire de signer une charte, ce qui représente une contrainte pour les partis, mais plutôt de se mettre d’accord sur les circonscriptions données et de signer un contrat gouvernemental fondé sur des principes communs.

L’histoire en est témoin. Ce n’est pas la première fois que la gauche s’est vue divisée puis recomposée pour mettre en place une politique commune. À plusieurs moments, le rassemblement des gauches a permis toutes les grandes avancées historiques de la gauche : le gouvernement du Front populaire (alliance des Radicaux et de la SFIO soutenus par le PCF), en 1936, qui a créé les congés payés et le droit à la protection contre les risques de la vie et du travail ; ou encore la Gauche plurielle (alliance PCF, PS, Verts, PRG, MC) entre 1997 et 2002 qui a réduit le temps de travail à 35h, relancé l’emploi des jeunes et créé le PACS.

Dans cette continuité, les législatives pourraient profiter à de nouveaux acquis sociaux majeurs. Mais au vu de la crise politique actuelle, qui n’était pas présente dans le passé, peut-on encore espérer voir cette alliance historique qui à chaque fois se fait tant attendre ? Il serait en tout cas tragique de comprendre que les seuls obstacles à cette union soient uniquement financiers ou stratégiques.

Sans cet accord, il y a de fortes chances pour que la future majorité législative soit partagée entre les candidats de LREM et de LR. Mais ce dernier, qui se considère comme la principale opposition, ne semble pas être fermement en désaccord avec le libéralisme que prône Emmanuel Macron. François Fillon, lui-même, disait qu’il existait quelques similarités dans son programme avec celui d’En Marche. Dans un cas comme celui-ci, on aurait alors une opposition en simulacre, à coup de « Je t’aime… moi non plus ».

Sans oublier qu’il reste encore la présence du FN, qui pourrait tirer son épingle du jeu. Son score au second tour des présidentielles est en effet très significatif, avec ses 10,6 millions d’électeurs. Alors qu’il ne présentait que deux députés lors du dernier quinquennat, les conditions actuelles pourraient bien profiter à près de 80 députés FN dans ce nouvel hémicycle. En se référant aux résultats par circonscription du premier tour des présidentielles, on recense 84 circonscriptions où Marine Le Pen a dépassé les 30%, le 23 avril. Dès lors, cette minorité FN pourrait devenir un poids clef dans la balance législative, profitant d’une main tendue du côté de la droite.

Si l’opposition souhaite se faire, il faut que celle-ci se fasse sous l’union des gauches

Emmanuel Macron semble être bien parti pour obtenir une majorité à l’assemblée nationale. Fort de sa stratégie qui bouleverse le champ politique et remet en cause les partis, de nombreux électeurs souhaitent voir à l’oeuvre celui qui n’a pas eu peur de taper dans la fourmilière. Une idée inimaginable pour les partis de gauche. Dès lors, plutôt que de commettre l’erreur d’une conquête personnelle, il vaut mieux savoir faire preuve d’humilité face aux épreuves, quitte à faire certains sacrifices. La France Insoumise, élue leader de la gauche, a maintenant  la responsabilité de rassembler les forces de gauche si elle veut honorer son titre.

Alors que pour Emmanuel Macron la gauche n’existe plus au point de ne plus l’appréhender, une victoire aux législatives serait l’occasion de lui prouver le contraire. La gauche n’est pas encore vaincue et peut espérer revenir sur de nouvelles bases.

Étudiant en Histoire - Paris 1 Sorbonne

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*