Jean-Luc Mélenchon l’avait annoncé avec un certain sens du teasing il y a de cela plusieurs semaines : le dimanche 5 février, il allait être le premier homme politique européen à faire un meeting en hologramme.

Présent physiquement à Lyon (devant 12 000 personnes selon les organisateurs) et à Aubervilliers via son hologramme (devant 6 000 personnes), le candidat de la France Insoumise a surpris, innové tout en gardant une constance caractéristique.

Des meetings de plus en plus attractifs

A chacun de ses meetings, le rituel s’est banalisé : une queue longue de plusieurs centaines de mètres, où vendeurs de journaux, de programmes et d’accessoires militants arpentent les rangs des insoumis venus en nombre pour écouter leur candidat.

La salle principale ne suffisant pas à contenir tout ce monde, des salles annexes s’ouvrent, et pour les moins chanceux que seule la rue peut accueillir, des écrans géants sont installés, leur permettant de suivre en direct le meeting.

L’attention des spectateurs est captée par ces écrans qui diffusent des best-of des vidéos de la chaîne YouTube du candidat. Lorsque Jean-Luc Mélenchon traverse la foule pour atteindre la scène à Lyon, il est ovationné tant par les Lyonnais que par les Franciliens.

Les deux salles sont connectées, grâce aux écrans géants qui retransmettent les images du meeting opposé. Arrivé sur scène, Jean-Luc Mélenchon claque des doigts et se duplique : grâce à un effet réussi, son hologramme apparaît à Aubervilliers, devant l’enthousiasme des milliers de sympathisants présents dans les salles.

Macron et Le Pen en ligne de mire

Le thème du meeting, « les nouvelles frontières de l’humanité », permet au candidat de la France Insoumise de dévoiler les axes de ses deux meetings simultanés : la mer, l’espace, le numérique. La tête ailleurs, sous l’eau, dans l’espace ? Pas seulement : Jean-Luc Mélenchon commence par ironiser sur l’actualité, comparant l’élection présidentielle à une émission Top Chef « parce qu’ils ont tous des casseroles », puis s’en prend directement à ses deux adversaires du week-end en déplacement à Lyon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Ces trois personnes, représentant les trois courants politiques majeurs qui se disputent le suffrage des Français selon le candidat. Emmanuel Macron serait le candidat de « l’indifférence sociale », du libéralisme ; Marine Le Pen celle de « l’obscurantisme communautaire » ; enfin Jean-Luc Mélenchon se décrit comme le représentant du courant humaniste. Après une dizaine de minutes à Aubervilliers, tout le monde semblait avoir oublié que c’était un hologramme qui se mouvait sur scène.

Culture, numérique, écologie : les enjeux de demain

Le candidat des Insoumis rappelle qu’une nation ne peut être, ni croître sans culture. Il en profite pour développer son programme culturel : élargir le statut d’intermittent du spectacle, socialiser les droits des œuvres du domaine public (mesure inspirée de Victor Hugo), recruter 60 000 professeurs, éradiquer l’illettrisme d’ici 2022… sans épargner la politique culturelle de Hollande (dont le gouvernement a baissé la dotation budgétaire due à la culture) et le programme de Macron qui lui semble vide et incohérent sur les rares mesures annoncées (comme celle d’un « pass culturel » pour les personnes âgées de 18 ans).

Il s’attarde ensuite sur « ce nouveau continent qui émerge en nous car il façonne notre pensée, nos goûts, nos réactions » : le numérique.

L’orateur évoque les jeux-vidéos et la fonction sociale du jeu, la neutralité du net, l’égalité d’accès au réseau, la fin des privilèges fiscaux pour les « GAFA » (Google, Amazon, Facebook, Apple).

Enfin, la mer et l’espace clôturent le discours. L’écologie, au cœur du programme de la France Insoumise, doit s’orienter vers la mer et son immense potentiel de création énergétique et d’emplois. Investir la mer pour réaliser la transition écologique, voilà toute l’ambition portée par le candidat. Après s’être lancé à la conquête du virtuel et du maritime, Jean-Luc Mélenchon appelle de ses vœux une conquête approfondie de l’espace. Il rappelle la place importante qu’a la France dans tous les projets spatiaux, et le formidable symbole que représente pour toutes les générations l’appropriation de l’espace extra-terrestre.

Un positionnement original mais justifié

Il justifie son positionnement en assurant que ces intelligences, culturelles, scientifiques et technologiques permettront de mobiliser toutes les forces de la nation, de l’ouvrier à l’ingénieur, du salarié déshérité à celui qui veut investir une épargne importante, de recréer du liant, puis de redistribuer les richesses.

Le ton devient plus grave lorsqu’il s’agit d’entonner le Chant des Canuts, qui replace ce meeting dans la tradition historique de la gauche… et redevient plus gai lorsque l’on chante la Marseillaise. À Aubervilliers, on lève le poing lorsqu’une poignée de militants lance l’Internationale, qui se répand comme une traînée de poudre à travers la salle.

Thibault, 22 ans, sort de la salle l’air satisfait : « Je n’avais jamais été voir un meeting avant. C’est la première fois que je peux voter à une élection présidentielle, et là, avec le coup de l’hologramme, c’était le moment de me déplacer ! ». Ce jeune étudiant a été, entre autres, sensible à la proposition de Jean-Luc Mélenchon concernant l’allocation d’autonomie universelle, qui propose à tout jeune en formation professionnelle ou universitaire dès 16 ans de percevoir une bourse égale au seuil de pauvreté. « Je dois me salarier pour payer mes études, et ça n’est pas toujours évident de joindre les deux activités. Cette mesure-là changerait vraiment nos vies, ce serait génial ! »

À la sortie du meeting, pour tous les sympathisants, Jean-Luc Mélenchon apparaît comme le candidat d’un chemin positif pour la France future, face à l’obscurantisme que représenterait Marine Le Pen ou au dangereux libéralisme prêté à Emmanuel Macron.