L’impasse européenne : Le souverainisme est une résignation

En 2005, une partie de la gauche qui se revendiquait du souverainisme – Mélenchon, Fabius, Buffet, alliée à l’extrême-droite de Philippe de Villiers et de Jean-Marie Le Pen avait refusé le Traité Constitutionnel. A 55%, les Français avaient rejeté ce texte d’inspiration libérale, et c’était sans doute une bonne chose.

Le Traité Constitutionnel de 2005 : Une double-imposture

Évoqué aujourd’hui, le Traité Constitutionnel est vu comme une trahison populaire. A travers Lisbonne, Nicolas Sarkozy a en effet détourné le “non” pour le changer en “oui”.
 
Mais entre 2005 et 2007, l’Histoire montre aussi avec justesse l’imposture que constituait le “non”. L’alliance d’antagonismes politiques en France ne pouvait permettre l’émergence d’une alternative. Une certaine gauche, minoritaire dans les esprits bien que majoritaire à dans les urnes à cette époque, n’a pas réussi à mobiliser. Après le suffrage, il aurait fallu convertir suffisamment de forces politiques pour construire une Europe sociale.

Après le Brexit, la situation est la même : l’Europe à l’heure du rétropédalage

Aujourd’hui, les mêmes nous demandent de nous retirer de l’Union Européenne ; bonne idée ! Ils nous invitent à re-considérer nos positions, modifier des Traités déjà ratifiés ; un sophisme ! 
On remarque une différence notable entre les suffrages en 2005 en France et en 2016 en Grande-Bretagne : Dans le premier cas, ce sont les précaires, les jeunes et les pauvres qui aspiraient au progrès qui ont voté contre l’Union Européenne. Dans le second, ce sont les vieux, les riches, les gros épargnants qui ont vote pour une sortie de la Grande-Bretagne. 

L’espoir a laissé place à la résignation, et la gauche souverainiste est empêtrée dans le marasme nationaliste

On constate donc qu’en dix ans, on est tristement passés de l’espoir à la résignation, de la nécessité d’une révolution européenne au constat amer d’un souverainisme qui n’a pas de sens à l’heure de la mondialisation. 
 
Des souverainismes aujourd’hui, c’est celui de Marine Le Pen, des Nicolas Dupont-Aignan et consorts qui triomphe sur celui plus social et vertueux de Jean-Luc Mélenchon ou  d’Arnaud Montebourg. Alors, on tente de jouer à la sémantique : A gauche, on est “patriotes”, on est “souverainistes”, alors qu’à droite, ils sont “nationalistes et xénophobes”. 
 
Peu importe le mot ici choisi. L’idée reste la même : Se résigner, ne pas trouver d’accord, et quitter le navire “Union Européenne” avant qu’il ne fasse naufrage. 

Entre Philippe de Villiers et François Hollande, il nous reste un champ des possibles

La France a existé avant l’Union Européenne. Elle n’existera plus si celle-ci disparaît. Face aux problématiques mondiales du climat, de l’économie, des droits humains ou encore des ressources premières, un pays, aussi important soit-il, ne peut s’en sortir seul. 
 
Lorsqu’il a le choix d’une union alors, c’est encore mieux. Il nous reste, entre le libéralisme aveugle de François Hollande et des autres, entre le nationalisme de Philippe de Villiers et les autres, un champ des possibles immense.
Il nous faut réformer l’Europe, pas en sortir. Le plein-emploi n’est pas une urgence, l’argent n’est pas une urgence, la paix, l’écologie et le soutien à l’Afrique sont néanmoins des enjeux imminents.

Le Parlement Européen n’est pas une option

La solution, pour une Europe réformée et plus juste passe d’abord par le fait de voter pour des hommes et femmes politiques qui nous permettront de transformer cette Europe.
 
Quand en France, on vote majoritairement pour des partis europhobes ou eurosceptiques, il ne faut pas ensuite s’offusquer que les mêmes votent des directives contre-productives.
Dans le même temps, notre souveraineté nationale peut être parfois contredite par les peuples européens. Faut-il dans ce cas se retirer ? Le vote entre les nations de l’Union Européenne est un vote parce que nous sommes assis autour de la même table, que nous partageons des intérêts communs.
Le Parlement européen, tout comme l’Assemblée Nationale, n’est pas une option. Alors, quand un vote ne plaît pas, agiter le chiffon rouge d’un probable Frexit est inapproprié. 
 
Sur le CETA par exemple, nous étions le pays le plus opposé au Traité, et c’est une bonne chose. Mais pourquoi des pays comme l’Estonie, la Croatie, la Roumanie ou la Slovaquie, le Portugal, la Pologne ou l’Allemagne ont voté majoritairement POUR ? Parce qu’il y a DES Europes, qu’il y a des manières de considérer l’économie autrement.

Nos intérêts divergent ? Imaginons une structure où les intérêts convergent

Alors même que ces petites et grandes économies avaient un intérêt dans ce Traité, nous n’avions pas, nous, l’utilité d’établir des relations avec le Canada. Faisons une Europe des forfaits, une Europe des options, l’Europe des compromis. 
Je veux bien signer le CETA si derrière on a le droit à un SMIC Européen, je veux bien signer le TAFTA si derrière on met en place un protectionnisme écologique performant, je veux bien que la France s’engage dans une guerre pour protéger des populations civils attaquées de toute part si derrière l’Union Européenne met en place la malheureuse CED. 
Le compromis, plutôt que l’intransigeance. 
La discussion, plutôt que la confrontation. 
L’union, plutôt que le souverainisme.
L’espoir, plutôt que la résignation.
L’Europe, plutôt que les Nations.