Macron : Sa candidature est un mystère, et s’il fonçait dans le mur ?

Il était venu en costume, le baluchon sur le dos après être passé par la grande finance. A 38 ans, Emmanuel Macron était jusque-là inconnu du grand public. Propulsé au Ministère de l’économie par François Hollande dont on dit qu’il est le “chouchou”, Macron ce sont les belles classes préparatoires d’Henri IV et un DEA de philosophie à Nanterre qui lui ouvriront enfin les portes de l’ENA. 

Alors qu’il a quitté il y a quelques mois l’immense bloc de Bercy, Macron laisse derrière lui une marque de fabrique et un bilan lourd de sens, à la veille – peut-être, de sa candidature à la présidentielle.

Le style Macron : un parler “vrai” version 2016

Le “parler vrai” est une expression de Michel Rocard. La phrase est représentative du courant de la gauche sociale-libérale.

Macron, c’est un style bien original qui tranche avec le ton professoral d’un Alain Juppé vieillissant, l’arrivisme vulgaire d’un Nicolas Sarkozy en perte de vitesse, le charisme parfois exaspérant d’Arnaud Montebourg ou le populisme de Marine Le Pen.

Sans être dans la caricature, notre homme d’affaire Made In France, c’est d’abord une rhétorique et un “parler vrai” qui lui ont valu plus de remontrances populaires que de clashs politiques.

Ainsi, ce sera l’affaire des “illettrés” de Gad qui lui ouvrira les portes des médias. Plus tard, ce sera cette phrase prononcée à Lunel “La meilleure façon de se payer un costard, c’est de travailler“. Il y aura enfin ces quelques mots qui le feront passer pour un réactionnaire “avec les cars, les pauvres voyageront plus facilement“. 

Sans jamais se démonter, il assume, mais quand il croit avoir blessé, il s’excuse. Cet allure franche et ces mots déterminés nous rappelleraient presque la Ségolène Royal des beaux jours ! Il y a un “truc” en plus, dans la démarche Macron et dans son expression politique : contrairement à beaucoup à gauche, il a épousé à bras le corps une sémantique bien libérale. Stanislas Kihm, chroniqueur à La Plume de Céryx, observait d’ailleurs qu’il avait bien intégré cette métaphysique : 

“le mot “liberté” est le mot dominant de son vocabulaire, qui rime avec “individu”, “opportunité”, “prise de risque”, “optimisme”, “progrès” “. 

Pensiez-vous être face à un socialiste ? En démocratie, on attendrait que la majorité socialiste fasse un programme socialiste, que le Président socialiste choisisse un gouvernement socialiste. Que nenni, Macron renie le socialisme et déclare “aimer l’entreprise”. 

Qui n’a pas été secoué par ce Ministre sans doute charmeur sur les bords mais profondément clivant dans les idées ? Qui n’a pas été interloqué par ses prises de positions ou les dérapages ? 

Macron, c’est le gendre bon chic bon genre qui vous répare la machine à laver tout en restant en costume, Macron, c’est aussi le Roland Dumas nouvelle version qui porte “un SMIC à chaque pied” selon l’expression consacrée par Laurent Ruquier. Ne nous y trompons donc pas : il y a du bon, et du mauvais, mais de ce point de vue admettons qu’il y a plus de bon que de mauvais. 

Un bilan en demi-teinte


Deux ans après son entrée au gouvernement, force est de reconnaître que Macron a fait bouger les lignes, ou du moins qu’il a détruit tous les tabous idéologiques qui pouvaient rester à gauche.

Si la croissance est revenue et que le chômage est à la baisse, c’est d’abord parce que le climat économique général de l’Europe est au beau fixe. Nous faisons à ce titre moins bien que nos voisins. Mais Macron n’est pas resté sans rien faire. Ainsi, on peut constater avec beaucoup de sérieux la vitesse avec laquelle sa fameuse loi a été adoptée et à quel point elle a pu simplifier, aider des secteurs de l’économie en difficulté ou améliorer ici et là la situation des consommateurs.

Mais cette loi, dont les économistes disent qu’elle apportera en 5 ans 0.05 points tout au plus à la croissance, ne devait être qu’un acte 1 d’une profonde transformation de l’économie française parfois vieillissante.

Dans le même temps, certains sujets ont été très vite caricaturés, on nous a annoncé vouloir transformer le notariat, au final on a réduit quelques coûts, à la marge. 

Là où on aurait pu attendre de vraies grandes réformes qui bousculent les principes, on a eu beaucoup de communication, d’atermoiements médiatiques et au final un bilan pas assez important compte tenu de la force des crises successives. 

Sa candidature a-t-elle des chances d’aboutir ?

A l’heure où sa candidature vient de tomber, Macron apparaît aux yeux de l’opinion comme un homme politique du centre, se positionnant dans la continuité hollandienne.

Loin de l’idéal révolutionnaire, il représente une forme de stabilité. Son style et sa communication ainsi que sa rhétorique, notamment face au Front National (qui ne se souvient pas de la mise à mort en direct de Florian Philippot dans Des paroles et des Actes ?) nous le rendent aimable, sympathique, attirant. 

Lorsque l’on interrogeait Fabrice Luchini sur Macron, il disait il y a quelques mois “Macron, c’est une attirance physique, Macron, c’est un personnage stendhalien, très ambitieux, optimiste, il ne connaît pas Schopenhauer, il me parle de Camus.” 

Alors, on pourrait solidement se demander s’il ne pourrait pas être un candidat solide, lui qui est crédité d’une popularité record dans les sondages. Mais à quel prix ? Quand on sait qu’il émiettera l’électorat Hollandien ou Juppéiste, force est de constater qu’une candidature Macron aujourd’hui risque de finir comme la candidature d’Il Professore en Italie, c’est à dire commencer très haut dans les sondages et finir à 10 ou 11%.

C’est une évidence, Macron ne fera jamais le poids face à un Alain Juppé sur la même ligne économique ou sur un François Hollande aux accents politiques similaires mais disposant de la machine socialiste.

Et si le Roi Hollande avait décidé que Macron serait le dauphin ? Et si cette candidature annoncée n’était qu’un avant-propos de l’élection présidentielle ?

La route est encore longue et semée d’embûches. Macron a des idées bien précises, lui qui remet en cause le statut des fonctionnaires et le rôle des concours de la fonction publique par exemple, se heurtera sans doute à une réalité défaillante : comment recruter plus de professeurs alors que la promesse d’un CDI à vie peine à les faire entrer dans la fonction publique ?

A vouloir faire du trop-libéral, il pourrait trébucher. Notre chère Macron est-il un nouveau Duc de Condé, ce dauphin qui mourut en cours de route sans jamais que l’on sache s’il s’était suicidé ou avait été tué ?