Marchons pour la dignité et la justice – “Quelle indignité !”

Certains s’interrogent sur l’opportunité de la manifestation organisée ce dimanche 19 mars pour “la justice et la dignité”. Dans ce parti pris, Béchir invoque ses arguments en tant que manifestant. Ce texte n’engage pas notre structure, chacun étant libre de défendre ses avis personnels. █ EDITORIAL

Marchons, nous les “indignés d’un jour”, nous, les “hamassistes du Dimanche”,

Marchons, nous les Français d’ici et d’ailleurs, venus parfois de très loin pour prendre les rues et s’engouffrer dans la capitale pour répandre nos “diffamations”,

Marchons, nous, arabes, noirs et citoyens de toutes les couleurs, forcément délinquants, pour dire oui à la grande délinquance financière, oui aux massacres, oui aux abus de la politique inféconde,

Marchons pour dire

 Oui aux fossoyeurs du lien social,

 Oui aux fourriers de toutes les discriminations,

 Oui à ces menteurs,

 Oui à ces voleurs,

 Oui à ces Princes de la Tour de Babel,

Marchons pour se féliciter des morts et soutenir la police qui tue,

Marchons pour effacer les mémoires,

Marchons contre Zyed et Bouna, délinquants,

Marchons contre Adama le criminel,

Marchons contre ceux dont on ose même plus dire le nom et que l’on affuble d’un simple prénom “Théo”, car comme les esclaves, leurs patronymes ne comptent pas,

Marchons pour remercier l’Etat d’urgence de sa clémence quand il a relâché nos camarades militants injustement mis en cause,

Marchons pour permettre aux haineux de crier leur haine, aux violeurs de violer, aux menteurs de mentir, aux diviseurs de diviser,

Marchons pour dire non à l’immigration car elle est mauvaise, non aux réfugiés parce qu’ils sont tous islamistes,

C’est ce qu’ils veulent.

Mais en réalité, nous marcherons aujourd’hui de la Nation à la République, nous prendrons les trottoirs et la chaussée, les statues de bronze et les abribus, les vitrines d’agence immobilières et les distributeurs de banques,

Nous marcherons aujourd’hui, sans tous ces fanatiques de l’ethnie, sans tous ces augustes ridicules,

Car nous croyons en l’Etat de droit, que nous pensons fort que notre démocratie peut surmonter les parenthèses fascistes, car nous sommes les fervents défenseurs du pacte social.

Oui nous marcherons ce dimanche, sans aucune étiquette et eux ne seront pas avec nous, parce que nous n’avons pas les mêmes principes, que nous ne défendons pas la même rigueur,

Oui aux deux France, celle des Lumières et celle de l’Obscurité,

Oui aux deux France, celle qui tue parce qu’elle se sent libre, et celle qui protège parce qu’elle réclame l’égalité,

Oui aux deux France, aux deux indignités, celle qui crie “Indignez-vous” et celle qui s’indigne sur un plateau de télé parce qu’elle est mise en examen,

Marchons mes amis, marchons, parce que nous ne pouvons plus accepter ces infamies, le fascisme est au pas de nos portes, il se voile des discours insidieux et joue avec les mots pour mieux nous affubler, il se pavanait hier au Trocadéro, il est aujourd’hui à Metz,

Et il est bien là, bien présent, il est de ces “vérités que l’on tait et qui deviennent vénéneuses” (Nietzsche) ; quelle indignité !