Un contexte très particulier 

Le référendum en Italie est la dernière étape d’un long processus modifiants les textes constitutionnels. En effet, la reforme Renzi-Boschi a déjà été approuvée au Parlement le 12 avril 2016 sous une formule tordue qui se traduirait par : « Réforme pour le dépassement du bicaméralisme parfait, la réduction du nombre des parlementaire et des coûts des institutions, la suppression du CNEL et la révision du titre V partie II de la Constitution »

Derrière ces mots se cache un passé constitutionnel très original. En effet, si ce titre peut sembler lourd, en vérité il résume les principales failles dans le système constitutionnel italien actuel. 

Sandro Pertini, l’un des pères fondateurs de la constitution et septième président de la République italienne, nous disait que « La Constitution est un bon document, mais c’est à nous d’empêcher que certains articles restent des mots morts, ancrés sur le papier ».

Un changement nécessaire

Nous sommes confronté aujourd’hui à un texte constitutionnel qui n’est plus adapté aux besoins de ses citoyens. Personnellement, je suis persuadée que la Constitution italienne soit l’une des plus belles chartes jamais écrite, pourtant je suis consciente qu’un changement est nécessaire.

Ce texte date de 1948 à un moment où le contexte historique est très particulier. L’Italie vient de sortir d’une des périodes les plus sombres de son histoire : le fascisme.
Les pères fondateurs se confrontent à un texte ambitieux et compliqué, les travaux sont périlleux sans doute, mais dans les esprits une chose est claire :  éviter que l’époque mussolinienne ne se reproduise. 

Les italiens sont très attachés à ce système mais ils en aperçoivent l’incompatibilité avec les réalités politiques d’aujourd’hui. Si nous regardons les trente dernières années, l’univers politique a connu différentes tentatives de réformes qui ont toujours faillies. Les exemples sont nombreux et les résultats toujours négatifs, que ce soit du fait de manque d’accord entre les parties ou du fait de la dissolutions de gouvernements. 

La classe politique est bien consciente qu’un changement est nécessaire depuis longtemps. Que Renzi nous plaise au pas, la réforme du Ministre Boschi est la première de l’histoire à avoir été approuvée. 

Une réforme plus que nécessaire 

La Constitution italienne prévoit ce qu’on appelle un bicaméralisme parfait. Cela veut dire que chaque texte de loi doit être approuvé et par le Parlement et par le Sénat. A défaut d’accord il existe une navette législative qui permet des modifications, mais qui entraîne un ralentissement du processus. L’idée de base était ainsi d’empêcher que l’une des chambres puisse avoir plus de pouvoir que l’autre, en évitant des dérives autoritaires. Cela était très à propos en 1948, mais sans doute anachronique en 2016.

On peut donc facilement comprendre qu’avec un fonctionnement pareille, l’Italie ait été confrontée à une lenteur inacceptable du processus législatif. Cela doit changer.

La réforme Renzi-Boschi, comme l’a dit Sandro Gozi, secrétaire aux affaires européennes du Gouvernement, concerne une thématique sur lequel « tous les partis politiques à un moment de l’histoire ont été d’accord » . 

Quelle impact pour la réforme ?

Ainsi, cette première modification permet de donner plus de compétences législatives au Parlement qui pourra seul décider de l’avenir d’une loi. Toutefois, certains textes resteront de compétences partagées. Par exemple les lois concernant les dispositions constitutionnelles ou encore les politiques de l’Union Européenne. 

Premier résultat attendu de cette réforme : un parlement plus efficace, plus rapide et plus adapté aux besoins des citoyens, qui s’occupera donc seul de l’approbation des lois  ordinaires. Le Sénat, lui, aura un rôle de médiateur entre les régions et l’État. 

Mais ce « dépassement du bicaméralisme parfait » signifie aussi la réduction des coûts du fonctionnement politique, devenu insoutenable en Italie. La réforme prévoit une réduction du nombre des sénateurs, qui actuellement s’élève à 315 et une modification de sa composition. En simplifiant, les futurs 100 sénateurs seront représentatifs des organes régionaux avec des compétences régionales et communales.

C’est, encore une fois, une réduction des coûts pour une amélioration du système. En effet,  le sénat italien est l’un des plus onéreux de l’Europe étant donné le nombre élevé de sénateurs y siégeant. Ainsi, sur un aspect quantitatif, la réduction des sénateurs signifiera la réduction des dépenses.

Si on se concentre maintenant sur l’aspect purement économique, la reforme Renzi-Boschi prévoit aussi une suppression du CNEL (Conseil National de l’Économie et du Travail) qui se présente aujourd’hui comme un organe fantôme à l’intérieur du système italien. Celui- ci avait autrefois une certaine compétence législative qui reste cependant quasiment inutilisée depuis des années. 

Un choix du peuple, par le peuple et pour le peuple

La critique majeure développée par les opposants à la réforme constitutionnelle a touché avant tout la personne de Matteo Renzi. Cette tendance à personnaliser les lois et les réformes est une mauvaise habitude qui a été intériorisée pendant les 20 ans de gouvernement Berlusconi. On en trouve des exemples en France aussi, mais comme d’habitude en Italie « tout prend des proportions extrêmes ». En effet, c’est une erreur de lier la confiance du Gouvernement à une seule loi ou réforme. Les personnes partent alors que les textes restent.

Ainsi, Renzi a certainement été imprudent de confondre le résultat du référendum avec la légitimité de son Gouvernement. Et il l’a compris. Mais on ne peut pas se servir de cet élément pour justifier un refus a priori à cette réforme. On ne demande pas aux italiens de dire s’ils aiment Renzi ou non, mais on les pousse à s’exprimer sur un sujet d’une importance majeure qui peut profondément modifier les politiques publiques  à venir. 

Désormais, il est nécessaire de comprendre que si la Constitution est un texte « sacré », il ne peut être pour autant modifié. 

Nous sortons de 20 ans de crise politique, et il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, il était plus courant d’entendre « Forza Silvio Berlusconi! » que l’hymne national.

Il faut aussi se rappeler de la déception de la gauche, incapable de donner une vraie alternative, des tentatives et des échecs politiques en tout genre, des scandales de corruption et de prostitution etc. 

L’Italie n’est pas la seule concernée

Pendant longtemps, l’Italie a été vu comme un pays à la dérive à cause de ces mauvais jeux politiques. Il est temps, désormais, d’apprendre de nos fautes et de ne plus jamais permettre à la démagogie de triompher. 

Nous sommes un élément fondamental de l’Europe, dans un moment ou celle-ci a particulièrement besoin de voir un de ses États fondateurs fort et décidé. Dire non à cette réforme signifierait laisser la situation aux mains de forces politiques démagogues et incompétentes, telles que  « Il Movimento Cinque Stelle ».

Les conséquences en Europe seraient catastrophiques. Après le Brexit, il est nécessaire de continuer sur le chemin de la construction européenne et pour faire cela, l’Italie doit prendre la forme d’un pays décidé et neuf. Ce référendum nous donne cette possibilité.