L’interdiction des licenciements, une vraie bonne idée ?

Sous François Hollande comme sous Nicolas Sarkozy, le chômage a considérablement augmenté, proportionnellement à la population comme en chiffres. 2,3% lors du premier quinquennat et 1,2% lors du second. Dans le même temps, les entreprises vont mieux et la croissance repart, ce qui signifie que les investissements, et a fortiori les dividendes, ont beaucoup augmenté durant la période.

La situation actuelle du droit du travail : Licencier pour mieux spéculer

Aujourd’hui, le licenciement en France est plutôt bien encadré avec un droit du travail protecteur pour les salariés qui disposent d’un Contrat à Durée Indéterminée (C.D.I). Pour les autres, la situation est plus précaire.

Mais de manière générale, le droit tend à simplifier la démarche des licenciements pour les employeurs. Et ce, notamment lorsque ceux-ci déclarent leurs entreprises en faillite. C’est à dire lorsqu’elles sont en redressement judiciaire.

François Ruffin
François Ruffin ©L’OBS

La réalité se trouve dans un certain nombre de plans sociaux, dits “Plans de sauvegarde de l’emploi” qui se traduisent aujourd’hui bien souvent par la destruction de postes de travail pour réduire les frais, augmenter la cadence des employés restés dans l’entreprise. Ces “PSE” peuvent être justifiés, quand il s’agit de petites entreprises par exemple et que la réalité économique est difficile ; pas quand il est question de grandes entreprises réalisant des bénéfices importants.

Mais, prenons un exemple : L’usine Whirpool à Amiens. L’affaire a été rendue “célèbre” avec l’engagement de François Ruffin, militant mais surtout journaliste et réalisateur du film Merci Patron. Whirlpool est une entreprise américaine qui produit des appareils d’électroménagers bien connus. Elle dispose à travers le monde de nombreuses usines, rachetées bien souvent à des concurrents évincés du fait de la concurrence. Whirlpool emploie près de 100 000 salariés à travers le Monde et réalise un chiffre d’affaires de plus de 15 milliards chaque année. En 2015, le site Boursier.com indiquait que le groupe réalisait des “revenus historiques de 6 Milliards de dollars sur le quatrième trimestre”. L’entreprise aujourd’hui est économiquement en bonne forme.

Et pourtant, elle prévoit la fermeture de son site d’Amiens en juin 2018. Si le site est excédentaire, ses effectifs n’ont pas cessé de décroître depuis 2002, année où Whirlpool décide de délocaliser une partie de la production de machines à laver à Poprad en Slovaquie où les prix sont “7,5% inférieurs” à ceux de la France. Après avoir obligé leurs employés à se serrer la ceinture, à travailler plus, à détériorer parfois leurs conditions de travail, les cadres de la transnationale ont considéré qu’il était de temps de quitter le territoire.

Que grand bien leur fasse, ils sont libres de partir, mais dans ce cas il faut aussi qu’ils laissent l’argent et les bénéfices. En effet, quand on augmente de 20% les dividendes en 2013-2014, puis 20% de nouveau en 2014-2015 et +9 en 2015-2016, on ne peut pas sciemment supprimer des emplois par ailleurs.

L’interdiction des licenciements, une bonne idée pour lutter contre les mauvais employeurs

Dans le cas de Whirlpool, la loi sur l’interdiction des licenciements aurait permis, par exemple, d’éviter la réduction des effectifs ou la suppression des emplois directs concernés par la fermeture de l’usine.

Le Nouveau Parti Anticapitaliste défend une logique assez simple : en cas de diminution de la production, le temps de travail doit être réduit sans perte de salaire. En cas de modification de la production, l’entreprise, le groupe, la branche doivent être responsables de la continuation d’emploi du salarié, en assurant son salaire, la poursuite de sa carrière et de sa formation.

Pour financer cette mesure, le parti défend la création d’un fonds de financement mutualisé financé par les employeurs pour permettre le maintien des salaires “par-delà les aléas des entreprises”.

Ne pas sombrer dans la démagogie, ni dans la caricature

La mesure reste à se préciser, quand on évoque la question des licenciements, bien souvent il s’agit d’abord de viser les entreprises en difficulté économique. Le licenciement pour motif personnel serait visiblement maintenu. Mais ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que dans la logique du NPA, ce sont les salariés qui reprennent le pouvoir au sein de l’entreprise et qui définissent leurs objectifs et la stratégie à adopter. L’entreprise de demain ne serait plus un espace de subordination mais un espace de débat et de réflexion pour converger vers du mieux. Les salariés eux aussi savent être plus compétitifs lorsque c’est nécessaire.

Cette proposition s’inscrit donc dans un programme de hausse des salaires, de réduction du temps de travail généralisé et d’un renforcement de l’emploi. L’interdiction des licenciements n’est donc pas, a fortiori, une mesure faisable dans notre système actuel, mais c’est en cela qu’elle est une bonne idée ! En effet, elle constitue l’un des piliers d’une nouvelle économie plus raisonnable et fondée sur les individus.

Si un salarié faute, par exemple en refusant de continuer de travail, le licenciement pour faute grave serait demain compréhensible. Si une entreprise a des difficultés économiques, le fonds mutualisé permettra de permettre la continuité des salaires dans l’attente de retrouver un emploi. Et le pouvoir des entreprises ne sera pas pour autant limité : elles devront simplement faire plus attention lorsqu’elles devront recruter mais sauront que leurs salariés ne sont plus seulement une force de travail mais aussi des décideurs en puissance qui pourront enrichir parfois même au-delà de leurs heures l’entreprise dans sa viabilité et dans sa stratégie.

Dans une société où le chômage est aboli, la solution de l’interdiction du licenciement vient comme un complément normal et profondément réaliste. Mais les deux idées vont de pair.