21 août : Ce jour après lequel la France aurait pu changer la donne le conflit syrien5 min read

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Stop, les enfants morts, les parents qui tuent leurs enfants à Alep-Est avant que les milices ne viennent le faire, tout ça je dis stop. Stop aux textes moralisateurs, stop à tout. Bim, bam, boum, flashback, je veux revenir en août 2013 et plus précisément le 21 août dans ce que l’Histoire appellera le « Massacre de Ghouta ».

Les faits en question

Nous sommes dans la nuit du 20 au 21 août, depuis quelques jours déjà les rebelles soutenus par le Hezbollah se sont regroupés autour de Damas. Si la ville-mère de la Syrie est prise, il n’y a plus de possibilités pour Bachar de se maintenir au pouvoir. Alep et Damas étant les deux villes-clés du conflit, il ne peut se permettre de les perdre. Alors que les yeux sont fermés, que les petits dorment et que les lumières sont éteintes, les avions déversent insidieusement du gaz sarin, il est 3h du matin dans la Ghouta, une plaine agricole à l’est de Damas.

Entre 281 et 1729 civils meurent des suites de cette attaque. Bachar, non en reste, décide quelques heures plus tard, au réveil, de bombarder la zone.

Au lendemain de l’attaque, les observateurs de l’ONU requièrent un cessez-le-feu pour comprendre ce qu’il s’est produit. Durant les premières heures, la confusion est à son apogée, la situation incompréhensible, personne n’aurait imaginé l’utilisation de gaz sur sa propre population.

Au moment où sort la quadrilogie « Hunger games » au cinéma, sur internet les commentaires et parallèles vont bon train. Pourtant, même à l’époque, l’utilisation du gaz sarin n’était pas inédite.

Le 25 août, le gouvernement syrien accepte la visite des inspecteurs des Nations Unies. Le 26, ils se rendent sur place, à Moadamiyah (à l’Ouest de Ghouta) puis le 28 et 29 à Ein Tarma (à l’Est cette fois).

Dès lors, les preuves sont irréfutables, le communique de l’ONU, laconique, confirme des preuves claires et convaincantes d’une utilisation de gaz sarin au sol (« clear and convincing evidence of the use of sarin delivered by surface-to-suurface rockets »).

Et ensuite, que s’est-il passé ?

Contre toute attente, c’est la France qui a durant les premiers jours été à la manœuvre sur ce massacre. Les services secrets ont réagi très rapidement, François Hollande s’est exprimé dès le 22 août sur le perron de l’Elysée et Jean-Yves le Drian, Ministre de la Défense, déclara alors dans un communiqué que « L’armée française est prête à s’engager dans une intervention militaire ». Quelques jours plus tard, François Hollande confirme « La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents. Tout porte à croire que c’est le régime qui a commis cet acte abject qui le condamne définitivement aux yeux du monde ».

Nous étions donc dans une situation exceptionnelle. A l’heure où le reste des exécutifs nationaux européens étaient limités par la possibilité d’une intervention, l’exécutif en France était sur le point de la réaliser.

Partout en Europe, les sondages n’étaient pas favorables, donc les Parlements nationaux suivraient de toute façon.

A l’époque, il existait une opposition… avant qu’elle ne soit massacrée

Il faut savoir aussi qu’à cette période, il existait encore une réelle opposition au régime syrien, composée de Frères musulmans, certes, mais aussi d’une partie non négligeable de laïques, de modérés, d’intellectuels, d’écrivains et de philosophes prêts à prendre la relève.

Ce Massacre de Goutha a été un tournant dans la guerre : première utilisation du gaz sur la population, mais surtout première non-intervention des Etats.

En effet, alors même que nous étions prêts à agir, les Etats-Unis qui s’étaient époumonés pendant des mois à dire que la ligne rouge infranchissable serait l’utilisation du gaz, décident au dernier moment de se défiler : Obama n’étant pas sûr d’avoir les voix nécessaires au Congrès et se trouvant limité sur sa coalition.

Obama incertain, l’Union Européenne se défile, la Ligue Arabe complice des meurtres

L’Union Européenne, elle aussi, ferme les eux sur le massacre. Herman Van Rompuy annonce le 5 septembre 2013 qu’il n’y a « pas de solution militaire en Syrie et la solution doit être politique ». Le Royaume-Uni considère qu’il n’y a pas « 100% de certitude » à ce que le régime ait lui même utilisé des armes. Vladimir Poutine de son côté riposte et fait un parallèle avec les prétendues armes de l’Irak en 2003.

La Ligue Arabe et le Venezuela s’expriment eux d’une même voix dans une tentative d’empêcher une quelconque intervention militaire, chacun prêchant égoïstement pour son Eglise.

Et la France dans tout ça ? Elle était la seule à défendre une intervention militaire hautement nécessaire et prévisible compte tenu de l’utilisation du gaz. Avec le recul, la bêtise des autres Etats et des structures que nous soutenons (la Ligue Arabe et l’Union Européenne notamment) nous ont envoyé droit dans le mur. A force d’une diplomatie passive et de contrainte, on s’est retrouvé à fermer les yeux sur un tel massacre.

En y réfléchissant bien, si nous étions intervenus à ce moment-là, la situation serait rudement différente aujourd’hui étant donné que les Etats-Unis nous auraient rejoint et que les Russes auraient sans doute ripostés. Mais dans une situation aussi catastrophique, il aurait mieux valu prendre le risque d’une intervention.

Pour la petite histoire, d’où provenait le gaz ? 

Après les nombreuses enquêtes réalisées par la coalition, on apprendra après ce massacre que c’est l’Allemagne qui avait fourni le gaz à Assad. Sous Schroder et Merkel, alors même que les services secrets de la Chancellerie écrivaient dans une note blanche rendue publique en 2014 que « l’usage civil était possible », plusieurs dizaines de tonnes ont en effet été vendus à la Syrie.

C’est drôle, quand l’on sait que le Ministre de l’époque des Affaires étrangères déclarait quelques jours après le massacre que « l’attaque chimique en Syrie ne [pouvait] rester sans conséquences ». L’histoire lui donnera gentiment raison, il est amené à quitter son poste dix jours plus tard…

Etudiant parisien en droit, passionné de politique et d'actualité. Engagé en faveur des grandes causes du progrès.