Madame Taubira : Présentez-vous à l’éléction présidentielle !

Madame Taubira,

Je vous adresse cette lettre aujourd’hui parce qu’à gauche, on a plus vraiment le moral. Forcément, avec la candidature de François Fillon et le morcellement des voix à gauche, on cherche un nouveau chemin à emprunter.

En quittant le gouvernement il y a quelques mois, vous concluiez sur ces mots de Césaire, adressés à son ami poète « Nous ne livrerons pas le monde aux assassins d’aube ».

Les « assassins d’aube », ils sont les fossoyeurs du lien social que vous ne cessez de critiquer. Il s’agit, Madame, de cette bande de politicards hors de toute réalité qui se présentent à toutes les élections, changent de programme et de discours en fonction de leurs audiences respectives et n’ont aucune consistance idéologique.

A l’heure où la gauche essuie les fracas de la défaite, cette phrase de Césaire vient comme une injonction à continuer le combat. La gauche est défaite, elle est devenue centriste dans un mouvement de droitisation générale des esprits et des partis. Et la droite, en peine sur les valeurs, se contente de reprendre le programme d’une extrême-droite qui propose la même chose depuis dix ans.

Dans l’océan de la contestation démocratique, il y a peu de bateaux qui n’ont pas été submergé par les vagues du populisme et chacun se résout alors, dans une défaite de la pensée, à ne proposer que des équations, que des slogans au lieu de défendre un raisonnement réel.

Quand un problème surgit, on prône la facilité, ne pas affronter les difficultés, les quitter tout simplement.

L’Union Européenne a du mal à convaincre ? On la quitte !

Certains immigrés sont difficiles à intégrer ? On les vire !

Il y a des pauvres ? On s’en fout !

Et la gauche n’est pas immunisée contre le fléau. Elle a épousé les idées, les mots et les raisonnements. Manuel Valls et François Hollande sont devenus les voitures-balais de l’extrême-droite et de l’ultra-libéralisme aveugle.

Vous souvenez-vous Madame, qu’on a retiré des lits dans les hôpitaux pour augmenter les dividendes des grandes entreprises et que vous étiez dans un gouvernement qui a mis en place cet odieux Pacte de (l’ir) responsabilité ? 10 milliards d’euros d’économie dans la sécurité sociale ! Inimaginable quand on sait qu’il y a chaque année 80 milliards d’euros d’évasion fiscale ou 7 milliards d’euros allègements pour les voitures Diesel (soit l’équivalent du budget du Ministère que vous avez dirigé par ailleurs).

A gauche, je peine à trouver un symbole convaincant : Arnaud Montebourg est attirant mais il ne réunira jamais les écologistes qui abhorrent son programme pro-nucléaire, Benoît Hamon a un programme réaliste mais le personnage ne semble pas avoir les épaules assez larges pour assumer une confrontation idéologique face à la droite.

Enfin, Jean-Luc Mélenchon semble être le mieux placé pour défendre son programme, mais là aussi, certains comme moi se refuseront à le soutenir car ses choix en matière de politique étrangère sont effrayants (alignement sur la Russie, non-interventionnisme primaire…)

Alors, la perspective de votre candidature n’est plus une option, elle est devenue inévitable.

Inévitable d’abord parce que votre bilan parle pour vous : Réforme de la justice des mineurs, réforme du Conseil supérieur de la magistrature, la Justice au XXIème siècle, loi sur le harcèlement, loi sur le mariage et l’adoption des couples homosexuels, réforme pénale, augmentation significative des places de prison. Même si vous n’êtes pas allée assez loin au goût de bon nombre de praticiens du droit, vous avez avancé dans votre Ministère plus que dans de nombreux autres. 

Inévitable ensuite, parce que vous avez été la femme des grands discours et des belles valeurs. Que vous le vouliez ou non, vous êtes aujourd’hui un symbole qui provoque donc une certaine adhésion.

Vous avez contrairement à de nombreux autres, la capacité intellectuelle, psychologique et philosophique de combattre, d’aller au-devant, de faire tomber les nouveaux tabous. La droite choisissant Fillon s’est ré-armée idéologiquement, à la gauche de répondre avec la même force en vous désignant comme sa candidate à l’élection présidentielle.

Nous ne voulons pas d’une France du court-terme, nous voulons parler de demain, préparer les grands enjeux de l’avenir en prenant des risques aujourd’hui.

Votre programme de 2002 était un bon programme politique, il était fondé sur l’économie circulaire, il nous parlait d’indépendance énergétique, de politique de la ville réelle pour lutter contre les inégalités territoriales. 

Depuis ce programme, vous avez esquissé des grands chantiers de réflexion : sur la décroissance, sur les économies vertes, sur la place de la justice dans la société, sur le rôle de la société en tant qu’elle est un lieu de vivre-ensemble, sur notre place dans l’Union Européenne, une Union que vous voudriez sans doute plus protectionniste.

C’est ce discours qui peut nous faire gagner en 2017 ! C’est ce discours qu’on veut entendre, on ne veut plus écouter les recettes d’hier, celles qui nous ont menés au désastre financier : la suppression des fonctionnaires augmente le chômage, réduit les périmètres d’un Etat dont il est nécessaire qu’il soit fort aujourd’hui.

Croyez-vous que les français soient prêts à rogner sur leurs grandes valeurs pour concéder aux plus riches des dividendes plus larges ? Les français se serrent la ceinture depuis dix ans, sans résultat !

Alors Madame, je vous le dis sans détour, sans un clignement d’œil, avec toute la détermination qu’impose un tel geste : Madame Taubira, présentez-vous à l’élection de 2017 !

Se porter candidat, c’est prendre le risque de perdre.

Eh bien moi, je préfère perdre en m’étant battu que de perdre en m’étant abstenu. Vous l’imaginez, pour au moins plusieurs dizaines de milliers de français, si vous ne vous présentez pas, le bulletin dans l’urne sera blanc.

Dans cette France morose, de plus en plus obscure, il nous faut de l’évasion, il nous faut sortir de ce dilemme idéologique qui nous contraint à choisir entre une gauche qui se résout à la défaite et une droite qui ne propose rien d’autre que l’appauvrissement.

Pour reprendre le grand Damas, il y a des “Nuits sans nom, des nuits sans lune où j’aurais voulu pouvoir ne plus douter tant m’obsède d’écœurement un besoin d’évasion”.

Allumez la lumière, la nuit est trop sombre, laissez-nous évader, nous n’en pouvons plus de la morosité.

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