Loyle Carner et Yesterday’s Gone : Un rayon de soleil pour cet hiver

C’est probablement l’un des albums de rap le plus abouti de ce début d’année 2017. Loyle Carner, rappeur londonien de 22 ans, sort au mois de janvier son premier album intitulé Yesterday’s Gone. Dans cet album, Loyle mélange les textes intimistes et les sonorités jazz-soul.

Un album pour conter sa vie

À la vue de la pochette, on comprend que l’album est personnel. Une photo où se regroupe une vingtaine de personnes dans un jardin d’une maison en brique typique de l’Angleterre. Un véritable air de photo de famille règne sur cette image en noir et blanc.

Cet aspect familial et ultra-intimiste se retrouve ainsi dans les thèmes abordés par l’artiste. Ses textes sont des moyens d’exorciser une tristesse accumulée par la mort de son beau-père alors qu’il avait 18 ans. Un mort qui le marque et le touche profondément au point d’arrêter ses études et de se lancer à fond dans la musique pour celui qui commence à écrire dès son plus jeune âge. Il nous parle justement de cette personne qu’il appelle « Dad », de sa mort qui le hante encore et nous conte sa vie. Il répond aux critiques qui l’accusent de ne pas assez se diversifier musicalement avec le morceau : Ain’t Nothing Changed. Il se permet d’utiliser un ancien morceau de son beau-père Sun of Jean pour en faire une instru, poser dessus et faire chanter sa mère (le morceau est accompagné de l’inscription feat. Mum and Dad). Pour compléter ce côté intimiste de l’album, Loyle Carner ajoute des passages de dialogues ou de monologues sans musique et termine son album avec le titre éponyme de l’album Yesterday’s Gone où il n’apparaît même pas puisqu’il s’agit d’un duo entre sa mère et son beau-père.

Un album aux multiples facettes musicales

Mais le plus impressionnant, notamment pour un Français qui ne comprend pas toutes les paroles et se concentre surtout sur la musicalité, c’est la maturité musicale du jeune homme né en 1995. Influencé par le rap de la côte Est américaine, il ajoute à cela des sonorités jazz, soul, pop et rock. Passé par la BRIT School (également fréquentée par des pointures de la chanson anglo-saxonne telles que Amy Winehouse ou Adele), il manie à la perfection le mélange des styles. Tout commence par un magnifique sample d’un chœur gospel, The Lord Will Make a Way, sur le morceau The Isle of Arran. Fait suite à cette introduction remarquable des sons beaucoup plus jazz produits par Kwes (producteur, compositeur et musicien de Londres) où sa voix et la musique se mêlent parfaitement ne faisant plus qu’un. Une voix suave qui semble couler sur ces sonorités qui réapparaissent dans le rap, notamment sur des morceaux comme Mean It In The Nothing ou Florence. A cela s’ajoute également des sonorités rock, dont l’Angleterre fut l’un des berceaux dans la deuxième moitié du XXème siècle, avec le titre NO CD qui se targue d’un riff (ligne mélodique répétitive) nous rappelant ceux des années 60-70. Cet album possède une autre force: l’utilisation de vrais instruments et non de machines et synthés habituellement utilisés par le producteurs de rap. Les petites imperfections liées à ce jeu moins conditionnés permettent de donner une teinte moins lisse et réaliste à sa musique. Le plus grand apport de Kwes, musicien touche à tout, réside probablement ici.

Salué par les critiques et loué par la presse, Loyle Carner entre par la grande porte dans le milieu du rap et s’impose comme la figure montante à suivre dans les prochaines années. Son concert à Paris le 25 février dans la salle du Badaboum annonçait complet dès le début du mois de février.